LE CAHIER DU SOIR de LORRAINE

lundi 5 mars 2018

Une vie

Parce que j'aimerais tant garder ce blog vivant (le mot est osé), parce que je me dis que vous seriez heureux de retrouver de temps à autre la plume élégante de Lorraine, je vous livre un poème qu'elle voyait comme une sorte de "point final", même si elle en a encore écrit bien d'autres ensuite. Il dit le passage du temps, la résignation face à l'inéluctable mais sa volonté tenace de rester debout, forte et semblable à elle-même jusqu'au bout. Et la sérénité. C'est peu dire qu'il lui ressemble.

 

UNE VIE

 

Comme l'herbe était haute aux jardins d'autrefois

Et secrets les sentiers allant à la dérive

J'avais dans le cheveux l'odeur âpre des prés

Quand je m'en revenais un peu lasse et pensive

 

Je n'irai plus jamais flâner près de l'étang

Les dimanches de mai quand le ciel étincelle

Et je n'entendrai plus le coucou lancinant

M'interpeler, moqueur, là, près des cascatelles

 

Je n'ai pas vu venir l'ultime lendemain

Qui m'attend quelque part au tournant de la vie

Le temps à pas feutrés me tire par la main

J'avais vingt ans hier. Et la mort me convie ?

 

L'âge m'a rattrapée, comme dans un tournoi

Il me terrasse et rit de me voir prisonnière

Mes gestes ralentis l'amusent. Et ce sournois

Gommerait mon passé, ma joie et ma lumière !

 

Mais je reste debout. Si je vais à pas lents

L'âge et moi nous marchons sans nulle défaillance

Il sait qu'il gagnera mais il ignore quand

Et je ne suis pas prête à faire allégeance !

 

Et puis un jour viendra. Ce sera le dernier

Un jour comme aujourd'hui sans craintes ni reproches

Je fermerai les yeux. Et mon coeur allégé

Suivra sans hésiter l'appel vibrant des cloches...

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lundi 26 février 2018

Un petit signe de l'au-delà

Vous comprendrez, bien sûr, que je ne puis répondre en particulier à chacun de ceux qui ont déposé ici des messages empreints d'une émotion que je sais sincère, d'une admiration amplement méritée et d'une gentillesse qui m'est allée droit au coeur. Vous êtes si nombreux ! Soyez-en remerciés.

Alors, parce qu'il serait dommage de clore ce blog sur une note aussi triste, je me suis dit que vous seriez heureux de retrouver ce poème que Lorraine avait écrit pour mon père, il y a bien longtemps déjà, et que ma fille a lu lors de ses funérailles en hommage à leur amour. J'espère que vous le prendrez comme un petit signe adressé depuis l'au-delà à ses fidèles lecteurs.

Mamilouve

L'AMOUR

 

Si je ne t'avais pas rencontré en chemin,

Si nous étions passés sans nous voir l'un et l'autre

Aurais-je pu aimer ? Aurais-tu pris la main

D'une femme inconnue ? Cet amour qui est nôtre

Qui donc l'aurait vécu ?

 

Si nous n'avions pas eu tous les deux la surprise

De tes yeux qui croisaient mon regard interdit

Si nous n'avions compris sans la moindre méprise

Que l'amour irradie et vient comme un bandit

Qu'aurions-nous donc vécu ?

 

Si nous n'avions pas su aux heures difficiles

Nous méfier des mots durs comme autant de couteaux

Si nous n'avions pu chasser l'humeur hostile

Et les reproches vains, maladroits et brutaux

Dis-moi, l'amour

L'aurions-nous donc vécu ? 

 

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vendredi 9 février 2018

 

Il neigeait ce matin-là... - Journal d'une mamy-boomer

Il faisait froid sur la terre et dans nos coeurs. Or le ciel avait voulu se mettre au diapason de notre douleur, mais plutôt que la grisaille, c'est la splendeur immaculée des paysages traversés qu'il a offert à Maman pour son dernier voyage. De cette beauté glacée, elle aurait fait un poème émerveillé.

http://mamilouve.canalblog.com

 

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vendredi 2 février 2018

Lorraine s'est envolée pour le pays des poètes

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"Et puis un jour viendra. Ce sera le dernier

Un jour comme aujourd'hui sans craintes ni reproches

Je fermerai les yeux. Et mon coeur allégé

Suivra sans hésiter l'appel vibrant des cloches"

                                                                                                          Lorraine

 

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jeudi 9 novembre 2017

Des nouvelles...

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Bonjour à tous,

Lorraine a fait une chute il y a quelques jours et est momentanément immobilisée. Pas de fracture, heureusement, mais une fêlure du bassin qui nécessite repos et exercices de kiné. Le moral est bon. Elle compte bien revenir prochainement. 

Elle vous envoie ses pensées amicales,

Mamilouve

 

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jeudi 26 octobre 2017

DERRIERE LA GRILLE

 

 

Derrière la grille, il n’y a rien

Ou rien qui en vaille la peine

Peut-être bien l’aboi d’un chien

Qui aujourd’hui a fait carême ? 

 

Derrière la grille, un grand étang

Frémit comme une houppelande

Qui s’en irait dans le grand vent.

Un homme venu de Hollande ?

 

Derrière la grille un très vieux pont

Vert-de-grisé par les années

Semble écouter un orphéon

Et sa complainte enamourée

 

Derrière la grille c’était désert

Mais j’ai l’esprit qui vagabonde

A défaut d’avoir l’univers

Je me suis inventé un monde

 

LORRAINE

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dimanche 15 octobre 2017

AUTOMNE

(Consigne: L'Atelie d'Ecriture avait imposé la première phrase. J'ai donc fait la suite!)     

 

XXX

 

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne

De qui rêviez-vous donc ? Le sofa soutenait votre tête bien faite

Vous étiez comme un ange et souriiez, jeune homme

A  qui, a quelle femme, à quelle aimable fête ?

   

Vous ne le direz pas. Le tableau pour toujours

Sa tait sous vos yeux clos. Je serai la passante

En ce Musée discret,  qui m’arrêta un jour

Devant ce sommeil tendre et  inventa l’absente

 

Celle à qui vous rêvez depuis plus de cent ans

Un repos immortel évite la souffrance

Elle n’est plus qu’une ombre et s’efface le temps

Du sommeil bienheureux et l’écho d’une danse

 

 

LORRAINE

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samedi 23 septembre 2017

BEAU!

     Le vent soufflait en rafales le 22 novembre 2016. Debout devant la fenête, je regardais les arbres et j'écrivis quelques mots.

 

C'est beau l'arbre qui danse

Et se rue

Et se bat

Dans la tempête

 

C'est beau la lutte ardente

Jusqu'au dernier combat

Dans la tempête

 

C'est beau quand fatigué

Le vent soudain s'en va

Hors la tempête

 

Le lendemain, l'ambulance m'emportait vers dix mois de silence. Comme si le vent avait vaincu ma résistance pour toujours!

LORRAINE

 

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mercredi 13 septembre 2017

ROSES DU SOIR

 J'ai remonté le temps pour vous offrir une consigne de "Samedidéfi" que j'ai aimé écrire.  Quelle que soit l'année, les roses n'ont-elles pas toujours un message de douceur et de beauté?

 

XXX

 

Le soir s’est glissé dans la chambre close

Faisons quelques pas dans le chemin creux

Qui mène à l’étang. La lune morose

Ouvre son grand oeil jaune et ténébreux

 

Donne-moi la main. Vois comme les roses

Aux têtes poudrées, aux cils vaporeux

S’inclienent en rêvant et disent des choses

Que seuls entendront les coeurs amoureux

 

La nuit le jardin se tait et repose

Ecoute l’écho d’un oiseau peureux

Et ce bruit mouillé d’un crapaud qui ose

Sauter dans l’étang lourd et colèreux

 

L’heure a le parfum des amours écloses

Le vieux banc rêveur semble malheureux

Viens, la nuit frissonne et sur mon cou pose

Le baiser léger des amants heureux.

 

LORRAINE

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vendredi 1 septembre 2017

CHAPEAU!

 

             J’ai vu tantôt un de ces chapeaux chers au poète Paul Géraldy (1885 – 1983) qui, en connaisseur, les qualifiait de « grands chapeaux qui font les yeux plus noirs, les joues plus roses et qui cachent si bien les fronts ! ».

            Il avait, celui-là, des allures de bonze, un air si comiquement incliné et dévot à la fois  qu’en sa vitrine il évoquait à lui tout seul l’antique Chine.  Le voyez-vous, mauve et noir, mystérieux, parfumé, guettant la femme aux blonds cheveux , la petite tête qui lui prêtera sa vie, ses secrets, ses rendez-vous ?

            Qui coiffera-t-il de son ombre arrondie en coupe, à quel visage donnera-t-il un teint alangui et des lèvres tendres ? Il parera celle pour qui il est né ; on le verra au vernissage, il prendra le thé, s’attardera dans les salons, acceptera discrètement une invitation galante et s’ennuiera le lendemain, de 2 à 5 heures sur le guéridon d’une antichambre. Et il oubliera les mots d’amour, tout bonnement, parce qu’il n’est qu’un petit chapeau frivole, sans plus. 

             Ce temps-là s’est envolé, même si les chapeaux font quelquefois une offensive qui a son petit succès une saison. Puis ils retournent, penauds, dans leur armoire, où on les oublie définitivement.     

                                                           

LORRAINE

(chapeau Jean Barthet)

(chapeau Jean Barthet)

 

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