LE CAHIER DU SOIR de LORRAINE

vendredi 26 août 2016

LA "GOUTTE DE LAIT"

PREAMBULE

 

quelques mois

 

 

         Le mouvement hygiéniste à la fin du XIXè siècle entraina  des initiatives sanitaires de première urgence, dont on n’avait pas tout à fait conscience jusque-là. C’est ainsi qu’en 1894 le docteur français Léon Dufour fonda à Fécamp  la première «Goutte de lait », une institution qui allait se répandre dans le monde entier, de l’Allemagne à l’Urugay, en passant par Bruxelles, Athènes, Cracovie, Alger, Buenos-Aires, Montréal, New-York, Bombay, etc. (1)

XXX

       A l’époque, la situation sociale était alarmante, les ouvrières travaillaient dans des conditions particulièrement dures et la mortalité infantile croissait régulièrement. En cause notamment la large prédominance de l’allaitement artificiel, source de multiples contaminations qui emportaient les nouveaux-nés et les enfants du premier âge. Le Docteur Dufour va encourager l’allaitement maternel ou mixte en préparant pour les mères qui sont dans l’impossibilité  physique ou sociale de nourrir leur enfant, un lait de bonne qualité. A cette fin, le lait de vache est maternisé, pasteurisé et stérilisé. Il est fourni en paniers métalliques contenant autant de biberons que de têtées. Une consultation de nourrissons est à la disposition des mères que l’on incite à y faire suivre leur enfant. Ces consultations furent ouvertes essentiellement dans les faubourgs où vivait un petit peuple laborieux, maraîchers, brocanteurs, marchands de ferraille, manœuvres, paveurs de rues, hommes à tout faire, commissionnaires, allumeurs de réverbères, etc.

        Nous habitions à Bruxelles une maison de coin à la lisière d'un de ces quartiers,  qui avait aussi pignons sur rue, magasins de « Tout-en-Bois », pâtisserie, charcuterie,  serrurerie, marchande de lits et marchande de tissus et d’autres dont je ne me souviens pas.  C’est une des raisons, sans doute, qui nous mena un jour, maman et moi, à la « Goutte de Lait ».

VEDETTES…

       J'avais quelques mois quand, dans la rue de la Rasière qui dévalait de la rue Haute vers la Place du Jeu de Balle,  furent inaugurées en même temps la "Crèche Joséphine Charlotte" et la consultation de nourrissons adjointe,  baptisée "La goutte de lait".  Comme je digérais mal le régime que le docteur de famille s'entêtait à me prescrire,  maman qui n'était guère timide, décida tout naturellement d'aller voir cette "consultation" voisine pour se faire une opinion.

       Une infirmière immaculée sous son voile blanc recevait les mères et les bébés;  on s'asseyait en rond en attendant son tour de passer dans le cabinet médical.  Je sortis de là nantie d'un petit carnet personnel,  indiquant mes poids et mesures,  un régime rectifié,  mes six dents et ma propension à vouloir me lever sur les genoux de maman puis à danser en pliant les jambes.

         Nous revînmes fidèlement.  Maman noua des relations,  notamment avec la maman d'Hélène,  laquelle m'accompagna plus tard au jardin d'enfants, fit ses études avec moi,  resta mon amie, et devint ma belle-soeur en épousant le frère de mon mari.Comme quoi la vie quotidienne réserve des surprises inattendues!

         On appela bientôt maman "la Française" car elle avait gardé son accent chantant de Valenciennes,  qui détonait un peu parmi le marollien et le bruxellois plus couramment parlés dans ce quartier animé. ! Lorsque les "Actualités Pathé" eurent l'idée de filmer cette "Goutte de lait" moderne et modèle, la directrice,  fière et fiévreuse,  distribua les rôles.  Et ce fut à la "Française" qu'échut l'honneur de guider les autres mamans vers le cabinet médical, chacune portant son bébé...

         Quand le "Ciné Blaes"  du quartier passa à son tour le documentaire,  les habitants  s'y précipitèrent.. Le papa d'Hélène me raconta plus tard, avec admiration:

         "Ta maman  était très à l'aise,  elle ouvrait la porte de la consultation,  et les autres la suivaient.  Tout le monde s'installait.  Quand ta maman entra avec toi chez le docteur, on vous a filmées en gros plan toutes les deux. Tu étais un bel enfant, Lorraine,  habillée tout en blanc,  solide,  rieuse,  une vraie réclame pour la "Goutte de lait".  "...

         J'ai donc, avec d'autres, incarné fugitivement  les bienfaits de cette oeuvre qui allait apporter à tant de familles des notions essentielles  pour la santé des enfants, suivis désormais de semaine en semaine dans les "consultations" gratuites où l'on évaluait la progression de la taille du poupon, du poids, de la croissance en général. Les consultations ont évolué au cours du temps, je pense que c'est vers les années 1980 qu'elles cessèrent leur activité; elles avaient accompli leur rôle éducatif et humain et donné un formidable coup de main à l'essor sanitaire si indispensable à la fin du XIXème siècle. Je trouve qu'il est bon de s'en souvenir, même si pour ma part , j'ai complètement oublié ce temps-là!

 

musee enfance

LORRAINE

(1) -J'ai puisé les renseignements de base de ce texte dans la revue "Histoire de la Pharmacie" - Pédiatrie sociale: le créateur de la Goutte de Lait et ses biberons: Les Biberons du Docteur Dufour" (année 1997)

(2) - Tableau conservé au Musée de lEnfance du Dr Dufour, créé en 1874 et légué à la ville de Fécamp en 1926

 

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mercredi 24 août 2016

(Qu'y a-t-il derrière la fenêtre? C'est un sujet de consigne que j'ai déjà publié. Mais je le réédite en espérant que vous aurez du plaisir à le lire)

 

XXX 

La porte est fermée, la fenêtre ouverte

Juste assez pour voir dedans la maison

Mais le soir descend et son ombre verte

Embrume les meubles et j’ai un frisson

 

Y a-t-il quelqu’un ? Je ne vois personne

Ou peut-être un homme au fond du fauteuil ?

Je frappe au carreau et sur la console

On dirait un chat qui n’aurait qu’un œil

 

J’appelle à mi-voix, on reste immobile

Est-ce vous, Germain ? J’ai peur tout à coup

Le bois est tout près dans ce coin tranquille

Et ce cri soudain, serait-ce un hibou ?

 

Si Germain se tait c’est qu’il est malade

Prenant mon élan je grimpe à mi-corps

Il me connaît bien, je viens en balade

Dites-moi, Germain…Mais Germain est mort !

 

Depuis ce jour-là, devant sa fenêtre

Je passe en fermant les yeux sur l’oubli

Pauvre ami Germain ! Il m‘aimait peut-être

Je n’en ai rien su. Je l’aimais aussi…

 

LORRAINE

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FIN DE PAUSE

    

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      J'ai écouté votre amitié, elle murmurait "repose-toi", elle est restée présente en ces jours sans but précis, si nécessaires quelquefois pour réintégrer son équilibre intérieur, oublier les horaires, accepter le farniente.

      Vivre sans projet pendant quelques jours permet peu à peu de réentendre  la petite voix qui chantonne. Et même si elle est encore bien faible, elle renaît et me pousse avant tout à vous dire "Merci", mes amis. Me revoilà!

 

 

Lorraine

 

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lundi 15 août 2016

PETITE PAUSE

divers8

 

Je vais me reposer quelques jours, je suis très fatiguée.

Mais je reviendrai bientôt.

Je vous embasse

LORRAINE

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samedi 13 août 2016

VISITE DE JEUNESSE

         Un jour où il pleuvait doucement, j’ai été me promener dans un grand jardin inconnu. J’écoutais le bruit léger des gouttes sur les feuilles du saule et je m’assis un peu contre la vasque où deux poissons rouges s’étiraient entre les pierrailles. La pluie tombait sur mes bras nus, sur mes joues et mes cheveux. J’avais laissé mon parapluie encombrant sous le porche et je traversai une petite pelouse pour sentir sur mes pieds libres dans leurs sandales la douceur de l’herbe.

         Quand je rentrai dans la maison, l’amie qui y habitait  m’invita à en faire le tour. Nous allâmes d’abord au grenier, ne fallait-il pas avant tout voir les routes par où viennent les gens, et savoir si le vent qui entre dans la cheminée a emporté des odeurs d’arbres, de sages petites odeurs d’herbes endormies, ou de rampants parfums volés dans les sous-bois ? Le grenier livrait par la lucarne des routes bordées de peupliers et un horizon voilé de forêts où il ferait bon se promener si je demeurais ici.

         Et quand j’ai quitté cette maison hospitalière, j’ai emporté enclose dans un livre, une toute petite fleur étonnée dont je ne connais pas le nom et qui frisait toute seule au bord du sentier, et sentait bon.

 

LORRAINE

jardin de campagne

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mercredi 10 août 2016

L'AMOUR

 

Si je ne t’avais pas rencontré en chemin,

alfred-stevens-portrait femme seule

 

Si nous étions passés sans nous voir l’un et l‘autre

Aurai-je pu aimer ? Aurais-tu pris la main

D’un femme inconnue ? Cet amour qui est nôtre

Qui donc l’aurait vécu ?

 

Si nous n’avions pas eu tous les deux la surprise

De tes yeux qui croisaient mon regard interdit

Si nous n’avions compris sans la moindre méprise

Que l’amour irradie et vient comme un bandit

Qu’aurions-nous donc vécu ?

 

Si nous n’avions pas su aux heures difficiles

Nous méfier des mots durs comme autant de couteaux

Si nous n’avions pas pu chasser l’humeur hostile

Et les reproches vains, maladroits et brutaux                               

Dis-moi, l’amour

L’aurions-nous donc vécu ?

 

LORRAINE

Tableau d'Alfred Stevens

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vendredi 5 août 2016

LA SOURIS INTELLIGENTE...

         Quand j’ai les ongles un rien trop longs ,taper sur le clavier devient une aventure absurde. La frappe perd sa subtilité sa précision, bref, je fais des fautes. Qu’à cela ne tienne : j’ai une souris intelligente. Ce serait parfait, si elle se contentait de me corriger. Elle le fait à sa façon…

         Qu’elle veuille m’imposer « grève » alors que j’écris « trève »  je peux le comprendre en cette période d’agitations sociales où la moitié du pays proteste régulièrement dans la rue. Qu’elle transforme « horizon » en « oraison », alors qu’ils n’ont rien en commun, soit. Mais qu’elle s’en donne à cœur joie en écrivant « agnostique » ce que je trouve « magnifique », « chien » au lieu de « chemin », « violence » quand je perçois plutôt une « vilenie », me semble un peu excessif. Qu’elle prenne la liberté de me suggérer un autre mot quand je dérape, ce serait une bonne action. Mais la sournoise en profite pour déformer complètement mes pensées.  Je me suis trouvée écrivant « sperme » là où je parlais du «derme » ou  « selle » à la place de « seule ».

          Quant au menu fretin : kiné » pour « ciné », « beige » pour « neige », «halte » pour

clavier

« hôte », « publier » pour « policier », j’en passe et non des moindres !

         Aujourd’hui il suffit d’effleurer le clavier pour que surgisse instantanément le mot et, parfois, la faute.  J’en viens à regretter la bonne vieille machine à écrire où je tapais,  en force sans  doute, mais sans aucune rature.

          Serais-je en train de regretter aussi «le bon vieux temps » ?

 

LORRAINE 

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mardi 2 août 2016

UN CONTE A DORMIR DEBOUT

 (Il fallait inventer une histoire tenant la route, mais "à dormir debout"!.. J'ai sauté à pieds joints dans l'imaginaire)

XXX

     D’une grande enjambée,  Alice sortit du livre.  Maintenant, elle serait une petite fille comme les autres,  ni trop grande, ni minuscule. « Les cabrioles, ça suffit », dit-elle au chat Chester. Mais le chat Chester avait disparu : il restait  au Pays des Merveilles.

     - Oh ! c’est dommage, soupira la petite fille comme les autres.

ALICE PAYS MER

 

     Elle sortit son GSM de sa poche et fit le n°.

    - Allo, ici la firme Poucet pour vous servir, répondit une voix fluette

    - Je voudrais un taxi, je vais  au n° 1 rue de la Planète.

    - Me voici illico, je connais le chemin.

    Il connaissait vraiment le chemin car la petite fille comme les autres  eut à peine le temps de rouler ses cheveux blonds en queue de cheval qu’un véhicule freina des quatre roues dans son dos. Un tout petit homme  semait subrepticement des cailloux  dans la rue déserte.

    - Je connais tous les chemins dit-il mystérieusement, n’ayez pas peur, nous arriverons. Montez !

    - Monter ! « Mais c’est un carrosse ! s’écria Alice courroucée, j’ai demandé un taxi ».

    - Ne vous inquiétez pas, il va devenir citrouille. Chut ! ne dites rien, nous avons un peu inversé les situations, mais vous serez au bal pour minuit, soyez-en sûre !

    - Je ne vais pas au bal, protesta –t-elle, Arrêtez ! Je veux aller rue de la Planète. Je veux…

    - Pas de souci !  Nous y voilà ! Donnez-moi la main, Princesse.

    La petite fille comme les autres, découragée, entra machinalement dans le Palais,  le minuscule Poucet perché sur son épaule comme un perroquet. Une fille très laide essayait en vain un soulier de vair, son gros pied poussait et enrageait, sa sœur aussi grosse et laide, le lui arracha et tenta de l’enfiler.

    « Ces gens sont fous ! », murmura Alice effondrée. « Plus fous que le Chapelier fou, plus fous que le roi de Cœur. Mais qui sont-ils ? Et qui est celui-là ? »

    Un Prince de lumière arrivait, couronne en tête, sceptre sous le bras. Assez agité, il écarta les deux sœurs  laides, prit le soulier de vair et l’agita en hurlant :

    - Où est Cendrillon ? qu’on me l’amène ! L’histoire dit que je dois l’épouser. Et que ça saute !..

    Les laquais se précipitèrent vers la porte dorée. « Me voici ! » s’écria une jolie voix féminine. Et Blanche- Neige entra escortée des sept nains qui chantaient « Eyo ! Eyo ! on rentre du boulot… ».

    Alice au bord des larmes avait le tournis. 

    « Je veux rentrer chez moi, je suis Alice. Oh ! Lewis Carroll, supplia-t-elle,  vous qui m’avez inventée , laissez-moi retourner au Pays des Merveilles…

    Un sourire flotta devant elle , elle le reconnut aussitôt :« Oh ! Chester, tu es là ? »

    - Je te reconduis, miaula-t-il. Suis-moi…

    De soulagement, elle ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, le livre se refermait définitivement sur eux et le Chapelier fou servait du thé au Lièvre de Mars.

 

LORRAINE

 

 

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dimanche 31 juillet 2016

LA REVOLTE DES LETTRES

 

         (La consigne nous demandait d’utiliser au maximum dans le texte une voyelle de notre choix, et d’intercaler  les « douches municipales » et « papier mâché » !.. Je m’y suis attelée et j'ai choisi le "i"!)

 XXX

         Jamais elle ne dirait ce qu’elle pense, jamais elle ne se trahirait : elle était un « i » et le resterait. Quelle idée de vouloir faire d’elle un « y ». Le gros prix qu’on lui propose ne mérite pas qu’elle devienne cette lettre déhanchée qui écrit si peu de mots ! Elle au moins sert, en catimini ou non, on l’emploie toujours, voyez d’ailleurs « catimini » l’utilise trois fois, un record !

         L’y se met dans « hymne ». Soit, c’est beau, un hymne, mais relativement rare. Vous me direz qu’il y a « hymen ». Mais aux douches municipales on ne célèbre pas l’hymen, du moins en principe.

         Il n’empêche : l’ »y » torturé et souvent seul ou mal entouré n’a pas l’exubérance du « i » que je suis. Personne ne peut s’en passer. Même pas pour tricoter des mitaines. Je suis partout, dans les mitaines, dans le tricot, dans les aiguilles, dans le sourire de la tricoteuse. Le papier mâché m’intercale dans sa dénomination. La dénomination me sollicite deux fois et la sollicitation m’emporte trois fois dans sa ronde.

         Alors non, je ne veux pas devenir un « y ».Le « i » est inimitable !

 

Lettre-i

 

LORRAINE

 

        

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jeudi 28 juillet 2016

L'OFFRANDE LYRIQUE

 

(Il m'est doux de publier un extrait de ce poème d'Anna de Noailles qui enchanta mon adolescence. Les poètes sont éternels!)

 

Cte de Noailles-remydegourmont

 

"Les marronniers, dans l’air plein d’or et de spendeur

Répandent leur parfum et semblent les étendre ;

On n’ose pas marcher ni remuer l’air tendre

De peur de déranger le sommeil des odeurs

 

De lointains roulements arrivent de la ville…

La poussière, qu’un peu de brise soulevait,

Quittant l’arbre mouvant et las qu’elle revêt,

Redescend doucement sur les chemins tranquilles"

 

Anna de Noailles

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