LE CAHIER DU SOIR de LORRAINE

lundi 14 novembre 2016

PAYSAGE

                                                                                                                                             ( Réédition )        

        Ca et là, des fermes cabossées se groupent et simulent un village. Elles ont grand âge, des rides replâtrées de ciment et repeintes, comme si, éclatées du dedans par trop d’émotions, les fermes tenaient encore par leur volonté de petites vieilles.

         Le chemin va où il veut, tourne à la grange où s’adosse la niche blanche au toit vert, flâne et s’étale  largement  devant la chapelle où Saint Christophe  promet sa protection. Puis il repart, caillouteux, raviné, offre une maison rose et toute droite, aux fenêtres rangées comme des petites filles sur des prie-Dieu. Ses géraniums d’un rouge presque offensant  surmontent  deux bancs vernis de chaque côté de la porte, pour le repos du soir, quand tout s’endort et que le couple méritant et laborieux s’assied et parle du temps qu’il fera demain.

ferme ancienne

LORRAINE

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jeudi 10 novembre 2016

BRUME

 

            La pluie frappe au carreau et l’horloge grignote les heures. Leur bruit alterné se mêle et tisse pour moi seule une musique grise que je connais bien. La maison s’est encapuchonnée de brume et si je voulais être triste, je le serais infiniment. Tout m’y convie : le ciel bas ; la rue morte, mes souvenirs.

            Pourtant je sourirai. Je sourirai afin de secouer la perfide mélancolie, le spleen insinuant et noir qui colle au cœur et au visage.  Car le bonheur dépend parfois d’un jour comme aujourd’hui où il suffirait de pleurer pour que se ravivent tous les chagrins ou de sourire pour qu’ils s’enfuient.

            Etre heureux n’est bien souvent  qu’une attitude devant la vie. Alors, ce ciel étrange, ces oiseaux en groupes noirs, les vitres larmoyantes et mon étroite solitude, j’en ferai une gerbe de feu d’artifice, et si le poète pouvait écrire :

            « Je suis comme le roi d’un pays pluvieux

            « Riche mais impuissant, jeune et pourtant très vieux »…

je serai la reine qui vainc l’heure mélancolique et attend le soleil comme une couronne d’or.

Gaslight (Fog)

 

LORRAINE

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dimanche 6 novembre 2016

A travers les rameaux...

 

 

Quand la harpe du vent agite les rameaux

Qui tintinnabulent

Se lève le fantôme altier des jouvenceaux

Dont le chant hulule

 

Ils s’en vont aériens et tout le corps voilé

Dans le crépuscule

Armée d’anciens héros, Pages et chevaliers

Là-bas se bousculent

 

Quand je les aperçois au loin dans la futaie

Mon âme bascule

Comme si, sous mes yeux, l’écuyer que j’aimais

Soudain s’articule

 

Les ombres peu à peu se fondent dans la nuit

Tremblants funambules

Et le vent qui se tait soudain de moi se rit :

Suis-je ridicule !...

 

LORRAINE

forêt

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lundi 31 octobre 2016

Une malencontreuse chute m'oblige au repos.  Mal partout mais rien de cassé.  Je venais à peine de reparaître mais j'ai des vertiges chaque fois que je change de position. Patience!

A BIENTÔT DE TOUTE FAçON, MES AMIS

LORRAINE

Eug

Tableau Henri Cauchois

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dimanche 30 octobre 2016

MA MUSETTE

         Il y a plus d’un an que je l’ai, je vous l’ai dit brièvement, sans m’attarder, cent fois je me suis dit « Je raconte sa petite vie » et cent fois je me suis tue. Parce qu’en parler c’était ressusciter aussitôt mon chat Milord et cela me faisait trop mal. Mon Milord de 17 ans, mon seul compagnon. Et pour apaiser un peu cette blessure, ma petite-fille Florence m’a conduite  l’an dernier, fin mai, choisir un petit cochon d’Inde, que j’ai choisie d’une seule main parmi tous les autres, petite, beige et brune et surtout affolée.

         Un amour ne remplace pas l’autre, il se juxtapose. Milord était fier, indépendant et soudain si doux contre moi, comme s’il voulait effacer tous les chagrins de ma vie. Musette est petite, craintive, fuyant quand je veux la sortir de sa cage Et pourtant soudain si heureuse, grimpant le long de mon bras, nichant son petit nez dans mon cou et restant là, en chantonnant, tandis que je caresse son flanc si soyeux.

      On m’avait dit « Il faut la laisser courir ». Mais elle ne veut pas courir. Ni s’éloigner. Elle reste là, dans mes bras, musant ses chansonnettes comme des mélopées, et quelquefois, bonheur des bonheurs, s’endort.

      Le soir, nous regardons la télé ensemble. Même si elle lui tourne le dos, son petit corps détendu me dit que tout est bien.

 

     Et je le crois.

IMG_2483

Mon arrière-petit-fils Théo

fait cnnaissance avec Musette.

 

Musette caresse

Théo et Musette

 

 

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mardi 25 octobre 2016

CES DEMOISELLES FEUILLET

 PREAMBULE

Ce petit texte m'est revenu me reliant au passé. Qu'il soit la transition entre un hier bien lointain et un demain dont nous ne savons rien.

 

1925

 

 

         Elles tenaient une papeterie, Amandine et Germaine Feuillet et officiaient derrière un long comptoir en vitres qui coupait le magasin longitudinalement.  Maman m’y acheta ma première ardoise, ses touches, un plumier, la bouteille d’encre, les buvards, les cahiers, l’essuie-plume et le taille-crayon. Elle faisait volontiers un brin de causette avec Mademoiselle Amandine qui, bien serrée dans son cache-poussière noir lustré de vendeuse, me semblait sévère, malgré le demi-sourire de ses lèvres pâles.  Son pince-nez, peut-être ? Ou ses cheveux gris en chignon ? Elle portait à la ceinture de grands ciseaux qui taillaient des feuilles de papier à dessin, pour les étudiants et des emballages-cadeaux.

         Mes yeux arrivaient à hauteur de la vitrine où s’alignaient des boîtes de compas, de papier à lettres mauve,, bleu, rose, des porte-plume réservoirs, des portemines, des albums pour cartes postales ou pour photos.

         J’aimais assez les causettes de maman et de Mademoiselle Amandine, je m’éloignais disertement et j’allais aux présentoirs de cartes illustrées. Quel rêve ! Une jeune fille pensive et ondulée tenait une rose et je pus bientôt lire « je pense à vous ». Mes frères aînés en recevaient de semblables et me les donnaient pour ma collection, sans deviner un instant qu’ils brisaient des cœurs avec insouciance.

         Quelquefois un client entrait, il achetait des timbres : « trois à 10 et deux à 5 ». Centimes, évidemment ! Mademoiselle Germaine s’empressait. Apparemment, la poste, c’était elle !

         Après le présentoir sentimental, j’allais aux scènes attendrissantes. Les chats étaient à la mode et les dessinateurs les croquaient habillés comme de grandes personnes, assis sur un banc ou, parfois, sur la lune d ’où ils annonçaient : « Je vous attends » , ou jouaient de la mandoline sous une fenêtre close. Puis, maman me prenait par la main. Une cliente parfumée entrait, mystérieuse sous sa voilette.

femme 1930 (monia

 

         - Du papier à lettres ? De luxe ? Certainement, Madame, nous avons un assortiment…

         Je partais à regret. Une odeur de crayon et de violette me suivait un instant, tandis qu’en fermant la porte la clochette tintait une fois encore.

         Les demoiselles Feuillet ont un jour fermé boutique. Je ne sais pas ce qu’elles sont devenues.

 

LORRAINE

Certaines clientes de Mesdemoiselles Feuillet avaient de l'élégance, de la classe. Mais elles, inlassables derrière leur comptoir, avaient ce sourire fatigué de deux soeurs travailleuses dont je n'ai pas oublié la bonté.

 

             

 

 

        

 

 

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jeudi 20 octobre 2016

DES NOUVELLES

    Nous avons traversé une période difficile. (hôpital, analyses, examens, biopsie).  Les nouvelles sont mauvaises et ma fille fait face avec courage à la maladie  de son mari que rien ne laissait prévoir. Nous sommes une famille unie et ensemble, nous sommes forts. Mamylouve et moi reviendrons peu à peu chacune sur son blog, pour renouer avec cette amitié qui nous soutient et nous réchauffe.

     Je ne puis répondre à chacun de vos messages, mais sachez qu'ils ont été un réconfort profond dans les moments d'inquiétude, de découragement, de fatigue.  Pour sortir de l'inertie mentale qui guette, l'écriture m'aidera.  Et votre présence, amis chers. MERCI!

2roses roses

 

LORRAINE

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mercredi 28 septembre 2016

A BIENTOT

     La famille traverse une phase difficile dont nous espérons néanmoins une issue heureuse. Je n'ai pas le coeur à écrire, ni la force. Encore quelques jours de patience.

     Ensuite je reviendrai. Et nous reprendrons nos échanges.

     Merci pour votre amitié.

Lorraine

 

 

 

 

 

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vendredi 23 septembre 2016

MAXIMES DE CHAMFORT

 

"De nos jours, ceux qui aiment la nature

sont accusés d’être romanesques"

 

(CHAMFORT)

 

 

genêt

 

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mardi 20 septembre 2016

LE PETIT MONDE D'AUTREFOIS

 

         Quelquefois, je me dis que naître dans une maison au coin d’une rue a été pour moi une grande chance. C’est comme si je vivais dans deux mondes ayant chacun leur originalité, leurs particularités.

         J’ai déjà parlé de l’Hospice des Aveugles (« Les jours enfuis – 26 mai 2015) , essentiellement pour raconter ce que mes 5 ans pouvaient comprendre.  L’Hospice descendait juste devant chez moi , le long mur aveugle (lui aussi !) s’étalait amplement. Il servait de support aux affiches que, tôt matin, s’en venaient coller des peintres  en combinaisons blanches. Ils amenaient leurs hautes échelles en camionnettes, les hissaient quelquefois à la hauteur d’un premier étage et faisaient un signe amical à la fillette qui, de sa fenêtre en face admirait le spectacle. Les affiches, très hautes et très larges, se collaient par pans et exigeaient une grande maîtrise.

         Je recevais alors en plein visage le sourire du « Bébé Cadum », son teint de pêche et son fameux savon, ou encore le Pierrot lunaire franchissant à saute-mouton sa bouteille de Spa.

Spa Monopole

 

Bébé Cadum

 

         Plus loin,  là où personne ne collait rien (un écriteau l'interdisait formellement sous peine d'amende),  les garçons jouaient à la balle pelote, s'encourageant de la voix, rouges et lestes, et grands comme mes deux frères adolescents  Ils faisaient aussi le tour du bloc sur un vélo de course, en maillot de couleur,  une casquette enfoncée sur la tête,  la visière en arrière, pliés sur le guidon  Alors je me détournais.  Je n'aimais pas les courses.  J'allais à la fenêtre de l'autre rue,  la rue Blaes, surtout le dimanche quand dès le matin elle grouillait de monde. Alors arrivaient les chanteurs des rues.

      Lui, un grand sec en costume de velours brun, la casquette sur l'oreille,  haranguait la foule.  L'accordéon en bandoulière,  il en tirait de soudains accords déchirants, puis une petite musique aigrelette qui préludait à la chanson.  Elle,  le chapeau de feutre noir enfoncé jusqu'aux yeux,  le manteau vague et court qui découvrait de fortes jambes en bas de laine , noirs eux aussi, scrutait les amateurs du dernier tango ou du refrain troupier.

          Et soudain, serrant contre elle les partitions qu'elle vendrait ensuite au public alléché,  elle entonnait "Dolorosa, c'est la femme des douleurs...", ou encore "Les papillons de nuit s'envolent vers la flamme., comme au feu de l'amour s'en vont toutes les femmes...".  Son pied nerveux battait la mesure,  au bord du trottoir,  des jeunes reprenaient en hésitant un peu le couplet à la mode,  puis,  tout en guettant l'agent de police qui les ferait circuler,  lui et elle faisaient la tournée rapide du cercle qui se dispersait déjà.  Plus d’une fois, l’un de mes frères descendait promptement sur le seuil et en ramenait la dernière chanson fredonnée.

          Un peu plus loin,  les chanteurs reprenaient leur succès du jour qui égayait la rue de printemps…

         Je n’en avais pas du tout conscience, mais mes séances à la croisée m’ouvraient un univers disparate qui m’apprenait que nous ne sommes pas égaux devant la vie , et développait jour après jour, le si utile sens de l’observation.

 

LORRAINE

        

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