LE CAHIER DU SOIR de LORRAINE

vendredi 23 septembre 2016

MAXIMES DE CHAMFORT

 

"De nos jours, ceux qui aiment la nature

sont accusés d’être romanesques"

 

(CHAMFORT)

 

 

genêt

 

Posté par incarnat à 15:48 - Commentaires [6] - Permalien [#]


mardi 20 septembre 2016

LE PETIT MONDE D'AUTREFOIS

 

         Quelquefois, je me dis que naître dans une maison au coin d’une rue a été pour moi une grande chance. C’est comme si je vivais dans deux mondes ayant chacun leur originalité, leurs particularités.

         J’ai déjà parlé de l’Hospice des Aveugles (« Les jours enfuis – 26 mai 2015) , essentiellement pour raconter ce que mes 5 ans pouvaient comprendre.  L’Hospice descendait juste devant chez moi , le long mur aveugle (lui aussi !) s’étalait amplement. Il servait de support aux affiches que, tôt matin, s’en venaient coller des peintres  en combinaisons blanches. Ils amenaient leurs hautes échelles en camionnettes, les hissaient quelquefois à la hauteur d’un premier étage et faisaient un signe amical à la fillette qui, de sa fenêtre en face admirait le spectacle. Les affiches, très hautes et très larges, se collaient par pans et exigeaient une grande maîtrise.

         Je recevais alors en plein visage le sourire du « Bébé Cadum », son teint de pêche et son fameux savon, ou encore le Pierrot lunaire franchissant à saute-mouton sa bouteille de Spa.

Spa Monopole

 

Bébé Cadum

 

         Plus loin,  là où personne ne collait rien (un écriteau l'interdisait formellement sous peine d'amende),  les garçons jouaient à la balle pelote, s'encourageant de la voix, rouges et lestes, et grands comme mes deux frères adolescents  Ils faisaient aussi le tour du bloc sur un vélo de course, en maillot de couleur,  une casquette enfoncée sur la tête,  la visière en arrière, pliés sur le guidon  Alors je me détournais.  Je n'aimais pas les courses.  J'allais à la fenêtre de l'autre rue,  la rue Blaes, surtout le dimanche quand dès le matin elle grouillait de monde. Alors arrivaient les chanteurs des rues.

      Lui, un grand sec en costume de velours brun, la casquette sur l'oreille,  haranguait la foule.  L'accordéon en bandoulière,  il en tirait de soudains accords déchirants, puis une petite musique aigrelette qui préludait à la chanson.  Elle,  le chapeau de feutre noir enfoncé jusqu'aux yeux,  le manteau vague et court qui découvrait de fortes jambes en bas de laine , noirs eux aussi, scrutait les amateurs du dernier tango ou du refrain troupier.

          Et soudain, serrant contre elle les partitions qu'elle vendrait ensuite au public alléché,  elle entonnait "Dolorosa, c'est la femme des douleurs...", ou encore "Les papillons de nuit s'envolent vers la flamme., comme au feu de l'amour s'en vont toutes les femmes...".  Son pied nerveux battait la mesure,  au bord du trottoir,  des jeunes reprenaient en hésitant un peu le couplet à la mode,  puis,  tout en guettant l'agent de police qui les ferait circuler,  lui et elle faisaient la tournée rapide du cercle qui se dispersait déjà.  Plus d’une fois, l’un de mes frères descendait promptement sur le seuil et en ramenait la dernière chanson fredonnée.

          Un peu plus loin,  les chanteurs reprenaient leur succès du jour qui égayait la rue de printemps…

         Je n’en avais pas du tout conscience, mais mes séances à la croisée m’ouvraient un univers disparate qui m’apprenait que nous ne sommes pas égaux devant la vie , et développait jour après jour, le si utile sens de l’observation.

 

LORRAINE

        

Posté par incarnat à 12:42 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mercredi 14 septembre 2016

SEPTEMBRE

 

Le soleil qui descend au creux de la prairie

Et  l’ombre entraperçue au détour du chemin

Le  parfum d’herbe tendre effleurant la charmille

Est-ce le crépuscule de l’été qui s’éteint ?

 

L’horizon ceinturé par le bois de sapins

Le chien qui s’est couché et d’un rire l’écho

M’isolent en ce jardin  dont la douceur m’étreint

Comme si j’entendais un lointain concerto

 

Septembre au  bord de l’eau écoute la rivière

Roulant sur ses galets d’un pas dominical

Et ce chant isolé soudain dans la clairière

Est-il  l’adieu d’été au monde végétal ?

 

LORRAINE

 

erable_rouge_10-2010

Posté par incarnat à 12:15 - Commentaires [19] - Permalien [#]

mardi 13 septembre 2016

L'ARBRE SACRE

 
            (Nous avions reçu chacune une feuille représentant un arbre (chêne, peuplier, saule, etc.) et sa notice explicative. A nous de nous en inspirer pour écrire un texte court.  Nous avions dix petites minutes. J’ai reçu le cèdre, j’ai lu qu’il était un arbre « sacré » . J’ai ensuite écrit le texte.)
 
                                                                                          XXX
 
            Arbre sacré, le cèdre ? Tous les arbres sont sacrés. Essence même de la beauté, ils chuchotent entre eux quand passe la brise, hurlent sous l’orage leur complainte de feuilles, murmurent une chanson triste sous la pluie et entonnent quelquefois (mais nul ne l’entend !) un hymne à la joie au cœur de leur maturité.
 
            Ils ont l’ample beauté des parcs et des châteaux, et la douceur maigrelette et isolée au coin d’une ruelle en pente. Le soleil les couronne, de leur écorce émane un goût épicé ou résineux qui touche imperceptiblement le promeneur.
 
            Les pelouses les accueillent les allées les bercent, les bois desinent les drèves où ils aiment rêver, les jardins les fleurissent de toutes leurs corolles et les sacrent maître des lieux.
 
            Pensons-y quand nous les  croisons : leur silence balancé récite une prière.
 
LORRAINE

Cèdre

 

Posté par incarnat à 10:50 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

samedi 10 septembre 2016

BAL SOUS LA LUNE

 

5ange

 

Je vois sous la lune

Un envol de fées

La blonde et la brune

Ariane attifée

De fleur et de plumes

Pour aller danser

 

Danser sous la lune

Le prince des fées

Ote sa cothurne

Et danse nu-pied

L’aigrette de brume

 

Ah ! vraiment, lui sied !

Cette fleur qu’il hume

Et offre à Daphné

Doucement parfume

Les elfes et les fées

Mais  sous son costume

Bat un cœur blessé

fée lune

 

Pourtant il assume

L’amour balafré

Car tout se résume

A un seul baiser

Volé sous la lune

Par un soir d’été

 

Mais moi je présume

Qu’une fée ailée

Pour lui se consume

Et quelle a trouvé

Au clair de la lune

Comment l’apaiser

 

Et sans amertume

Se laissant guider

 Il a fait fortune

D’un nouveau baiser

Qui loin du bitume

Les a exilés

 

LORRAINE

 

 

 

 

 

 

Posté par incarnat à 09:15 - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


mercredi 7 septembre 2016

REGARD

boycatgirlfin

Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse

(Coco Chanel)

Posté par incarnat à 09:59 - - Commentaires [17] - Permalien [#]

dimanche 4 septembre 2016

A LA SOURCE

Source_de_la_Loue

 

L’été aux cheveux verts  marche dans les sous-bois

Il fait très chaud, dit-il

Je m’abrite et je bois

A la source

 

L’été aux cheveux verts se penche et aperçoit

Son chapeau tout feuillu

Et un peu de guingois

A la source

 

L’été aux cheveux verts écoute le haut-bois

Du ruisseau murmurant

Et rafraîchit ses doigts

A la  source

 

L’été aux cheveux verts s’étend sous le pavois

Des branches alanguies

Comme il fait bon, ma foi!

A la source

 

L’été aux cheveux verts baille mais ne dort pas

Il veille, c’est  promis

L’ Automne le relaiera

A la source!

 

LORRAINE

Posté par incarnat à 15:08 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mercredi 31 août 2016

LA NUIT...

 

Je suis sortie de la maison sans avoir peur

J’ai retrouvé la nuit et ses appels trompeurs

Personne n’attendait ma visite d’errance

L’ombre cachait mes pas, j’allais dans le silence

 

       La nuit est une amie

 

Le banc d’été bordait la pelouse dormante

Je t’ai attendu là, apaisée et confiante

Sachant que tu viendrais par l’allée aux cyprès

T’asseoir à mes côtés et que tu sourirais

 

         La nuit est une amie

 

Qu’importe que je sois une femme qui rêve

Si tel est mon bonheur et ta présence brève

Ressuscite le temps où nous étions heureux

Qu’importe que je croie quelquefois être deux !

 

       La nuit est une amie

 

LORRAINE

 

jardin soir été saisons-vives

 

Posté par incarnat à 22:49 - Commentaires [32] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

vendredi 26 août 2016

LA "GOUTTE DE LAIT"

PREAMBULE

 

quelques mois

 

 

         Le mouvement hygiéniste à la fin du XIXè siècle entraina  des initiatives sanitaires de première urgence, dont on n’avait pas tout à fait conscience jusque-là. C’est ainsi qu’en 1894 le docteur français Léon Dufour fonda à Fécamp  la première «Goutte de lait », une institution qui allait se répandre dans le monde entier, de l’Allemagne à l’Urugay, en passant par Bruxelles, Athènes, Cracovie, Alger, Buenos-Aires, Montréal, New-York, Bombay, etc. (1)

XXX

       A l’époque, la situation sociale était alarmante, les ouvrières travaillaient dans des conditions particulièrement dures et la mortalité infantile croissait régulièrement. En cause notamment la large prédominance de l’allaitement artificiel, source de multiples contaminations qui emportaient les nouveaux-nés et les enfants du premier âge. Le Docteur Dufour va encourager l’allaitement maternel ou mixte en préparant pour les mères qui sont dans l’impossibilité  physique ou sociale de nourrir leur enfant, un lait de bonne qualité. A cette fin, le lait de vache est maternisé, pasteurisé et stérilisé. Il est fourni en paniers métalliques contenant autant de biberons que de têtées. Une consultation de nourrissons est à la disposition des mères que l’on incite à y faire suivre leur enfant. Ces consultations furent ouvertes essentiellement dans les faubourgs où vivait un petit peuple laborieux, maraîchers, brocanteurs, marchands de ferraille, manœuvres, paveurs de rues, hommes à tout faire, commissionnaires, allumeurs de réverbères, etc.

        Nous habitions à Bruxelles une maison de coin à la lisière d'un de ces quartiers,  qui avait aussi pignons sur rue, magasins de « Tout-en-Bois », pâtisserie, charcuterie,  serrurerie, marchande de lits et marchande de tissus et d’autres dont je ne me souviens pas.  C’est une des raisons, sans doute, qui nous mena un jour, maman et moi, à la « Goutte de Lait ».

VEDETTES…

       J'avais quelques mois quand, dans la rue de la Rasière qui dévalait de la rue Haute vers la Place du Jeu de Balle,  furent inaugurées en même temps la "Crèche Joséphine Charlotte" et la consultation de nourrissons adjointe,  baptisée "La goutte de lait".  Comme je digérais mal le régime que le docteur de famille s'entêtait à me prescrire,  maman qui n'était guère timide, décida tout naturellement d'aller voir cette "consultation" voisine pour se faire une opinion.

       Une infirmière immaculée sous son voile blanc recevait les mères et les bébés;  on s'asseyait en rond en attendant son tour de passer dans le cabinet médical.  Je sortis de là nantie d'un petit carnet personnel,  indiquant mes poids et mesures,  un régime rectifié,  mes six dents et ma propension à vouloir me lever sur les genoux de maman puis à danser en pliant les jambes.

         Nous revînmes fidèlement.  Maman noua des relations,  notamment avec la maman d'Hélène,  laquelle m'accompagna plus tard au jardin d'enfants, fit ses études avec moi,  resta mon amie, et devint ma belle-soeur en épousant le frère de mon mari.Comme quoi la vie quotidienne réserve des surprises inattendues!

         On appela bientôt maman "la Française" car elle avait gardé son accent chantant de Valenciennes,  qui détonait un peu parmi le marollien et le bruxellois plus couramment parlés dans ce quartier animé. ! Lorsque les "Actualités Pathé" eurent l'idée de filmer cette "Goutte de lait" moderne et modèle, la directrice,  fière et fiévreuse,  distribua les rôles.  Et ce fut à la "Française" qu'échut l'honneur de guider les autres mamans vers le cabinet médical, chacune portant son bébé...

         Quand le "Ciné Blaes"  du quartier passa à son tour le documentaire,  les habitants  s'y précipitèrent.. Le papa d'Hélène me raconta plus tard, avec admiration:

         "Ta maman  était très à l'aise,  elle ouvrait la porte de la consultation,  et les autres la suivaient.  Tout le monde s'installait.  Quand ta maman entra avec toi chez le docteur, on vous a filmées en gros plan toutes les deux. Tu étais un bel enfant, Lorraine,  habillée tout en blanc,  solide,  rieuse,  une vraie réclame pour la "Goutte de lait".  "...

         J'ai donc, avec d'autres, incarné fugitivement  les bienfaits de cette oeuvre qui allait apporter à tant de familles des notions essentielles  pour la santé des enfants, suivis désormais de semaine en semaine dans les "consultations" gratuites où l'on évaluait la progression de la taille du poupon, du poids, de la croissance en général. Les consultations ont évolué au cours du temps, je pense que c'est vers les années 1980 qu'elles cessèrent leur activité; elles avaient accompli leur rôle éducatif et humain et donné un formidable coup de main à l'essor sanitaire si indispensable à la fin du XIXème siècle. Je trouve qu'il est bon de s'en souvenir, même si pour ma part , j'ai complètement oublié ce temps-là!

 

musee enfance

LORRAINE

(1) -J'ai puisé les renseignements de base de ce texte dans la revue "Histoire de la Pharmacie" - Pédiatrie sociale: le créateur de la Goutte de Lait et ses biberons: Les Biberons du Docteur Dufour" (année 1997)

(2) - Tableau conservé au Musée de lEnfance du Dr Dufour, créé en 1874 et légué à la ville de Fécamp en 1926

 

Posté par incarnat à 17:07 - - Commentaires [26] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mercredi 24 août 2016

FIN DE PAUSE

    

pfl_oiseau_gorge_rose

 

 

 

 

      J'ai écouté votre amitié, elle murmurait "repose-toi", elle est restée présente en ces jours sans but précis, si nécessaires quelquefois pour réintégrer son équilibre intérieur, oublier les horaires, accepter le farniente.

      Vivre sans projet pendant quelques jours permet peu à peu de réentendre  la petite voix qui chantonne. Et même si elle est encore bien faible, elle renaît et me pousse avant tout à vous dire "Merci", mes amis. Me revoilà!

 

 

Lorraine

 

Posté par incarnat à 16:42 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : , , ,