J'ATTENDS LA NUIT...
Le crépuscule d’hiver, avec son ciel blanc comme neige et les
fines branches des arbres qui semblent l’égratigner, m’apporte une mélancolie très douce.
Impuissante devant la nuit, je l’attends, muette, résignée à la pénombre qui envahira la chambre, noyant le cadre qu’illumine un sourire, et la panse du vase rustique, obscurcissant le contour flou des tentures, la rêverie du chien de porcelaine assis sur la bibliothèque et les pois clairs de l’abat-jour éteint.
Une romance surannée gémit dans la maison voisine. Et trottant son implacable ronde des heures, la pendulette me mène, en cadence, vers la nuit complète.
LORRAINE
"Jeune femme en rose" tableau d'A. Stevens
BONHEUR
Le secret du bonheur est d’être heureux avec ce que l’on a et de pouvoir
perdre tout désir de posséder des choses hors de portée.
(Lin Yutang)
(Illustration: "Anemones" - Odilon Redon)
POUSSIERE
(La consigne des "Impromptus" nous demandait de broder sur le thème "Poussière". Voici ma participation)
XXX
Poussière végétale et parfumée de thym
Quand le soleil poudroie les plaines endormies
Poussière des iris comme un miel de festin
Poussière bleue du soir aux complaintes frémies
Douce poussière éclose à l’antique althéa
Poussière appesantie et sentant la vanille
Poussière au goût d’encens qui s’envole là-bas
Tu rôdes nuitamment autour des campaniles
Qui es-tu donc poussière aux multiples couleurs
Tu éveilles en riant l’appel frileux et vague
Des souvenirs perdus et l’infime bonheur
Des serments oubliés dont le tic-tac divague
Poussière parsemée tout au long du chemin
Qui dans la soie du cœur se ravive et se pâme
Qui es-tu donc, dis-moi? Sinon un vieux chagrin
Un espoir, un émoi ? Une poussière d’âme ?...
LORRAINE

Jeune femme au jardin (Renoir)
AU TEMPS DE L'EVENTAIL

L'été avait fleuri les roses et peut-être - qu'en savons-nous, il y a si longtemps! - avait-elle choisi sa jupe du même ton parce qu'elle était jeune et attachait à ces détails l'importance coquette de se sentir belle. Belle, certes! Pour qui? Un soupirant, un fiancé, un inconnu?.. L'éventail lui donnait cette contenance retenue et féminine et le geste élégant des mains fines. Que faisait-elle au bord du lac? Attendait-elle le retour d'un voilier ou simplement flânait-elle en rêvant que le temps passe, jour après jour, inexorablement, même pour les filles jolies dont on ignore les secrets...
Avant elle, combien d'autres femmes n'ont-elles pas erré dans les prairies, dans les jardins, la taille bien prise, le chapeau charmant, la crinoine étalée comme une fleur éclose? D'autres femmes, d'autres filles dont le destin se jouait le plus souvent en dehors d'elles-mêmes, en dehors de leur coeur, de leur espoir, de leur amour peut-être? Que d'éventails ont recueilli des larmes cachées ou des soupirs retenus! Ils apportaient,
en même temps que leur fraîcheur, l'adresse qui cachait soudain une émotion trop vive, des joues rosies, un émoi inconvenant, voyons, Mademoiselle!
Nous n'utilisons plus l'éventail. J'ignore quand il s'est perdu au fond des tiroirs. Sans doute depuis que les femmes ont pris conscience qu'il leur était possible d'être, non ce qu'on attendait d'elles, mais ce qu'elles-mêmes souhaitaient être. Un petit objet charmant et futile, sacrifié (sans regret?) à la libération féminine.
LORRAINE
Tableau du haut: Alfred Stevens
Tableau à droite: pas d'indication d'auteur
ET S'IL SUFFISAIT DE RÊVER...

Et s’il suffisait de rêverP
Pour devenir une autre femme
Avoir vingt ans, et s’abreuver
De la découverte d’une âme
Et s’il suffisait de rêver
Pour que tu sois tout près de moi
Juste le temps de retrouver
L’amour tissé de tant d’émoi
Et s’il suffisait de rêver...
LORRAINE
CONVALESCENCE
Et puisque nous voici en début de semaine; et puisque la fatigue me quitte peu à peu comme s'écroule un léger manteau posé sur de frèles épaules; et puisqu'il faut un jour décider de reprendre la vie quotidienne, me revoici au clavier en ce matin de janvier.
Et si je me souviens de la douceur de la convalescence quand, près de maman, je pouvais murmurer "Tu veux bien m'apporter mon écharpe mauve et du thé sucré?"; et si je me souviens du regard inquiet de mon mari et de sa main sur la mienne; et si ..et si... Eh bien oui, je sais qu'ils appartiennent au passé, irrémédiablement. Et ma pensée les rejoint et je leur souris.
Nous allons vers Février. J'aperçois déjà ses brodequins un peu enneigés, son bonnet de laine, sa silhouette courte qui se faufile dans les sous-bois. Il prépare les chemins pour Mars et je crois entendre, déjà, l'appel aigu d'un oiseau seul. Bientôt naîtront les roucoulades et les sifflements dans les branches. J'ai toujours été en avance d'une saison. Plus jeune, dès le 2 janvier, je disais avec satisfaction: "Eh bien, nous serons bientôt à Pâques"... Après tout, ce n'est pas si loin...
LORRAINE
BONJOUR A TOUS!
A vous, mes amis, merci! Plutôt que répondre commentaire après commentaire à ma "petite Pause", je vous
retrouve ici, réunis par l'amitié. Malou, comme promis, a épousseté la maison et déposé ses bouquets, Laurence m'a offert son "tanka spontané", Belleamie n'a pas manqué de m'entraîner dans une danse de son répertoire tout personnel, Joye a fait le voyage depuis les Défiants pour s'inquiéter de moi: comment voulez-vous que je n'aille pas mieux!...
Je vous rassure donc: la bronchite est vaincue, la fatigue diminue peu à peu, la famille s'est organisée et m'a entourée avec vigilance, je n'ai manqué de rien et je reviens vers vous à petits pas. Pour chaque petit message, merci! Il m'a chaque fois prouvé que je n'étais pas vraiment seule. Laissez-moi à mon tour vous offrir ce superbe bouquet du peintre Henri Cauchois dont chaque fleur exprime un sentiment: la gratitude, le sourire, l'affection, l'échange, l'émotion.
A tous un excellent week-end.
Bisous.
LORRAINE
PETITE PAUSE
Inutile de le nier, j'ai besoin de repos. Je vais donc obéir au médecin et cesser pendant quelques jours d'alimenter mon "Cahier du Soir". Je n'oublierai pas mes amis, je viendrai vous lire même si je ne commente pas.
Et je vous retrouverai ensuite avec un plaisir d'autant plus vif que vous m'aurez manqués!
A BIENTÔT!
LORRAINE
TOI LE CHAT
Tout somnolent et détendu
Tes yeux sont fermés à demi
Sur ma main tes ongles griffus
Semblent me tenir à merci,
Ton regard doré qui ronronne
Réduit à la minceur d’un fil,
A la splendeur d’une lionne
En train d’allaiter ses petits
Ton corps déroulé s’abandonne
Tangue sur le dos, ingénu,
Et ton ventre soyeux fredonne
La caresse de mes doigts nus
Puis ta moustache frémissante
Flaire en douceur ma main amie
Et ta langue rapeuse et tendre
D’un baiser vif me remercie
LORRAINE
OBSOLETE
"Nous vous proposons d’écouter la chanson des “mots perdus” de notre belle langue française. Dans la liste que nous vous proposons, choisissez au minimum cinq mots à partir desquels écrire un texte .Mettre en gras les mots choisis". Telle était la consigne des "Impromptus". Tel est mon texte..."
XXX
Non qu’il fut séduisant le pauvre RAGOTIN
Les filles s’en moquaient, il allait tête basse
RIBAUDANT quelquefois, c’était chez les catins
QU’ESBROUFFEUR et gentil il retrouvait sa place
Pourtant un soir d’été la jeune PERONNELLE
Qui rentrait de danser au “Café des Lilas”
Balançant son jupon, musant la ritournelle
Lui dit “Salut, l’ami”. D’elle il S’ENCOIFFA
Il en fut EBAUBI. Elle était CALLIPYGE
Pimpante mais fûtée et aimant les écus
HERISSON dominé dans l’amour il S’EMPIGE
On dit –mais est-ce vrai? – qu’il ne fut pas cocu
FRISQUETTE devenue on vit donc PERONNELLE
Au bras de RAGOTIN vivre très CHATTEMENT
Il lui offrit son coeur et sa riche escarcelle
Elle accepta le tout, soit dit CONFIDEMMENT
LORRAINE
Illudtration: femmes-en-1900.over-nlog.com





