29 novembre 2008
ENTIEREMENT NUE..
Quand j’étais une petite fille, une poudre de lait très renommée épaississait les biberons, avec l’âge se muait en panade, prenait consistance de crème onctueuse, bref nourrissait les bébés très, très longtemps, puisque je m’en souviens encore. C’était mon repas du soir, chocolaté et vaguement écoeurant. Mais maman n’écoutait guère mes plaintes ou mes refus, elle s’extasiait sur ma bonne mine et quand la marque organisa un « Concours des Beaux Enfants » au Palais du Cinquantenaire à Bruxelles, elle m’inscrivit sans tarder !..
Je n’arrive toujours pas à comprendre comment l’orgueil maternel poussa une femme raisonnable (maman l’était) à exhiber son enfant effarouchée devant un aréopage d’hommes et de femmes en blanc pour qu’ils lui décernent le premier prix. Car c’est celui-là qu’elle briguait, bien sûr, sinon m’aurait-elle présentée ? Elle me conduisit donc d’une main ferme dans la longue file ou d’autres enfants de quatre ans à peu près, s’accrochaient à la robe de leur mère, pleuraient tout haut ou se faisaient des grimaces en catimini. On nous groupait par catégories
J’ignorais ce qui m’attendait, on m’avait simplement dit : « Le docteur va voir si tu es en bonne santé. Après, on te ramènera, je serai là, sur le banc, tu vois ? ».
Je ne voulais pas quitter maman, j’avais les larmes aux yeux, mais on nous appela soudain toutes les deux, on nous poussa dans une petite pièce et maman se mit à me déshabiller.
« Pourquoi tu enlèves mes souliers, maman ? Et mes bas ?
« Pour te peser, n’aie pas peur ».
« Et ma robe, maman ? Et mon corsage ?.. »
Et ma petite culotte bateau attachée sagement par des boutons a ce corsage, prémisse je suppose, du soutien-gorge ?
Elle me prit dans ses bras. Une infirmière grande et forte, le voile lui barrant le front et descendant derrière jusqu’aux reins, se saisit fermement de moi et me fourra un petit beurre dans la main. C’est ainsi que je fis mon entrée dans la salle du concours, entièrement nue et totalement effarée.
Une très longue table occupait le centre de la somptueuse table qu’illuminaient de hautes fenêtres ensoleillées. Alignés autour, des messieurs en blanc prenaient des notes. Les infirmières leur glissaient une fiche, un dossier. Des enfants arrivaient au but de la longue table quand on me hissa à mon tour.
« C’est la petite Lorraine, on l’a passée sous la toise, on l’a pesée, c’est bien. Viens, tu vas marcher maintenant et tu t’arrêtes si un docteur te parle. Tu as bien compris, »
J’avais bien compris. Mais marcher toute nue sur une table, même à quatre ans, sous le regard exercé d’inconnus m’effrayait malgré mon obéissance. L’un me pinça les mollets et marqua son avis sur une feuille. Il me fit mettre de dos pour voir si j’avais bien deux plis fessiers (certains bébés n’en ont qu’un, paraît-il, ce qui leur enlève des points...).Un autre examina attentivement ma voûte plantaire, reposa mon pied, l’examina encore. Il parut satisfait et laissa son voisin m’ouvrir laz bouche et considérer mes dents. Je fis ainsi deux fois de long en large le parcours de la table, puis fus enfin resituée à ma mère. Je dus rendre le petit lapin de peluche qu’on m’avait donné pour me distraite et, cette fois, je pleurai vraiment en m’en allant.
Un matin, maman reçut une lettre qui la rendit toute joyeuse :
« Tu as le Premier Prix, ma chérie, tu as le Premier Prix ! »...
C’était quoi, un prix ? Un beau certificat avec ma photo dans ma plus belle robe (nous avions, en effet, été chez un photographe mais je ne savais pas pourquoi), qui orna la salle à manger jusque bien après mon mariage.
Je l’ai toujours, cette photo. Quand maman a senti qu’elle approchait de la fin, elle a fait un feu de joie de tout son passé : ses lettres d’amour, celles de ses enfants au cours de leur vie, les photographies de tous les âges, elle a tout brûlé. Elle a fait table rase des petites joies et des tendres souvenirs. Mais sans doute un lointain écho de l’effervescence du concours d’autrefois la retint au dernier moment : mon beau certificat échappa à l’autodafé ainsi que la photo jaunie d’une petite fille aux yeux effrayés, qui regarde le photographe en se demandant ce qui lui arrive.
PASSANTE
28 novembre 2008
UNE FEMME
La fenêtre a clos ses paupières
La chambre repose
Douceur bleutée des rideaux
Pénombre lasse
Une femme rêve
Silhouette assise
Miroir, obscurité
Une femme pense
Ombre triste
Visage aux cheveux longs
Une femme pleure
LORRAINE
27 novembre 2008
JE SUIS (MOINS) EN COLERE (3)
Est-ce à cause de mes appels explicatifs à la Poste ? A l’intervention de l’envoyeur du colis ? Aux efforts du personnel administratif ? Au facteur de Taxi-Post ? Je l’ignore. Mais mon paquet est arrivé comme si de rien n’était cette après-midi, nanti de deux étiquettes superposées. L’une, correcte, signalant sa présentation le 21 novembre en mon absence ; l’autre, erronée, indiquant : « A représenter le 27/11 » !...(Sur le formulaire, j’avais indiqué : le 25/11)
Puisque cette « représentation » est normalement supprimée, il me reste à remercier les services postaux qui ont fait une exception pour moi !
Tout compte fait, je suis une veinarde !
PASSANTE
JE SUIS EN COLERE (2)
Ce matin, dès l’ouverture de la poste, je téléphone. On ne décroche pas. Quelques minutes plus tard, nouvel essai. Comptant sur l’énervement de celui que j’appelle, je laisse sonner longuement et de fait, une jeune femme aimable mais pressée, me répond, écoute mon résumé, prend mon n° de téléphone et promet de me rappeler.
A 11 H., c’est moi qui rappelle et, pour la troisième fois, explique ma mésaventure. Le préposé m’écoute et me dit de patienter. Il va voir. Je l’entends effectivement bouger des paquets, les consulter, les reposer...et revenir bredouille. Il me redemande des précisions, je les donne, il repart vers un autre lieu où, à nouveau, je l’entends manipuler des paquets. Rien. Il me questionne :
- Vous n’avez pas le numéro de l’envoi qui vous a été fait ?
Un numéro ? Quel numéro ? 
- Le fournisseur a un numéro d’expédition. Si vous ne le connaissez pas, téléphonez-lui et donnez-le-nous. Ce sera plus facile...
Plus facile ? Ont-ils une telle montagne de colis retardataires qu’un numéro permettrait d’identifier ? Bon, je ne discute pas, bonne fille j’acquiesce. Et je cherche dans mes anciennes factures le téléphone et mon n° de cliente de la firme à qui j’ai commandé un pull d’hiver et un chemisier. En province.
Et là, j’ai une personne vigoureusement aimable qui me dit d’emblée : « Il ne faut jamais demander une deuxième présentation. Ils n’en tiennent pas compte. Ils nous renvoient le paquet, purement et simplement » !
Je suis sidérée. Donc, la poste trouve plus commode de renvoyer à l’envoyeur le colis qui l’obligerait normalement (c’est son boulot, non ? )à utiliser le précieux temps d’un facteur à rapporter cet envoi au destinataire ! Je savais qu’ils faisaient des économies draconiennes ! Mais à ce point !
La déléguée de la maison de couture a soigneusement noté tous mes contacts avec la poste ; mais m’a avertie sans ambages : « Si on ne retrouve pas le paquet, vous n’avez aucun papier confirmant qu’un colis était arrivé à la poste. A l’avenir, ne vous séparez jamais d’une preuve ! ».
Je croyais naïvement n’avoir rien à craindre. S’ils n’ont pas renvoyé la paquet à l’envoyeur, s’il ne m’arrive jamais, s’il a été volé, quel est mon recours ? Ma bonne foi ! Qui s’en soucierait ? Personne. La Poste s’en lave les mains. Et moi qui croyais encore à l’efficacité des Services Publics !
PASSANTE
26 novembre 2008
JE SUIS EN COLERE...
J’étais absente vendredi. Rentrant vers 5 H. je trouve un avis m’annonçant qu’un colis a été présenté à mon domicile et n’a pu être délivré .Comme indiqué, je remplis le formulaire demandant une deuxième présentation et le dépose le samedi dans la boîte aux lettres du bureau de poste. Normalement, le paquet aurait dû être livré hier ; jusqu’ici et depuis des années, quand le cas se produisait je n’avais jamais eu de difficulté.
Pensant que le facteur viendrait aujourd’hui, je patiente donc. Mais à 4 H., étonnée et un peu inquiète, je téléphone à la Poste pour en savoir plus. Et j’apprends, de but en blanc, qu’ "on ne fait plus une deuxième présentation pour les paquets » ! Pourtant j’ai reçu le document habituel, j’ai fait preuve de zèle en le remettant dès le lendemain, mais voilà, c’est ainsi !
La préposée me demande mon nom, mon adresse, va voir...et revient bredoulle. Non, mon colis n’est pas là, on ne sait pas où il se trouve. « Sans doute à un point de vente près de chez vous », dit-elle. « Mais vous êtes le plus près de chez moi » ! Je le sens bien, elle n’y peut rien, interpelle un employé qui se borne à répondre : « Qu’elle téléphone demain matin, les facteurs seront là ! ».
Et vlan ! « La Poste à votre Service » a déjà fermé quantité de bureaux locaux au grand dam des habitants de petites localités et surtout à la campagne. On veut supprimer (ou on l’a déjà fait) les facteurs qui faisaient leurs tournées à vélo d’une maison à l’autre. Mais « La Poste est à votre service » ne l’oubliez pas ! En attendant, sans avertir qui que ce soit, vous trouvez comme moi un document périmé vous invitant à faire une deuxième présentation en cas d’absence...mais c’est faux, on ne se présentera pas. Vous devrez allez vous-même (ce qui serait un moindre mal) mais apparemment on ne sait pas très bien où. « Vous dépendez de quelle poste ? » m’a demandé la préposée. « Mais de la vôtre » (c’est en effet une poste centrale très active et très bien située, je la fréquente depuis des années). Embarassée, elle a répété : « Téléphonez demain ».
Et si demain le colis est introuvable, je fais quoi, moi ?...
PASSANTE
PASSE LE SOUVENIR...
Beau souvenir, fête secrète,
Papillon muet, orchidée subtile
Somptuosité qui pénètre
Tu passes devant ma fenêtre
Tu dessines un roman à naître
La robe à froufrous, le collier gracile,
Coquetterie du bal champêtre
Tu danses comme une amourette
Beau souvenir d’un soir de fête
Parfum éventé, chagrin puéril,
Orchestre fermé des guinguettes
Tu as fui sans me reconnaître
LORRAINE
25 novembre 2008
LA JEUNE FILLE AUX MANCHES OUVERTES...
Un jour en 3ème secondaire, je crois, notre prof de français nous parla de Francis Jammes. J’aimai tout de suite cette façon un peu saugrenue d’aligner ses vers, d’autant que nous étions baignées de poésie classique. Tant d’années après, je peux encore réciter de mémoire:
La jeune fille est blanche,
elle a des veines vertes
aux poignets, dans ses manches
ouvertes.
Est-ce qu’elle se doute
qu’elle vous prend le cœur
en cueillant sur la route
des fleurs
C’est seulement beaucoup plus tard que je m’aperçus que notre
« Anthologie des poètes français » avait triché..On nous fournissait nos manuels scolaires par l’entremise de la « procure » qui, veillant scrupuleusement à la morale des jeunes filles, choisissait ses éditeurs parmi les mieux pensants. Il me fallut donc des années pour savoir que Francis Jammes avait innocemment écrit trois strophes supplémentaires:
On dirait quelquefois
qu’elle comprend des choses.
Pas toujours. Elle cause
tout bas.
« Oh ! ma chère ! oh ! là là...
... Figure-toi... mardi
je l’ai vu... j’ai rri. » — Elle dit
comme ça.
Quand un jeune homme souffre,
d’abord elle ser tait :
et ne rit plus, tout
étonnée.
Et c’est tout étonnée que je comprends à mon tour combien on nous tenait loin du plus petit tressaillement sentimental. Il aurait pu mettre notre cœur à mal , qui sait !
Cette « Jeune fille » début de siècle ressemble peu à mon cahier d’images. Mais je vous la présente quand même, en souvenir de ma jeunesse.
24 novembre 2008
LE COEUR DES FEMMES
Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur
(Racine (Phèdre)
23 novembre 2008
NEIGE CRISTALLINE.
Elle est là, dans le matin, lumineuse en flocons légers comme des papillons. Un halo de silence l'entoure, un peu magique. Et dans les Ardennes, elle revêt le paysage d'une fourrure éblouissante, dessinant les sapins noirs en mirages blancs. La voici...

photo www.doubs-jura.info

Photo: bib.romandie.com
PASSANTE
22 novembre 2008
OU ON VA, PAPA?
« Thomas, dix ans, répète comme il le fait toujours : « Où on va, papa> ? » Au début je réponds : « On va à la maison ». Une minute après, avec la même candeur, il repose la même question, il n’imprime pas. Au dixième : « Où on va, papa ? » je ne réponds plus »...
Un enfant handicapé, puis deux...Jean-Louis Fournier ne s’attendait pas à ça. Il le dit, il l’écrit, il le hurle. Avec un humour glacial, féroce, qui vous arrache des larmes mais aussi, irrépressible, un éclat de rire au moment le plus consternant. Ah ! il sait y faire, Jean-Louis Fournier. C’est un grand maître de l’humour noir, ce travesti du désespoir. Il n’a pas besoin d’inventer ,ses personnages sont là, devant lui, il les sort, il les aime, il les présente, feuillet par feuillet depuis le berceau, en une cinglante dérision.
« Où on va, papa ? ».
On va prendre l’autoroute en contresens
On va en Alaska. On va caresser les ours. On se fera dévorer.
On va aux champignons. On va cueillir des amanites phalloïdes et on fera une bonne omelette.
On va à la piscine, on va plonger depuis le grand plongeoir ; dans le bassin où il n’y a pas d’eau.
On va aller à la mer. On va au Mont-Saint-Michel. On ira se promener dans les sables mouvants. On va s’enliser. On ira en enfer.
Imperturbable, Thomas continue : « Où on va, papa ? ». Peut-être qu’il va améliorer son record ; Au bout de la centième fois, ça devient vraiment irrésistible »...
De bout en bout, un courant électrique traverse le livre. Il atteint l’auteur, ses garçons, l’entourage, et la maman sans doute plus que tout le monde puisqu’il écrit : « La mère de mes enfants, que j’ai poussée à bout, en a eu marre, elle m’a quitté. Elle est partie rire ailleurs. Bien fait pour moi. Je ne l’ai pas volé ».
C’est atroce. C’est douloureux. C’est sublime. On comprend ce père qui sauve sa peau par des pirouettes verbales, ce père qui n’en peut plus mais le cache dans la vie courante, ce père qui déchire et se déchire, ce père poursuivi par des images quotidiennes, qui ne changeront jamais :
«Quand je pense à Mathieu et Thomas, je vois deux petits oiseaux ébouriffés. Pas des aigles, ni des paons, des oiseaux modestes, des moineaux ».
Et ailleurs :
« Récemment, j’ai eu une grande émotion. Mathieu était plongé dans la lecture d’un livre. Je me suis approché, tout ému. Il tenait le livre à l’envers. »...
Mathieu, qui s’envole à quinze ans et quitte son corset de métal pour toujours.
« Il ne faut pas croire que la mort d’un enfant handicapé est moins triste. C’est aussi triste que la mort d’un enfant normal. Elle est terrible la mort de celui qui n’a jamais été heureux, celui qui est venu faire un petit tour sur Terre seulement pour souffrir. De celui-là, n a du mal à garder le souvenir d’un sourire ».
Ce livre bouleversant a eu le Prix Fémina 2008. Lisez-le. Il fait mal et rend meilleur.
PASSANTE




