Cahier du Soir

Au soir de ma vie, j'écris mes souvenirs, des réflexions, des rêves, des poésies.

30 mai 2009

CHAT ENIGMATIQUE

   Si le chat pouvait parler, il prendrait aussi la peine de lire « Le dictionnaire amoureux des chats » dont j’ai déjà dit tout le bien que j’en pensais (le 9 avril). Et, comme je le connais, il ne ménagerait ni ses approbations ni ses remarques élogieuses.

    Car vous savez comme moi que le chat, même imperturbable,Christine_Sepulchre même apparemment évasif, à un avis bien à lui sur le monde, sur vous, sur moi et sur les chats.  Il sait qu’il fut célébrissime dès le début du cinéma et en tire une gloire modeste.

    Félix le Chat apparut sur les écrans pour la première fois en 1919 et le dessin animé lui permit des prouesses hebdomadaires qui emplissaient de joie les spectateurs conquis. Même s’il a en mémoire ces acrobaties visuelles qui firent du chat  (et longtemps) un héros  suscitant la passion des collectionneurs et des fans, mon chat Milord agite son oreille gauche. Moi qui le connais bien, je traduis : « Ta,ta ta, Félix le Chat au cinéma, d’accord. C’est de bon ton. Il soutient notre cause avec panache. Mais avoir donné son nom aux croquettes que je déguste, c’est vrai, avec bonheur,  ternit notre éclat, notre panache, notre élégance, notre mystère, notre réputation, notre... »

    Je l’interromps.  Quand il parle des chats, Milord est intarissable :

    « D’accord, c’est un peu matérialiste mais souligne la mythologie de Félix, l’aura qui l’entoure et le fabricant de croquettes ne s’y est pas trompé.  Ta susceptibilité t’égare, Milord...

    Il hausse les épaules, ou plutôt non, me tourne carrément le dos. Il est sur le dossier du fauteuil, près de la fenêtre, par où il voit les maisons, les autos, les passants. Il est aussi tout contre les rideaux de voile qu’il griffaille plusieurs fois par jour, comme s’il voulait les ouvrir. Chaque fois je bondis, chaque fois il hérisse sa colonne vertébrale, puis se lèche consciencieusement la patte, l' air indifférent, comme s'il était totalement absorbé par une tâche essentielle et se moquait bien de mes rideaux... Mes rideaux qui se dentellent peu à peu au fil du temps. Il faudra sûrement que je les remplace.  Le fauteuil aussi, d’ailleurs. Mais là, je le lui ai généreusement abandonné, il y fait ses griffes, y dort en rond, s’y étale sur le dos, fait semblant de dormir et me tient compagnie.

    Voyez comme il est : je parlais des chats en général, me voici rivée sur Milord en particulier ! C’est qu’ils sont tous tellement malins que, sans en avoir l’air, ils nous mènent où ils veulent. Entendre parler d’eux-mêmes les ravit. Milord ne fait pas exception.  Et si nous leur pardonnons tout, c’est peut-être  parce que nous partageons le sentiment de Théophile Gautier :

    marchef« Le chat et une bête philosophique , rangée, tranquille, tenant à ses habitudes, ami de l’ordre et de la propreté  et qui ne place pas ses affections à l’étourdi : il veut bien être votre ami si vous en êtes digne, mais non pas votre esclave ».

PASSANTE

Photo: Christine Sepulchre : un chat surpris dans le jardin.

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L'AVANCEE EN AGE (14)

      15 mars

    Mon mari a ouvert la boîte à cigares qu’il tient de son père et qui fleure encore imperceptiblement le tabac. En vérité, c’est sa boîte à souvenirs. Il en a retiré des photos de moi à tous les âges, la première où j’ai de longs cheveux décoiffés, une robe à fleurs rouge et des yeux rieurs. Sur l’autre, j’ai vingt ans, un manteau d’hiver à col de fourrure et ma dédicace mi-tendre mi-taquine, souhaite déjà qu’il soit moins jaloux !

    jeunes_mari_sCes multiples petites photos sont empreintes de jeunesse. Il les gardait, avec une mèche de mes cheveux dans ce coffret où je retrouve aussi ma fille à 17 ans, son air d’étudiante, et moi plus tard. Il m’a tout rendu, comme un legs, pour que je leur donne un sort et je les ai rangées avec les photos de toute notre vie. Je les retrouverai à mes heures de mélancolie, égrenant une à une les années enfuies. Il m’a aussi donné d’autres photos, soigneusement glissées dans une enveloppe. J’ai retrouvé la jeune femme que je fus et qu’un mari amoureux dénuda un peu pour la photographier.

    - Où la mettre, me dit-il, pour que nos petits-enfants ne trouvent pas un jour leur grand’mère dans ce simple appareil ?...Marianne__seven_

    C’est vrai. Qui sait quand, à quelle minute, nous surprendra l’immobilité définitive ? Des gestes doivent mettre fin, avant qu’elle n’arrive, aux moments de notre vie où nous étions amants et heureux de l’être. J’ai une dernière fois souri à cette charmante qui retient d’une main le peignoir indiscret et de l’autre se cache le visage. Nous n’aurons plus jamais trente ans ensemble, mon amour. La vie passe, et méthodiquement, parce qu’il faut de l’ordre dans les idées et dans les cœurs, tu émiettes en menus morceaux ces images d’autrefois, que tu voulais garder à jamais, t’en souviens-tu ?...

PASSANTE

Les vieilles photos ont un charme suranné! En haut "Jeunes mariés au bord de la Moselle"; à droite "Notre fille à vingt ans"

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29 mai 2009

FOLIE DOUCE

Je vends des roses et des cerises
J’ai des chansons dans mon chapeau
Un chat blanc qui fait le gros dos
Et des instants de gourmandise

J’ai des parfums venus d’ailleurs
Des lampions pour les soirs d’hiver
Des rubans bleus, des rubans verts
Et des jabots de Monseigneur

J’ai dans la tête un chant d’été
Aux mains des gants de filoselle
Un jupon court de demoiselle
Et sur mes lèvres la gaîté

Je vais nu-pieds dans le cortège
Qui nous entraîne tous ensemble
Vers le destin qui nous rassemble
Pour un dernier tour de manège

Et si j’agite un tambourin
Comme la folie qui chantonne
Surtout ne le dites à personne
C’est que je vais mourir demain

LORRAINE

chat_fleurchat_blanc__Rainbow_incchat blanc (rainbow inc - flickr)

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27 mai 2009

VOISINAGE

    Mon voisin est un petit monsieur jeune, timide, italien et travaillant  aux Communautés Européennes. Pour l’instant, il est parti en vacances dans son pays,  il m’a confié ses clefs et ses plantes, et chaque soir je m’en vais faire un petit tour sur son balcon pour voir comment elles se portent. ficus_natacha_tresse_cposierOnt-elles besoin d’eau ? L’insupportable chaleur ne les a-t-elle pas assoiffées ? Je tâte la terre, j’examine les feuilles, je m’en retourne le cœur en paix...juste la porte à côté, ayant d’abord bouclé l’appartement en  verrouillant les deux serrures de sécurité.

    Nous avions fait connaissance peu après son arrivée, il y a quelques mois,  grâce à nos éviers de cuisine  dos à dos, séparés par le mur et complètement bouchés en même temps. Pourquoi ? Mystère ! Chacun avec ses moyens avions tenté le débouchage, il balbutiait à peine quelques mots de français, je me suis donc chargée des spécialistes qui ont investi les lieux sous mon œil vigilant, tandis qu’il partait vers son bureau.  J’ai réglé la note, il m’a remboursée, la glace était rompue. Et puis, quelques semaines plus tard, son amie vint en visite et, distraite,  quitta l’appartement après lui en claquant la porte...La clef était restée à l’intérieur, dans la serrure.

    Et revoici mon voisin penaud, revenant vers dix heures du soir d’un voyage de deux jours au Luxembourg, éreinté, ne pouvant rentrer chez lui...il rentra donc chez moi ! Que vouliez-vous que je fasse ! Son français plus qu'élémentaire encore l'empêchait d' appeler un serrurier et je le fis à sa place. J’avais grande envie de me reposer, mais je lui ai tenu compagnie plus d’une heure, en attendant l'homme de métier qui, pour un prix démesuré, ouvrit la porte en deux minutes !...

    Il s'exprime de mieux en mieux, sa maman venue d’Italie pour quelques jours m’offrit un gâteau de sa confection, et avant repartir il m’apporta les fraises, le saucisson (italien, évidemment !) qui lui restaient, un peu de jambon et du pain noir (délicieux, je dois le dire). De quoi me faire une dinette sur mon coin de table, avant de rendre visite à ses plantes.

    Il m’a aussi confié son second trousseau de clefs. Je présume qu’il craint une nouvelle étourderie de son amie. Je le range dans mon tiroir ainsi que son n° de téléphone portable. S’il arrivait un imprévu, on ne sait jamais !...f_e_b_b_

    Allons, je vous laisse. C’est l’heure du balcon aux plantes.

    A bientôt !

PASSANTE

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25 mai 2009

PAS DE CA, LISETTE!

    ange_journ_eJe me suis retrouvée petite fille en lisant  cette expression (1). Maman l’employait volontiers quand je faisais une bêtise, ou elle l’envoyait dru comme un coup de fouet à ma sœur aînée si elle suggérait qu’elle pourrait bien aller au cinéma avec René, « Mère, René est un ami de toujours, nous le connaissons bien, tu n’as pas à t’inquiéter... »

    « Pas de ça, Lisette ». Et ma sœur renonçait au cinéma...et peut-être à René !

    PASSANTE

    1) – Bernard Pivot : « Cent expressions à sauver » (Albin Michel) – 13,45 euros – 145 pages.

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21 mai 2009

ABANDON

Abandonnez ceux qui s’abandonnent à eux-mêmes


(Shakespeare)


jardin_de_rocaille

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POMME D'OR

belle_rose

« Pomme d’or, pomme d’argent
La dernière y reste dedans »...


    Une grande fillette blonde conduisait le monôme en nasillant le refrain. Petits garçons et petits filles serpentaient à toute allure à travers le square, dans le soleil.Deux gamines face à face avaient noué leurs doigts et d’un geste arrondi, formaient de leurs bras nus une anse sous laquelle s’engouffrèrent soudain, en file indienne, les marmots essoufflés. On retint le dernier, un bonhomme de 4 ans qui palpitait entre ces sourires futé s et la prison enlaçante où le retenait les mutines.

    « Pomme d’or ou pomme d’argent ? »...

    Qu’en savait-il, le pauvre ? La pomme d’or avait des yeux noirs et un nœud rouge aux cheveux ; la pomme d’argent lui chuchotait des gentillesses à l’oreille ; il balbutia un mot et triomphante, la brune clama : « C’est moi, c’est moi !... » et engagea du geste le bambin à se placer derrière elle.

    Il s’accrocha solidement à la taille frèle et le monôme, une fois de plus, défila. Je m’éloignai. Monotone, la chanson claquait dans l’après-midi de mai : « Pomme d’or, pomme d’argent » ?

    Là-bas, les gosses choisissaient « pour rire » entre les deux tentatrices la compagne d’une minute de jeu.

    Plus tard, devenus hommes,ils choisiront le compagne d’une vie. Sans se souvenir de l’ariette symbolique qui leur pédisait l’avenir, ils s’interrogeront peut-être : « Alice ou Elodie ? », comme en ce jour ensoleillé où on leur demandait : « Pomme d’or, ou pomme d’argent ? ».

    Et on les reverra peut-être dans ce même square, entourant l’élue d’un bras assuré, renouvelant sans y penser le mouvement de préférence qui les attachait, jadis, aux jupes d’une fille d’Eve.
 
LORRAINE

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19 mai 2009

L'AVANCEE EN AGE (13)

                          7 février


    Nos petits-enfants, nous les  regardons grandir. Ils sont en pleine lumière et nous sommes déjà dans l’ombre. Nous donnons ce que nous pouvons : notre temps, notre amour et, sans le savoir, nous-mêmes, un peu de ce passé qui fut nôtre et Marianne_enfantqui les étonne parfois. Ils posent des questions en feuilletant des albums de photos surannées :

    - Et qui c’était, là ?
    - Bon-papa, quand il était jeune
    - Et là ?
    - Ma maman qui t’a connu bébé. Elle t’aimait beaucoup, tu sais.

    Ils apprennent ainsi qu’une chaîne se tisse entre des gens d’autrefois et ceux de maintenant. Ils affirment :

    - C’est moi, cette petite fille.
    - Mais non, c’est ta maman quand elle avait ton âge

    Bonne_maman__26_Etonnés, ils retrouvent les mêmes yeux, le même rire et tentent de comprendre pourquoi on peut deux fois être la même à si peu de détails près.

    Nous le savons : nous sommes la mémoire d’un autrefois effacé pour toujours et eux, la promesse d’un futur que nous ne connaîtrons jamais. Et nous l’acceptons en refusant l’insidieuse mélancolie.

PASSANTE


Photos: à droite la mère...ci-dessus la fille.

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18 mai 2009

LE PETIT BONHEUR


       J’ai laissé ma voiture  juste avant le pont,  mon bureau d’architecte est de l’autre côté et je porte mes souliers bruns en veau fin, souple, des souliers d’homme élégant.  Je chantonne aussi à bouche close :


     « C’est un petit bonheur que j’avais ramassé, il était tout en pleurs sur le bord d’un fossé.


     Ca tourne dans ma tête. Il fait un de ces soleils d’automne à vous coller l’envie de tout plaquer, de vous envoler par-dessus les arbres et de planer, loin. Alors, j’ai bifurqué, oui, d’un coup, comme ça  sans me consulter vraiment, j’ai quitté le trottoir et coupant à travers une prairie, je suis parti vers le sous-bois dont je vois la cime se balancer. Une envie folle d’odeurs humides, de sentiers détrempés, une envie d’étang boueux et verdi. Et toujours cette rengaine du « P’tit bonheur ». Je marche. J’aurais dû mettre mes basketts. Mais je suis bien. J’entends le rare appel d’un corbeau,1753_Martinique le doux grésillement d’un écureuil discret, la voix plaintive  d’une fleur. Une fleur ?... Une fleur d’automne comme je n’en ai jamais vu.  Assise au bord de l’eau, sa corolle de pétales mauves humides de brume, elle a les larmes aux yeux. Enfin, c’est incroyable, une fleur ne parle pas ! Mais elle insiste, elle dit :


    « Monsieur, emmenez-moi, chez vous emportez-moi »...


    Je me secoue : impossible, ce sont les mots de la chanson, elle ne peut pas savoir que je la fredonnais, elle est sorcière, cette fleur ! Une fleur ?..


    Alors, j’ai bien regardé. Non, c’est une toute petite femme triste, haute comme une tige, qui tend vers moi des bras de verdure, des yeux de myosotis. Agenouillé près d’elle, dans le chemin détrempé, je l’ai prise dans ma main. Elle a souri, s’est assise dans ma paume, puis, couchée en rond, comme un chat, elle s’est endormie.


     Je l’ai emportée dans la poche de mon veston. Nous allons nous marier. Demain, je la présente à ma mère. Elle sera contente.


LORRAINE

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15 mai 2009

A BIENTÔT!


JE PARS POUR TROIS JOURS! BON WEEK-END A  TOUS AVEC TOUTE MON

AMITIE



PASSANTE

Moi_chapeau

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