Cahier du Soir

Au soir de ma vie, j'écris mes souvenirs, des réflexions, des rêves, des poésies.

02 juillet 2009

L'AVANCEE EN AGE (19)

    27 mars

    Maurice a été opéré avant-hier : une vésicule qui déclenche une pancréatite et c’est lui, dans ce lit d’hôpital, me serrant la main, relié à des tuyaux et qui a soif, soif, et ne peut rien boire.

    Je suis comme une machine. Je pense le moins possible. Je ne sais si c’est incurable ni s’il s’en sortira ; aujourd’hui on l’a conduit aux soins intensifs parce qu’il respirait moins bien. Je me durcis contre l’inquiétude, je refuse le chagrin, je veux garder toutes mes forces pour lui.

    Nous nous comprenons tellement dans un regard. Avant l’opération, il s’inquiétait pour moi, il m’a mise au courant de ses affaires et moi je riais, j’écoutais d’une oreille. Que pouvait-il lui arriver ? Il partait pour une opération banale, quatre petits trous dans l’abdomen, trois jours d’hôpital. Et voilà. La complication, le ventre largement ouvert, et les solins. Lesquels ? Je n’ai pas vu le chirurgien et c’est seulement aujourd’hui qu’on m’a donné son numéro privé. Je saurai ce soir.

    Je me retiens de toues mes forces pour ne pas penser à lui. Je suis tout près de son cœur, je vis par lui, mais je refuse les images qui me plongeraient dans le désespoir.

    Je lutte, comme j’ai lutté quand, renversé par une voiture, il fut dans le coma à 25 ans, pendant dix jours, sans signe d’amélioration. Il est ressorti de sa fracture du crâne sans séquelles. Pourquoi n’éhapperait-il pas à l’infection ?

    Marianne, son mari, ses enfants m’entourent. Mais je refuse d’aller chez eux tous les jours. Je dois vivre seule maintenant, m’obliger à mener ma vie quotidienne comme si rien ne se passait. Je ne veux pas m’amollir, je ne veux ps pleurer puisqu’il est vivant et lutte de son côté, utant qu’il le peut.

    Je l’ai veillé 3 heures hier, sans que nous disions grand’chose. Mais les gestes qui apaisent, l’eau de Cologne, le gant de toilette humide sur le front chaud, il les recevait par un clignement des yeux, un « merci », un sourire dans le regard. Nous savions que nous étions indissolubles. Je le sais, quoiqu’il arrive.

PASSANTE

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Posté par incarnat à 16:46 - LES MOTS POUR LE DIRE - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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