Cahier du Soir

Au soir de ma vie, j'écris mes souvenirs, des réflexions, des rêves, des poésies.

05 novembre 2009

Le libraire et moi

    J’ai rencontré le libraire sur la route.

    - Bonjour, vous allez bien, Lucette ?

    Nous nous connaissons depuis longtemps, je vais souvent flâner dans sa boutique bizarrement construite dans le rocher, au bord de la route où s’étagent quantités d’autres demeures de Troglodytes. La plupart y viennent en vacances, mais le libraire Jacommo  y vit toute l’année. C’est un féru de littérature et j’accepte sans façon de prendre un rafraîchissement dans la petite pièce attenante à la librairie.

    - Vous connaissez l’histoire du rocher ? demande-t-il comme je dépose mon verre de limonade. Il paraît que derrière la pore que vous voyez là se cache un mur truqué. J’avoue que je n’a jamais essayé de le mobiliser !

    - Vous voulez dire : une porte qui s’ouvre, un mur qui s’escamote ? non ?

    - Si ! Je suis intrigué mais prudent. Donc je ne tente rien.

    - Mais si, il faut ! Dieu sait quel secret se cache sous la paroi.

    J’y mets de la fougue, j’adore les mystères.Mais il répond :

    - C’est trop dangereux. Imaginez que je provoque un éboulis...

    - C’est solide, ces rocs ! Moi en tous cas, je ne résisterais pas !

    Il me regarde avec curiosité :

    - Non ? Je vous trouve bien téméraire. Nous ignorons tout, ce fut peut-être le repaire d’un bandit.

    - ...et il y cachait peut-être un trésor, dis-je avec véhémence. Voyons, Jacommo, on pourrait essayer..

    - On ? dit-il. Vous m’accompagneriez ?

    - Oh ! oui. Je brûle d’impatience et de curiosité ; Allez, dites oui...

    Il est mal à l’aise, tenté semble-t-il mais pas encore décidé. Et puis hier, comme je passais devant chez lui, il m’a fait signe.

    - Lucette, toujours d’accord ?

    - Evidemment !

    - Alors, entrez...

    J’entre. Il ferme la porte derrière moi et affiche la pancarte « Fermé ». Le crépuscule tombe. Seule une bougie brûle sur le comptoir. Il me fait signe de ne pas bouger. Moi aussi, maintenant, je suis un peu mal à l’aise. Mais quoi ! j’avais insisté, je dois être satisfaite !

    Jacommo s’approche du mur, je le vois tâtonner à la recherche d’un invisible déclic. Et, ô surprise, le mur tourne sur ses gonds bien huilés, semble-t-il, tandis que Jacommo m’entraîne dans une suffocante obscurité.

    - Mais, dis-je, Jacommo...

    Il me pousse soudain par les épaules, la lumière jaillit, la porte se referme, Jacommo a disparu, moi je suis enfermée.

    Je hurle : là, dans le coin de la pièce, un squelette se désarticule sur la terre battue. Et là...là... un autre bien proprement couché, mains jointes, son petit manteau à côté d’elle bien plié auprès de ses peites chaussures, et sa petite carte de visite écrite en rouge « Sandrine »...Sandrine qu’on a tant cherchée...

    Je ne m’évanouis pas. Je hurle.

    Il arrive...

PASSANTE

   

   
   

Posté par incarnat à 18:54 - NOUVELLES - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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