Je viens de lire dans “Le Moustique” (1) un article sur l’addiction sexuelle à la fois fort  bien documenté et très inquiètant.  On en a beaucoup  parlé depuis la retentissante affaire DSK et si nous savions que la chose existe  nous ignorions à quel point!  Les chiffres avancés par le magazine font frémir.  “Le Moustique” précise:

          “Selon une organisation spécialisée dans la dépendance sexuelle, de 3 à 5% de la population américaine (des hommes dans 8 à 9 cas sur 10) serait concernée, soit 9 millions de personnes! Un marché immense!”

          On n’a pas de chiffres concernant les autres pays, mais de plus en plus et deci-delà, des centres d’aide surgissent, un peu à la façon des organisations de soutien des Alcooliques Anonymes. Et des cliniques spécialisées voient le jour. Car cette dépendance se  soigne. Du moins tente d’être soignée , les sexologues, les psychiatres, les thérapeutes n’étant pas nécessairement d’accord sur les traitements pouvant venir à bout de l’intoxication sexuelle. Ou pour le dire plus simplement, sur “la perte de contrôle de sa sexualité”. Au point de céder de plus en plus souvent à des pulsions incontrôlées qui du simple orgasme à répétition dérivent vers la pornographie, les orgies, le sadomasochisme, la scatologie, etc. bref une recherche de plus en plus pointue (et de plus en plus fréquente) de “plaisirs” qui sont en fait, tant leur pouvoir est puissant, “l’enfer du plaisir” comme le cite l’hebdomadaire d’où je tire mes sources.  Pour souligner à quel point cette déviance peut faire souffrir, le témoignage d’un malade qui eut recours à la castration fut publié voici quelques semaines à la télévision.  Cette opération définitive lui avait rendu une paix dont il avait oublié jusqu’à l’existence.

           Si j’aborde aujourd’hui cette addiction (2) , c’est qu’il s’agit d’une maladie « moderne » ( elle fut détectée en 1983) et qu’on ne m’ôtera pas de l’esprit qu’elle est le fruit de notre « civilisation hors de toute contrainte ». On peut me dire qu’il s’agit dos-hommed’un dérèglement des hormones entrainant le malade dans une recherche de plus en plus désespérée de sensations sexuelles. Je veux bien l’admettre.  Mais à qui la faute ? Un peu sans doute à l’équilibre fragile de l’individu ; beaucoup, j’en suis convaincue, au déballage de tous les vices, turpitudes, déviances que les films porno, vidéos, magazines spécialisés,  clubs d’échangisme, invitations privées, complaisances d’Internet (qui veut chercher trouve !),  liberté sexuelle proclamée et assumée par toute une frange de la société,  fièvre marchande qui depuis quelques années incite couples et solitaires à l’usage d’objets intimes et jouisseurs, et j’en oublie ! Sans ces tentations à portée de main et de regard, l'être humain serait-il spontanément entraîné à des abus qui dépassent les sens et le bon sens? N'oublions pas qu'en outre la faiblesse des uns fait la richesse des autres. Les manipulateurs du vice ont de tous temps fait fortune. Ils ont de beaux jours devant eux.

           Il me reste une question:  où donc est la pudeur ? Où s’est réfugié le respect de soi-même et des autres ? Le langage véhicule des mots vulgaires et avilissants, a douze ans des enfants découvrent involontairement sur l’écran familial l’amour à trois, entre filles, entre garçons, dans des postures  totalement inesthétique et ramenant l’homme et la femme au niveau d’un animal en rut.  

          Je pense aux enfants, inévitablement mis un jour devant certaines évidences. Comment savoir s’ils s’en détourneront, dégoûtés, ou y prendront sans même s’en rendre compte, le premier plaisir malsain suivi par beaucoup d’autres?..

          L’amour est bafoué.  Le sexe a gagné.  L’addiction peut commencer…

 

LORRAINE

(1) "Le Moustique", magazine  d’actualité, culturel et de société.

(2) On parle d’addiction quand on ne peut plus se passer d’un produit ou d’un comportement, malgré leur effet gravement délétère sur sa santé ou sa vie sociale.

     

Illustration: Figurine en terre cuite grecque (Musée du Louvre)