Yan croyait aux fées. En lisière de la forêt de Brocéliande, sa maison s’éclairait parfois d’une lumière argentée comme un coup de lune, qui s’étendait un bref instant sur le tapis et s’ évaporait aussitôt. Il se disait : « C’est Mélusine qui revient au pays ». Alors il tendait l’oreille et entendait distinctement le premier accord d’une harpe invisible : « Do mi sol do ».

 La fée Stella, elle, fredonnait comme la brise qui effleure les herbes. « Ecoute, » disait-il soudain en s’arrêtant sur le sentier « Tu entends ? ».

Je n’entendais rien. Il chuchotait « Mi ré do si , c’est sa chanson. Elle est tout près. Ne bouge pas, elle apparaîtra peut-être… »

Il l’entendit plusieurs fois entre les arbres. Mais elle restait insaisissable.

Sirène

Yan en souffrit, il aurait voulu parler aux fées ! Il promenait sa mélancolie sur la lande. Un jour, il poussa jusqu’au Cap Fréhel. La mer se précipitait à toute allure et se cassait contre les rochers. Il se pencha. Et il vit…

Il vit une sirène étendue au bas des falaises. Elle chantonnait « Ré mi fa sol » et le son montait jusqu’à lui, montait, montait…Alors il descendit ,il descendit, il descendit…On le retrouva le lendemain matin, septante mètre plus bas, mort, serrant sur son cœur une pierre blonde comme une chevelure. Il souriait. Les fées l’avaient ensorcelé par leurs notes dansantes ; mais ce fut une sirène qui eut raison de lui.

Sur sa tombe, on inscrivit : « Il avait l’oreille musicale ». Puis on l’oublia. Sauf moi, qui étais son ami.

 

LORRAINE