-Et maintenant, ça suffit ! hurle la voix d’orgue désespérée de la cathédrale dressée dans la tempête.

     Ils s’entretuent jusque dans la nef, ils sont vingt, ils sont cent, ils sont mille. Hier, la tête ronde d’un page roula comme un citron jusqu’au banc de communion. Par dérision, un guerrier la ramassa et la lança dans la corbeille, oubliée sur un prie-dieu,  de la couventine chaisière.

cathédrale St Sauveur Bruges

Un moine agonisant, péniblement redressé, a transpercé l’homme d’un coup de dague ultime.

     La cathédrale tremble. L’indignation, la colère, la révolte secouent ses flancs ; une musique ivre martelle son tympan, la lumière éclaboussée de ses vitraux illumine le carnage. Que la prédiction se réalise !...

     Parfois, entre Bruges et Damme, une clameur jaillit dans la campagne. Elle frôle les blés et court jusqu’à la mer du Nord. Les vieux se signent.  La cathédrale qui jadis s’engloutit,  écrasant les armées ennemies pleure son proche destin.

    Je ne sais ni le lieu ni l’heure. Mais un jour, bientôt, lasse de l’incessant massacre universel, elle jaillira des eaux en une définitive déflagration.

 

LORRAINE

Illustration: Cathédrale St Sauveur Bruges