Seuls, me semble-t-il, ceux qui n’ont jamais eu de chats prétendront qu’ils sont indifférents. Au début de notre mariage, un ami nous apporta  Rita, petite noiraude, fine, racée , couchée dans la poche de son pardessus. Nous l'adoptâmes tout de suite et elle vécut près de nous, allait nez au vent par les cours et les jardins, escaladait le toit d’un atelier voisin et découpait sa silhouette menue sur le ciel, très haut. Elle revenait à la nuit tombante, contente d’elle, porteuse du parfum des premières feuilles entremêlé à l’odeur fraîche des premières giboulées.

         Douce, d’humeur égale, elle appréciait notre compagnie et à la veillée nous

chat noir

rejoignait sans bruit, sautant sur nos genoux, cherchant sa place. Elle eut des jeunes. Pendant le travail, elle me réclama, mit dans mes mains ses pattes raidies de souffrance, cherchant de sa tête chaude la caresse qui l’encourageait.  Quand les petits furent nés, un à un elle vint les déposer sur la carpette du lit, puis heureuse, s’y étendit et allaita.

         Elle partit au printemps, revint neuf jours après et se jeta contre nous, quémandeuse d’affection. Une seconde fois elle s’en alla, reparut quinze jours plus tard, toute en carcasse, efflanquées, sale, les flancs crottés, mais n’ayant oublié ni le chemin de notre maison, ni son cri d’appel devant la fenêtre que je lui ouvris, le cœur étreint d’émotion.

         Sa troisième escapade ne nous la rendit plus et j’imagine que partie trop loin à la rechercher du Prince Charmant, elle s’égara.

         Quand j’entends dire que le chat ne s’attache pas à ses maîtres, je pense chaque fois à la petite bête douce et affectueuse qui égayait notre maison et j’ai pour elle la pensée chaleureuse que l’on réserve à l’amie disparue à jamais.

 

LORRAINE

(Ce beau chat ne m'appartient pas, je l'ai trouvé dans les images Google. J'espère que son maître ne m'en voudra pas, mais s'il le souhaite, je supprimerai la photo)