Jf arbre Eduard Niczky

 

Comme l’herbe était haute aux jardins d’autrefois

Et secrets les sentiers allant à la dérive

J’avais dans les cheveux l’odeur âpre des bois

Quand je m’en revenais un peu lasse et pensive

 

Je n’irai plus jamais flâner près de l’étang

Les dimanches de mai quand le ciel étincelle

Et je n’entendrai plus le coucou lancinant

M’interpeler, moqueur, là, pres des cascatelles

 

Je n’ai pas vu venir l’ultime lendemain

Qui m’attend quelque part au tournant de la vie

Le temps à pas feutrés me tire par la main

J’avais vingt ans hier!.. Et la mort me convie!

 

L’âge m’a rattrapée, comme dans un tournoi

Il me terrasse et rit de me voir prisonnière

Mes gestes ralentis l’amusent et ce sournois

Gommerait mon passé, ma joie et ma lumière!

 

Mais je reste debout. Si je vais à pas lents

L’âge et moi nous marchons sans nulle défaillance

Il sait qu’il gagnera mais il ignore quand

Et je ne suis pas prête à faire allégeance!

 

Et puis un jour viendra. Ce sera le dernier

Un jour comme aujourd’hui sans craintes ni reproches

Je fermerai les yeux. Et mon coeur allégé

Suivra sans hésiter  l’appel vibrant des cloches...

 

LORRAINE

 

belle bordure

 

 

(Jeune fille à l'arbre -Tableau d'Eduard Niczky)