Derrière le jardin, dans le petit bois de mon oncle, une voie ferrée s’arrêtait net devant une ancienne grille cadenassée. Entre les rails poussaient des herbes hautes et parfois des boutons d’or. Chaque année, j’y retournais en retenant mon souffle, car on racontait de vagues histoires d’un homme qui aurait escaladé cette grille  pour traverser la propriété.

            Je m’en approchais pourtant, curieuse de scruter le court horizon envahi chaque année davantage de branchages et de buissons. Les taches de soleil entre les arbres me semblaient plus caressantes,  un ruisseau capricieux venu de nulle part se faufilait dans le bois, de grosses pierres le détournaient et au tournant près du lavoir il devenait un large puits où les lavandières battaient le linge.

            J’étais une petite fille des villes, vivant dans une rue exigüe , dans une maison eixgüe et ces quinze jours de vacances me comblaient d’enchantement. J’y appris le parfum des sous-bois, l’odeur du chèvrefeuille, l’appel du coucou et au bord de l’étang le vol de la libellule. Je sus aussi que les tournesols regardent le soleil et que les crapauds chantent à la nuit tombée.

            Il m’en reste comme un éblouissement d’âme

LORRAINE

lavandières Pissarro

Tableau "Les lavandières" de Camille Pissaro