Cahier du Soir

Au soir de ma vie, j'écris mes souvenirs, des réflexions, des rêves, des poésies.

29 octobre 2009

NOTES AU VOL

 

 Une enseigne de fer forgé annonce le boucher : il a un nom de musicien et suspend des saucisses à sa vitrine. Pour entrer à la boucherie Schumann, il faut monter trois marches et il arrive, en blouse bleue et calot, bel homme, les yeux doux, les traits fins, un visage d’évangéliste. On s’étonne de le voir, d’un coup précis de sa hache, couper la côtelette du déjeuner.


Devant la porte, une poule en sa robe de plumes noires bien lissées, porte sa crête écarlate comme un chapeau. Le coq l’a choisie et lui parle d’amour, le jabot avantageux.

 Elle l’écoute, son œil écarquillé s’offusque et lui, l’air pincé enseigne_cuisines’éloigne puis s’égosille en un chant qui troue le silence.

 

 

 

LORRAINE

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15 octobre 2009

Qu'as-tu fait des mots ?

 Tu les connaissais, tu les lançais en l'air comme une musique drôle, comme un vol d'hirondelles, comme une espérance. Ils étaient ta gaîté et ta force. Et mon amour. 

 Qu'as-tu fait des mots 

Tu me disais : « Toi, la seule femme que j'ai jamais pu aimer » et j'enfermais ces mots dans l'éblouissement de mon cœur. Tu aimais aussi le silence. Le silence tissé de mots accourus comme des petits confidents muets, et qui te permettaient de penser, longtemps, la main arrêtée sur la feuille où tu allais écrire. Enfin, tu écrivais

 

 Et les mots se pressaient, se bousculaient, s'essoufflaient. Car tu interrogeais le monde, tu te posais les questions douloureuses auxquelles il n'y a point de réponse. Tu citais les philosophes, tu t'abîmais dans leurs livres et tu me revenais différent, lointain, tourmenté.   

 Ah ! les mots ! Tu les as tous utilisés, les mots d'amour et les mots dont la pointe acérée blesse, car tu avais l'art de la riposte et celui de l'introspection. Et cet art aigu des questions perfides qui, au début font sourire mais finissent par écorcher. Je n'aimais pas les mots jaloux ni ton talent raffiné d'inquisiteur. Le mot à l'allure désinvolte, le mot tendancieux, le mot autoritaire, celui qui condamne et celui qui ne veut rien entendre, je les connais tous. Et aussi les mots de pardon. 

 

 Qu'as-tu fait des mots ?

 Une longue histoire de souvenirs entrelacés, où se glissent les rires de bonheur et les amertumes. 

Qu'as-tu fait des mots ?

L'histoire d'une vie. La mienne.

LORRAINE

 

 


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19 juillet 2009

VOLUPTE DU SOMMEIL

Se couler sous l’édredon rose
Fermer les yeux sans y penser
Et pourtant penser à des choses
Qui ressemblent à la volupté

Sentir se détendre la ligne
Qui des épaules jusqu’aux pieds
Partage le corps et lui donne
Deux bras, deux seins,
Deux hanches et deux cuisses,
Deux mollets et dix doigts de pied.

Suivre en pensée la nuque lasse
Et un à un déficeler
Tous les tracas qui s’y entassent.

Dans la chaleur du lit ouvrir les mains
Comme des fleurs,
N’être rien que ce bien-être sans idée
Cet abandon qui clôt la journée et l’efface.

       

Et puis, dans le demi-sourire
D’un sommeil tout proche,
Sentir contre le flanc l’innocente caresse
Du tout petit chaton endormi à l’instant
Et dont le cœur palpite, palpite, palpite..

LORRAINE


sommeil___litho_1848

lithographie 1848

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21 mai 2009

POMME D'OR

belle_rose

« Pomme d’or, pomme d’argent
La dernière y reste dedans »...


    Une grande fillette blonde conduisait le monôme en nasillant le refrain. Petits garçons et petits filles serpentaient à toute allure à travers le square, dans le soleil.Deux gamines face à face avaient noué leurs doigts et d’un geste arrondi, formaient de leurs bras nus une anse sous laquelle s’engouffrèrent soudain, en file indienne, les marmots essoufflés. On retint le dernier, un bonhomme de 4 ans qui palpitait entre ces sourires futé s et la prison enlaçante où le retenait les mutines.

    « Pomme d’or ou pomme d’argent ? »...

    Qu’en savait-il, le pauvre ? La pomme d’or avait des yeux noirs et un nœud rouge aux cheveux ; la pomme d’argent lui chuchotait des gentillesses à l’oreille ; il balbutia un mot et triomphante, la brune clama : « C’est moi, c’est moi !... » et engagea du geste le bambin à se placer derrière elle.

    Il s’accrocha solidement à la taille frèle et le monôme, une fois de plus, défila. Je m’éloignai. Monotone, la chanson claquait dans l’après-midi de mai : « Pomme d’or, pomme d’argent » ?

    Là-bas, les gosses choisissaient « pour rire » entre les deux tentatrices la compagne d’une minute de jeu.

    Plus tard, devenus hommes,ils choisiront le compagne d’une vie. Sans se souvenir de l’ariette symbolique qui leur pédisait l’avenir, ils s’interrogeront peut-être : « Alice ou Elodie ? », comme en ce jour ensoleillé où on leur demandait : « Pomme d’or, ou pomme d’argent ? ».

    Et on les reverra peut-être dans ce même square, entourant l’élue d’un bras assuré, renouvelant sans y penser le mouvement de préférence qui les attachait, jadis, aux jupes d’une fille d’Eve.
 
LORRAINE

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02 mai 2009

ON FAIT SEMBLANT...

    bonjour_chatJe m’interroge. Qu’est-ce qui me préoccupe ? Indéfini, imprécis, sans contour, un » »mal-aise » grignote peu à peu ma sérénité habituelle. Pas un fait, plutôt un sentiment. Une impression d’inutilité, peut-être. De solitude, sans doute. De réserve exrême aussi, cette réserve qui se tait pour ne pas importuner les proches, pour ne pas blesser, pour ne pas inquiéter. Tous, à des niveaux divers, faisons semblant...

    On fait semblant d’être gai et on ne l’est pas.

    On fait semblant d’aller bien, et c’est faux.

    On fait semblant de comprendre les silences, les absences, mais on en souffre.

    On fait semblant de comprendre une ironie, une rebuffade, mais elle nous atteint de plein fouet.

    On fait semblant d’oublier ce qui fait mal, mais on y pense tous les jours.

    On fait semblant d’être fort, mais on sait bien de quoi on souffre.

    On fait semblant de vieillir dans l’harmonie, mais on sait que l’issue finale est proche.

    On fait semblant de vivre, mais en fait on dure.

    Allez, faites semblant de croire que je plaisante. Et je ferai semblant d’être heureuse !2_petiteds

PASSANTE

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28 mars 2009

MALE ET FEMELLE...

    J’avais reçu un couple de mozambiques et je les soignais avec amour. imagesIls sifflaient gaiement dans leur cage et leurs trilles m’assuraient qu’ils étaient heureux. Heureux ? Voire !...

    A y regarder d’un peu près, je constatai vite qu’indubitablement le chef, c’était ELLE. Elle, qui se précipitait sur la mangeoire à peine regarnie ; elle, qui buvait allègrement  l’eau fraîche, repoussant de tout son plumage le mâle qui se hasardait ; elle encore qui, accrochée à la branche de millet suspendue aux barreaux, se goinfrait au maximum sous le regard penaud de LUI. Il obtenait les restes,  s’en contentait et je me demandais toujours si c’était l’amour ou la crainte qui le rendaient si soumis.

    cageLui, s’approchait quand je m’approchais ; elle me toisait de son petit œil brillant, n’escomptant de moi que la mangeaille et apparemment pas les mots doux dont je les gratifiais. La cage était installée sur un guéridon dans le salon ; je pouvais les voir de mon bureau en me penchant un peu. Et je les entendais chanter, sans bien démêler lequel avait le plus beau trémolo.

    Un jour de printemps, le sifflotis monta, grimpa, s’amplifia en roulades et roucoulades comme je n’en avais jamais entendu. Je me dis que le renouveau les inspirait et continuai mon travail. Une heure plus tard, mon petit-fils vint me rendre visite. Il traversa le salon et me lança :

    - Tiens, il y en a un qui s’est fait la malle...

    Je me précipitai : la porte de la cage était grande ouverte et la fenêtre aussi... Interdite,  je regardai le petit mâle :ii continuait à chanter et n’avait nullement l’intention de s’enfuir, lui, il prenait simplement possession de « sa » cage! Libéré, ayant choisi de rester alors qu’elle avait pris la clef des champs, il enchaîna trilles et vocalises, et désormais, maître chez lui, s’installa confortablement. Nous eûmes des échange complices, il s‘épanouit en célibataire heureux. Jusqu’au jour où arriva mon chat Milord. Ma fille accueillit donc le mozambique qui s’adapta aussitôt,  continua ses chansons, se régala de millet et nous conforta toutes les deux dans la certitude qu’il vaut mieux être bien,  seul, qu’à moitié bien à deux. Ma file avait eu avant moi un couple de mozambiques. Il avait fallu les séparer, la femelle rossait le mâle et il avait des blessures à la tête et au flanc...une fois seul, il s’en remit et vécut encore seize ans !... J’en déduis tout à fait logiquement, que l’homme fort, chez ces petits oiseaux, c’est ELLE !

    Vous avez un avis ?

PASSANTE

 

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24 mars 2009

AH! LES PERRUCHES!...

   perruches_laphtodujourJean avait deux perruches. L’une s’envola un jour qu’on avait négligé de refermer tout à fait la porte. En tête-à-tête avec l’abandonnée, Jean se sentit malheureux. Il songea à lui rendre un compagnon, s’en fut vers le Marché aux oiseaux ; le marchand l’ayant convaincu qu’il était inhumain de les séparer, Jean ramena un couple. Le trio bouda, échangea quelques injures ramagées, se fit les griffes sur le dos l’un de l’autre, puis finit par sympathiser.

    A quelques jours de là, Jean se laissa tenter par  l’échoppe d’une foire et gagna...une perruche. Sa maisonnée au complet, je le vis radieux. Il commença alors à méditer une volière, cloua, scia, tandis que ses pensionnaires, alignés, épiaient les progrès.

    Ils ont des problèmes de circulation : l’un va vers le grain, les cinq autres, dans un bruit d’ailes, se poussent, se tassent, s’échelonnent pour lui laisser le passage. On en retrouve dans le bain, un autre la tête en bas, faisant de la balançoire sur le trapèze, le tout ébouriffé et jacassant. Ils dorment où ils peuvent et entrouvrent de temps en temps un œil féroce pour lorgner le voisin agité qui choisit ce moment pour roucouler des romances ou se donner un peu d’exercice sur la barre. Ils s’expulsent mutuellement de la mangeoire et tandis qu’au fond du jardin la volière s’élabore, je les entends qui encouragent, d’une voix rocailleuse et criarde.

LORRAINE

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16 mars 2009

GRAND'PLACE

    Les villes inconnues me plaisent quand j’y pénètre, mais je les aime dès qu’un clocher m’accueille au détour d’une ruelle et livre, avec son architecture, tout son passé.

    Découvrir le visage des cités, apprendre leurs habitants, la mélancolie des rivières étroites serpentant entre de vieilles maisons mortes, et lire l’histoire du peuple sur la façade de ses demeures antiques, quelle passionnante aventure !

    Grand_Place_BrChaque personnage de pierre incrusté dans l’Hôtel de Ville a vécu une vie de plusieurs siècles et tous ces yeux clos qui nous regardent du haut de leurs colonnes ont vu des étés en robes longues, des hivers enneigés, le deuil, la fête. Mais aussi le bonheur de cette jeune fille d’autrefois qui passait tous les jours sur la Grand’Place, le notaire et ses bésicles, les pluies dominicales, le retour des hirondelles et leurs nids encombrant qu’elles vous plantent un peu partout le long des murs. Et, aujourd’hui, l’extase de tous ces visiteurs qui, le nez en l’air, contemplent, heureux, l’Hôtel de Ville et ses personnages de pierre.

LORRAINE
 

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09 mars 2009

VISITE AU CHATEAU


    Porte_de_ch_teauJ’ai franchi le seuil de cette chambre où dormit un duc du seizième siècle. Son nom et sculpté dans le bois de la porte. Un vitrail rouge et bleu s’incendie sou le soleil éclairant face au lit à baldaquin, une feùùe aux yeux noirs qui sourit dans son cadre.

    Pourquoi ce divan vieux-rose tissé d’or, le couvre-pied moelleux et l’urne d’argent reflétée dans le miroir, le prie-dieu sobre et l’échiquier d’ivoire ont-ils soudain créé pour moi le fantôme de ce duc qui savait aimer puisqu’il aimait la soie, le velours et l’éclat bleuté des Dame_bougiecoupes sous la lune ?

    J’ai rêvé à sa devise sur les murs : Un seul désir. A qui songeait-il, le soir , aux chandelles ? Qui heurtait l’huis ? Quel parfum de verveine s’engouffrait avec l’amante ? Nul ne me dira dans quel cœur rival il enfonça ce stylet.

    Respectant le secret du passé, je me suis éloignée à regret du lit aux profondeurs ombreuses et des armes abandonnées sur le guéridon que le crépuscule dorait d’une lueur trouble.

PASSANTE

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24 janvier 2009

UN PETIT COUP DE BLUES...

    Eh bien oui, aujourd’hui je dois lutter. Pour être d’humeur égale, pour résister à un flot d’ennuis mineurs qui semblent m’assaillir malicieusement. Après le micro-ondes en panne, le nouveau à acheter, les difficultés d’installation, me voici confrontée dans la salle de bain à mon robinet d’eau froide absolument inerte et, depuis hier soir, au refus obstiné du lecteur de DVD. Rien à faire, il ne veut pas s’ouvrir. Il garde jalousement la cassette neuve enfermée et s’obstine à m’indiquer « Open » alors que c’est faux !

    Seule, plus très jeune ( !), rentrée hier éreintée d’une jesuisenpeinevisite amicale par un temps venteux et le parapluie retourné, j’avoue que je commence doucement à craquer. Je ne sais pas encore si je vais m’abandonner à fulminer ou à pleurer.  C’est ridicule et je le sais. Mais j’ai tellement l’habitude de dompter mes humeurs que cet état d’aujourd’hui m’inquiète : je ne me reconnais pas. Il va falloir pourtant passer à autre chose, secouer mon humeur , me dire que tout cela n’est rien. Je le sais. Cela fait partie des ennuis quotidiens. Mais je sors affaiblie d’une maladie de quinze jours, et ma force de caractère s’est sans doute un peu effritée.

    Alors, je vous le dis, à vous mes amis invisibles, parce que, quelquefois, il est bon de se savoir comprise...

LORRAINE

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