30 juin 2009
LIRE: COMMENT? QUAND? POURQUOI?...
J'ai été taguée par Coumarine. Le sujet m'intéresse beaucoup donc j'y réponds. Si le coeur vous en dit, continuez la chaîne en répondant sur votre blog ou en envoyant le sujet à d'autres.
1/ Plutôt corne ou marque-page? Marque-page, j'en ai plusieurs dans mes tiroirs!
2/ As-tu déjà reçu un livre en cadeau? Souvent. Mes proches connaissant mes goûts n'ont aucun problème, si ce n'est celui du choix!
3/ Lis-tu dans ton bain? Jamais, je prends uniquement des douches!
4/ As-tu déjà pensé à écrire un livre? Je l'ai fait plus d'une fois. A 20 ans, j'ai été pressentie par un éditeur pour écrire un roman pour jeunes filles. J'en ai écrit deux. Plus tard, j'ai publié deux album pour enfants : "Le chat d'ici et le chat d'ailleurs" et "La journée de Mistigri". Enfin,professionnellement j'ai écrit: "Le monde des professions" (mise à jour chaque année), "Nos enfants: Etude-Orientation", 'Etudes et Carrières pour temps de crise", "Le dictionnaire des professions", et enfin, en collaboration avec ma fille "L'éducation sentimentale des filles" chacune écrivant un chapitre à travers les faits quotidiens, les situations surgies, les conversations, etc. Il fut traduit en espagnol et en italien. J'ai aussi deux manuscrits dans mes tiroirs, des romans cette fois. (P.S. - Je vous en prie, ne prenez pas cette énumération pour de la vanité, mais pour de la sincérité! Merci)
5/ Lire un livre électronique? Jamais.
6/ As-tu un livre culte? "Culte" non. Mais des livres dans lesquels j'ai trouvé un écho à mes propres sentiments: presque tous les "Colette", notamment, et un livre lu dans ma jeunesse "Sparkenbrooke" de Charles Morgan, qui m'a profondément plu. Sans doute étais-je dans l'état voulu pour l'apprécier à ce point.
7/Aimes-tu relire? Oui, assez souvent et selon l'humeur du jour. Je suis en train de relire "Les Hauts de Hurlevent"!...
8/Rencontrer ou ne pas rencontre les auteurs des livres qu'on a aimés? J'en ai rencontrés quelques-uns. Mais une seule rencontre est souvent décevante, on reste étrangers l'un à l'autre, il faudrait "fréquenter" un auteur pour être ou non en symbiose.
9/ Aimes-tu parler de tes lectures? Rarement, sauf si l'interlocuteur est intéressé par ce genre de conversation.
10/ Comment choisis-tu tes livres? Sur un coup de coeur, en les feuilletant d'abord chez le libraire. Ou sur l'avis d'un critique iittéraire dont j'apprécie la pertinence. Certains critiiques (excellents d'ailleurs) se spécialisent dans le genre qu'ils aiment. Par exemple, des romans d'aventure, des romans étrangers, des romans historiques. Or, j'y suis assez indifférente. Donc, je me fie plutôt à ceux qui ont des goûts proches des miens. Je sais que je ne serai pas déçue.
11/ Une lecture inavouable? Non.
12/ Des endroits préférés où lire? Au lit.
13/ Lire par-dessus l'épaule? Jamais.
14/ Lire et manger? Séparément.
15/ Lecture en musique, en silence, peu importe? Dans le silence absolu. J'aime savourer les mots; la musique me distrait.
LORRAINE
19 juin 2009
RIEN QU'UNE FLEUR...
« Si quelqu’un aime une fleur, ça suffit pour qu’il soit heureux quand il la regarde » dit le petit Prince (1)
Il venaiit de dire une si grande vérité qu’en la lisant je sentis l’émotion me nouer la gorge. Une de ces vérités que beaucoup d’humains n’entendent pas, ou distraitement, ou d’une seule oreille. C’est si petit, une fleur. Si fragile, tournée vers le soleil dans son parterre qui sent la rosée . Une fleur ressemble à un sourire qui apaise. Elle me fascine toujours, qu’elle soit opulente comme une duchesse ou ingénument bleue comme le myosotis, mais je ne le dis à personne.
Je les aime comme des personnages en costume d’été, comme la fée qui n’existe pas, comme l’oiseau pépiant sur la branche. C’est un bonheur enfantin, parfait, un bonheur de petit prince qui n’intéresse pas les grandes personnes. Et qu’on ne confie qu’à une amie. Je vous le confie donc, à vous qui me lisez.
Parce que ce bonheur, je ne peux jamais le vivre chez moi, voir un œillet,
une tulipe prendre un air penché, tourner son visage vers la lumière et dessiner sur le mur des ombres graciles.
Pour une raison unique et ô combien désolante, mon chat Milord, lui aussi, aime les fleurs. Avec frénésie. Avec boulimie...car il les mange ! Il les retire du vase avec prestesse, les déguste un rien de folie dans les yeux, m’agresse si je veux la reprendre et me condamne, sans rémission, à les aimer de loin !
Vous comprenez, maintenant, pourquoi cette phrase du « Petit Prince » me serre la gorge ?...
PASSANTE
(1) "Le petit Prince" - Antoine de St Exupéry
17 juin 2009
DES MOTS A FOISON
Quand je racontais à mon grand frère une histoire que je venais d’inventer, il me disait :
« Alors, l’Arsouille, tu racontes encore des carabistouilles, hein ? »
On riait tous les deux, complices, la phrase nous était familière, sans imaginer un instant que ces mots tendraient peu à peu à disparaître.
Je ne sais pas ce qu’ "arsouille " est devenu, mais « carabistoulle » a été sauvé par le Petit Robert après la publication il y a quatre ans de « Cent mots à sauver » de Bernard Pivot, qui le signalait à l’attention publique.
Il est vrai que la langue évolue, mais il est bon de garder en soi ces expressions désuètes qui rejaillissent parfois spontanément même si elles viennent de très loin. Maman me rabattait volontiers le caquet (j’étais bavarde) et affirmait que je me montais le bourrichon (j’étais romanesque). Et j’ajouterai que j’étais fort jeune. Aujourd’hui elle n’est plus là pour me gronder, ce que démentait le sourire de ses yeux bleus.
Mais je l’entends encore, dans mon cœur, lancer de sa voix claire à ma sœur aînée : « Ne fais pas ta Sainte-Nitouche, je sais bien que ce garçon te courtise »...
Eh oui, ces souvenirs me reviennent en deux coups de cuillère à pot, je ne me moque pas du tiers comme du quart, je dis simplement comme Bernard Pivot :
« Ayons de l’expressivité. En route, mauvaise troupe ! Fouette, cocher ! Et que ça saute ! »...
PASSANTE
"100 expressions à sauver» -Bernard Pivot de l’Académie Goncourt, Ed. Albin Michel. – 13,45 euros.
23 avril 2009
LA BIBLIOTHEQUE DU COEUR
J’ai des livres, comme tout le monde, bien rangés dans la bibliothèque et qu’aujourd’hui j’ai eu la nostalgie de considérer de plus près. Devant, bien entendu, tous mes « Colette ». Deux doubles planches, pas moins. Ils y sont, ils y restent, juste à portée de main, pour mes « retours de flamme », très fréquents, je dois le dire.
Derrière, voyons voir... »Autant en emporte le vent », oui, évidemment, je l’ai lu, relu, vu au cinéma, à la télévision, une fois, deux fois...Bien, c’est assez. Que dis-je ? C’est trop !
Ce bouquin, cette brique, je ne la relirai pas. Elle est le premier don que je destine à une œuvre pour enfants handicapés qui les revend dans une brocante. Tiens, j’ai lu « La Citadelle », moi ? Et aussi « Le Destin de Robert Shannon » ? C’était il y a longtemps et si j’ai aimé Cronin, aujourd’hui à le feuilleter je ne m’en souviens plus. Comme je suis ingrate ! Je sacrifie aussi « Le cri de la chouette » et Hervé Bazin par la même occasion, et « Les copains » de Jules Romains. C’est curieux, ce détachement, cette indifférence envers des auteurs que j’ai aimés, me semble-t-il. Nous avons voyagé ensemble, j’ai suivi leurs méandres, leurs jugements, leurs émotions. N’en reste-t-il rien ? Ai-je été prise par d’autres amours de passage, d’autres bouquins qui ont flambé en moi le temps d’une saison ? Sûrement. Je ne renie pas ceux qui m’ont laissé une cicatrice au cœur, ce « Sparkenbrooke » de Charles Morgan dans lequel j’ai trouvé je ne sais quelle résonance, et qui demeure, et auquel je retourne quelquefois, pour un dépaysement ou des retrouvailles !
Pourquoi aime-t-on tel auteur, ou telle œuvre de tel auteur ? On choisit selon un caprice, on s’attache par une reconnaissance de l’âme. J’aime sans savoir pourquoi « La Volupté d’être » de Maurice Druon, plus (oserais-je l’avouer ?) que ses « Rois maudits » qui pourtant me captivèrent au moment de leur publication. Je ne suis ni bibliophile ni bibliomane : j’aime les livres pour ce qu’ils m’apportent et quelle que soit leur reliure, si j’en ai fait le tour, je m’en détache avec indifférence. Ce n’est ni bien ni mal ; c’est ma façon d’appréhender un écrivain, d’y trouver ou non de quoi rassasier ma soif d’émotion, de compréhension, d’amitié et il est des auteurs immenses qui ne m’ont jamais touchée.
Tiens, je vais relire « Bonjour, Tristesse » qui vient d’échouer sur mon bureau. Et certainement ce livre de poche où Pierre Benoit (de l’Académie Française, j’avais oublié !) raconte à sa façon d’autrefois « La Dame de l’Ouest » qui date de 1936. On dirait que je n’ai que de vieux livres ! Ce n’est pas vrai. Mais je ne me rue pas sur les « Prix »
quels qu’ils soient, je n’ai pas besoin d’être « à la page », je lis à mon gré, et s’il me plaît de relire (pourquoi pas ce soir, après tout ?) « Les Hauts de Hurlevent » qui pourra me le reprocher ? Personne ! Nous avons tous notre goût de lecture, c’est une part de nous-mêmes, une des meilleures, peut-être ! Et je la respecte.
Bonne nuit...et qu’un beau livre vous emmène jusqu’au sommeil.
PASSANTE
09 avril 2009
CE QUE DISENT LES CHATS...
Pour mon anniversaire, ma petite-fille m’a offert le « Dictionnaire amoureux des Chats » de Frédéric Vitoux (de l’Académie française). J’ai donc le double plaisir d’une lecture
très raffinée (ah ! le bonheur des mots !) et d’une connaissance encore approfondie des chats... Approfondie, parce que je les connais bien, pour en avoir possédé tout au long de ma vie ; et parce que, depuis très, très longtemps, mes proches s’évertuent à trouver pour moi « le» dernier livre qu’ils m’offrent à la Nouvelle Année, pour Noël, pour la Fête des mamans, me constituant une bibliothèque où se côtoient les récits, les races, les études, la santé, les illustrations consacrés au Chat, ce Seigneur !
Vous pensez bien qu’il a son mot à dire.’! Ses maîtres l’aiment et l’analysent, lui se laisse choyer mais n’en pense pas moins. Il écoute d’une oreille (qu’il agite en signe d’assentiment) les propos élogieux. Pour le moment, le mien,
sachant que je tape ce texte, me couve d’un regard impénétrable, couché sur le dossier du fauteuil d’où il voit à la fois la rue et l’intérieur de l’appartement. Je vous donne quelques opinions à croquer...
« Quoiqu’on leur dise, les chatons (Alice en avait un jour fait la remarque) ont la très désagréable habitude de toujours ronronner »
(Lewis Carroll)
« Ingénieux comme il est, le chat s’est juré de ne jamais céder à l’ennui ; ou de le transformer en un art semblable à celui de la pêche, de la chasse ou de la tapisserie »
(Pietro Citati)
« Un chien est seulement un chien, alors qu’UN CHAT EST UN CHAT»
(T.S. Eliot)
« Le chat est l’honnêteté absolue : les êtres humains cachent pour une raison ou une autre leurs sentiments, les chats non »
( Ernest Hemingway)
Et pour finir, cette très belle pensée :
« Sur ses lèvres closes le chat a laissé
S’assoupir le printemps »
(Jang-Hi Lee (maître zen)
Je vous quitte sur la pointe des pieds. Mon chat Milord dort...
PASSANTE
22 novembre 2008
OU ON VA, PAPA?
« Thomas, dix ans, répète comme il le fait toujours : « Où on va, papa> ? » Au début je réponds : « On va à la maison ». Une minute après, avec la même candeur, il repose la même question, il n’imprime pas. Au dixième : « Où on va, papa ? » je ne réponds plus »...
Un enfant handicapé, puis deux...Jean-Louis Fournier ne s’attendait pas à ça. Il le dit, il l’écrit, il le hurle. Avec un humour glacial, féroce, qui vous arrache des larmes mais aussi, irrépressible, un éclat de rire au moment le plus consternant. Ah ! il sait y faire, Jean-Louis Fournier. C’est un grand maître de l’humour noir, ce travesti du désespoir. Il n’a pas besoin d’inventer ,ses personnages sont là, devant lui, il les sort, il les aime, il les présente, feuillet par feuillet depuis le berceau, en une cinglante dérision.
« Où on va, papa ? ».
On va prendre l’autoroute en contresens
On va en Alaska. On va caresser les ours. On se fera dévorer.
On va aux champignons. On va cueillir des amanites phalloïdes et on fera une bonne omelette.
On va à la piscine, on va plonger depuis le grand plongeoir ; dans le bassin où il n’y a pas d’eau.
On va aller à la mer. On va au Mont-Saint-Michel. On ira se promener dans les sables mouvants. On va s’enliser. On ira en enfer.
Imperturbable, Thomas continue : « Où on va, papa ? ». Peut-être qu’il va améliorer son record ; Au bout de la centième fois, ça devient vraiment irrésistible »...
De bout en bout, un courant électrique traverse le livre. Il atteint l’auteur, ses garçons, l’entourage, et la maman sans doute plus que tout le monde puisqu’il écrit : « La mère de mes enfants, que j’ai poussée à bout, en a eu marre, elle m’a quitté. Elle est partie rire ailleurs. Bien fait pour moi. Je ne l’ai pas volé ».
C’est atroce. C’est douloureux. C’est sublime. On comprend ce père qui sauve sa peau par des pirouettes verbales, ce père qui n’en peut plus mais le cache dans la vie courante, ce père qui déchire et se déchire, ce père poursuivi par des images quotidiennes, qui ne changeront jamais :
«Quand je pense à Mathieu et Thomas, je vois deux petits oiseaux ébouriffés. Pas des aigles, ni des paons, des oiseaux modestes, des moineaux ».
Et ailleurs :
« Récemment, j’ai eu une grande émotion. Mathieu était plongé dans la lecture d’un livre. Je me suis approché, tout ému. Il tenait le livre à l’envers. »...
Mathieu, qui s’envole à quinze ans et quitte son corset de métal pour toujours.
« Il ne faut pas croire que la mort d’un enfant handicapé est moins triste. C’est aussi triste que la mort d’un enfant normal. Elle est terrible la mort de celui qui n’a jamais été heureux, celui qui est venu faire un petit tour sur Terre seulement pour souffrir. De celui-là, n a du mal à garder le souvenir d’un sourire ».
Ce livre bouleversant a eu le Prix Fémina 2008. Lisez-le. Il fait mal et rend meilleur.
PASSANTE
27 octobre 2008
CECI EST TON CORPS
Ce livre, Gabriel Ringlet l’appelle « Journal d’un dénuement ». Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Deux souffrances se côtoient, surgissent dans les blessures humblement et désespérément physiques, et se réconfortent, envers et contre tout, dans les valeurs spirituelles. Dans le silence aussi ou dans les mots, une main abandonnée, un sourire ébauché, la prière ou des pensées glanées dans un livre, ou au fond de soi : « J’appelle âme ce qui ne cicatrise pas » (« Les Carnets du méditant » de Salah Stétié). Ou encore ce passage de « Traces et ferment » (Colette Nys-Mazure et Lucien Noulleze) : « Tout est accompli dans l‘Ecriture. Mais dans la vie, le livre reste ouvert ». ..
Gabriel Ringlet a écrit son Journal sans savoir qu’un jour il le publierait pour apporter ce calvaire à d’autres et les aider à supporter le leur.
Car « Ceci est ton corps » relate au jour le jour l’agonie d’une amie très chère, qu’il accompagnera jusqu’au bout de l’intolérable cancer. Et en parallèle, l’indicible souffrance morale et affective se traduit par des mots d’une totale abnégation.
Je suis sortie de cette lecture baignée de larmes et pourtant mystérieusement revigorée. Car « Ceci est ton corps » nous met en présence de deux êtres surhumains qui transcendent leur douleur jusqu’à l’ultime sacrifice.
Si vous connaissez Gabriel Ringlet, vous me comprendrez.
Si vous ne le connaissez pas, lisez-le. Je suis différente depuis cette lecture. Je vous souhaite la même grâce.
LORRAINE
Gabriel Ringlet est un écrivain, poète et théologien belge. Prêtre catholique depuis 1970, il est également professeur de journalisme et d’ethnologie de la presse à l’Université catholique de Louvain. , où il a exercé la fonction de Vice-recteur aux affaires étudiantes, puis de Pro-Recteur aux affaires régionales et culturelles. Il a été admis à l’éméritat le 1er octobre 2008.
« Ceci est ton corps » Editions Albin Michel. – 230 p.
