16 novembre 2009
CARROUSEL
Un automne mouillé rôde sur les rues.
Tournez le coin : le vent y est
Il jette au visage feuilles et parfums.
Vous allez. La place vous attend
Plantée d’un carrousel
Qui s’enrhume sous la pluie.
Le toit penché ruisselle
La musique berce le crépuscule
Qui déjà sent décembre
Un enfant seul vit son épopée
Dans un avion d’argent
Et dans les flaque d’eau
Se dessine votre ombre
Un homme passa.
Ses cheveux roux dans le vent
Lui faisaient une auréole
Il était joyeux puisqu’il sifflait
Sous la pluie.
Vous l’avez peut-être vu.
Moi qui l’ai rencontré
J’ai répondu à son sourire
Et nous sommes partis
Par nos routes qui se tournaient le dos.
LORRAINE
14 novembre 2009
BLUES
Deux angelots de
porcelaine
Jouent du flûteau
sur mon bahut
Ils composent à
perdre haleine
La complainte du
temps perdu.
Je les entends
dans le silence
Fredonner le
refrain ténu
Qui s’apparente à
une danse
Du pays d’où ils
sont issus.
Nul n’en sait
rien, mais moi je pense
Qu’ils
s’envolent, le soir venu,
Chanter, dans le ciel noir immense
De très vieux airs
que j’ai connus.
C’est surtout
quand j’ai de la peine
Que leur rondeau
est bienvenu.
Il me console et
il m’entraîne
Dans mes souvenirs
éperdus.
Puissions, quand le chagrin élance
Le cœur de ses
assauts pointus
Retrouver la douce
romance
Des angelots qui
se sont tus.
LORRAINE

Photo MVH (Palais de Versailles)
27 octobre 2009
LE BALLET DES FEES
Le clair de lune a mis son or sur le gazon
Un ineffable essaim descend dans la clairière
Le doux son d'un flûteau murmure sa chanson
Et des robes d'argent tournent dans la bruyère
Les fées dans la prairie s'en sont venues danser
Mélusine d'abord toute de mousseline
Un rubis sur le front, les cheveux emmêlé
Fluide et insaisissable en la nuit cristalline
La fée Tatiana penchée sur le ruisseau
Se voit dans le halo d'une étoile filante
Qui éclaire un instant le joueur de pipeau
Agenouillé près d'elle, son amie, son amante
La ronde s'échevèle en un clair tourbillon
De jupons, de rubans, de tuniques soyeuses
La Fée Bleue s'envolant ressemble au papillon
Et Lilas resplendit en sa blondeur radieuse
La Dame Blanche lors mène la sarabande
Par-dessus les étangs, les villes, les coteaux
Et les fées dans le soir regagnent Brocéliande
Sa magie éternelle et les tours du château
LORRAINE

23 octobre 2009
QUAND L'AMPLE ALEXANDRIN
Quand l’ample alexandrin
s’en vient à ma rencontre
Ses douze pieds chaussés de
sandales d’argent
Je salue ce seigneur qui
déjà me démontre
Que pour bien cadencer il
faut être exigeant
Il semble dédaigner
l’aimable octosyllabe
Qui sur ses huit petons arrive
en fredonnant
La tetra, la quadri ou la
monosyllabe
Manquent de majesté, dit-il
en m’entraînant
Je le suis de mon mieux. Il
lorgne la césure
Traque les assonances et la
rime en écho
S’il m’assomme un peu trop,
un rire me rassure
C’est un petit quatrain qui
m’emballe illico
Lui et moi nous allons
vagabonder ensemble
Nous sautons des ruisseaux
en nous donnant la main
Et si je l’aime bien c’est
que je lui ressemble
Même si je chéris le bel
alexandrin !
LORRAINE
21 octobre 2009
LE MONASTERE
J'aime du monastère où le silence prie
Les pas à tout jamais perdus dans les allées
La chapelle isolée, la Vierge que supplie
Un moine agenouillé sur la pierre dallée 
Une aurore automnale allume les vitraux
Comme vacille un cierge aux pieds de la Madone
Là-bas, serait-ce donc le chant d'un pastoureau
Ou celui du pêcheur que l'angelus pardonne?
Les colonnes voûtées soutiennent leurs arceaux
Le long des galeries où le soleil frissonne
L'ombre qui s'y faufile esquisse les meneaux
Des fenêtres gothiques où l'on ne voit personne
La rumeur du dehors s'est arrêtée ici
Au seuil du jardin clos sur la paix monacale
Et le choeur que module un écho adouci
Evoque avec ferveur la joie dominicale
LORRAINE
Photo: Cloître du Monastère des Carmes - Ploermel
29 septembre 2009
ADIEU AU SOLEIL
L’appel inconsolé du vent dans la ramure
Me murmure pourtant que l’été est au Sud
Que le soleil tressaille
Et vibre et tourbillonne
Le mandarin doré connaît la canicule
Mais le soleil pour moi est un peu funambule
Il invente des tours à faire pâlir d’envie
L’Arlequin au pied fin sur son fil argenté
Qui danse dans le soir
Eclairé de lampions
Le soleil comme lui scintille et disparaît
Laissant mon cœur hagard comme un lion sans rets
Le voici ! Le voilà ! Non ! Il se cache encore
La fontaine roucoule et le soleil s’y noie
Je l’ai perdu, voyez,
Sous les arbres il se coule
Il s’aplatit si fort que personne ne voit
Qu’il nous a dit adieu et ne reviendra pas.
LORRAINE
25 septembre 2009
AUTOMNE D'AUTREFOIS
Lorsque le ciel descend derrière les toitures
Et qu’un oiseau tardif chante un solo mineur
Je sens venir l’automne qui déjà me torture
Des souvenirs volés à mon ancien bonheur
Je revois les sentiers de la forêt voisine
Le ruisseau clapotant, le kiosque déserté,
L’étang immense et nu dont la berge s’incline
Vers la barque endormie comme le bel été
Un parfum de bois sec me rappelle l’ivresse
De septembre mourant dans la douceur du soir
Le contour indécis d’un chemin de traverse
Me conduit au vieux banc où je reviens m’asseoir
L’automne somptueux me raconte à mi-voix
Notre histoire d’amour dont il a souvenance
Je me sens apaisée puisqu’il parle de toi
Puis je rentre chez nous écouter le silence.
LORRAINE
22 septembre 2009
BAL A BOUGIVAL
Tu descends du tableau, je suis figée d’émoi
Ta jupe balancée empoussière mes yeux
A l’instant tu dansais dans ce cadre de bois
Puis tu t’es envolée d’un petit saut gracieux
Belle de Bougival, captive de Renoir
Ta beauté le troubla en ce soir bienheureux
Il t’immortalisa en gardant la mémoire
De ton corps alangui entre des bras fougueux
Tableau qui m’ensorcelle jusqu’à la déraison
D’une infime musique j’entends encor la voix
Le bal de Bougival me donne l’illusion
D’entrer dans la guinguette où jadis on t’aima
Le temps s’est arrêté. Du bout de son pinceau
Renoir a esquissé l’ébauche d’un roman
D’un léger coup de reins la belle en son tableau
A retrouvé la pose, le rythme et le galant
Et sur ma rêverie tombe comme un rideau
Qu’il était beau le temps des cannes à pommeau !
LORRAINE
20 septembre 2009
DEJA L'AUTOMNE
L’été s’est enfui
Sans murmurer son adieu
Quand reviendra-t-il ?
L’heure fait silence
L’entre-deux saisons palpite
Sur un fil de soie
Dans le chemin sec
La brise a l’odeur du temps
L’oiseau bleu se tait
L’automne descend
Comme un prince sur ses terres
Le ciel est immense
L’horizon pâlit
Une cloche tinte au loin
La chapelle prie
Un écho répond
Frémissement invisible
Telle l’espérance
LORRAINE
07 septembre 2009
INESTIMABLE OUBLI
L’oubli gambade, me suit pas à pas
Je ne sais plus qui tu étais
Et ton souvenir sans éclat
Se perd dans un brouillard discret
L’oubli m’entraîne, il est pressé
Il souffle sur mes amours mortes
Il me houspille et il m’emporte
Je me moque de mon passé
Il me prend par la main, il court
Me lance sa poussière d’or
Et l’espoir m’entraîne à son tour
Très loin de toi et sans remords
L’oubli opulent est passé
Effaçant tes traits et ma peine
Et si je me sens si sereine
C’est que j’ai cessé de t’aimer
LORRAINE

