03 juillet 2009
SOLEIL
Libellule bleue
Tu virevoltes
Etang
Jarre de soleil
Eau qui déborde
Jardin
Un corps s’allonge
L’herbe frissonne
Printemps
Bouquet de roses
Ta main se pose
Amour
LORRAINE

Etang du Flaquet - (perdrelenord.free.fr)
18 mai 2009
LE PETIT BONHEUR
J’ai laissé ma voiture juste avant le pont, mon bureau d’architecte est de l’autre côté et je porte mes souliers bruns en veau fin, souple, des souliers d’homme élégant. Je chantonne aussi à bouche close :
« C’est un petit bonheur que j’avais ramassé, il était tout en pleurs sur le bord d’un fossé.
Ca tourne dans ma tête. Il fait un de ces soleils d’automne à vous coller l’envie de tout plaquer, de vous envoler par-dessus les arbres et de planer, loin. Alors, j’ai bifurqué, oui, d’un coup, comme ça sans me consulter vraiment, j’ai quitté le trottoir et coupant à travers une prairie, je suis parti vers le sous-bois dont je vois la cime se balancer. Une envie folle d’odeurs humides, de sentiers détrempés, une envie d’étang boueux et verdi. Et toujours cette rengaine du « P’tit bonheur ». Je marche. J’aurais dû mettre mes basketts. Mais je suis bien. J’entends le rare appel d’un corbeau,
le doux grésillement d’un écureuil discret, la voix plaintive d’une fleur. Une fleur ?... Une fleur d’automne comme je n’en ai jamais vu. Assise au bord de l’eau, sa corolle de pétales mauves humides de brume, elle a les larmes aux yeux. Enfin, c’est incroyable, une fleur ne parle pas ! Mais elle insiste, elle dit :
« Monsieur, emmenez-moi, chez vous emportez-moi »...
Je me secoue : impossible, ce sont les mots de la chanson, elle ne peut pas savoir que je la fredonnais, elle est sorcière, cette fleur ! Une fleur ?..
Alors, j’ai bien regardé. Non, c’est une toute petite femme triste, haute comme une tige, qui tend vers moi des bras de verdure, des yeux de myosotis. Agenouillé près d’elle, dans le chemin détrempé, je l’ai prise dans ma main. Elle a souri, s’est assise dans ma paume, puis, couchée en rond, comme un chat, elle s’est endormie.
Je l’ai emportée dans la poche de mon veston. Nous allons nous marier. Demain, je la présente à ma mère. Elle sera contente.
LORRAINE
13 mai 2009
AUBE

Une frange de ciel dans l’étang clair s’immisce
Puis s’en va effleurer la pointe des roseaux
Un écureuil furtif dans le matin se glisse
Le silence frémit d’un murmure d’oiseaux.
Le jardin a son air d’herbe douce et pensive
Le rosier s’échevèle en boutons frais éclos
Une enfant tôt levée sur le banc s’est assise
Un train hurle très loin et redit son écho
Rien ne bouge vraiment en cette heure létale
Elle attend le soleil éblouissant du jour.
Les fleurs ont la couleur de l’aube qui étale
Ses parterres odorants comme des mots d’amour.
LORRAINE
16 janvier 2009
PLUIE MULTIPLE
Pluie aux reflets d’argent
Nue comme un soir d’automne
Tu baignes dans l’étang
Ton ombre qui frissonne
Pluie aux baisers glacés
Sur mes bras ta morsure
Brûle comme un passé
Dont la douleur m’emmure
Pluie au goût de chagrin
Doucereuse et amère
Tu dérobes au jardin
Le miel et la bruyère
Pluie aux arbres tordus
Quand le vent carillonne
Ton murmure n’est plus
Qu’un doux chant monotone
Et puisque s’est noyé
Ton parfum saltimbanque
Le rire déployé
De ta folie me manque
LORRAINE

Pluie lointaine
(Shollouam - Flikr Common)
21 novembre 2008
A GIVERNY

L’ombre mauve des nymphéas
Le sentier délicat
Et je ne sais quel charme
M’ont attardée longtemps
Près des fleurs qui là-bas
Me chantaient à l’oreille
Un air qui me désarme
J’avais cent ans de moins tout à coup,
Une ombrelle et l’âme éperdue
D’être jeune et belle
Le long de cet étang où bruissait un grillon
Et que volaient, nonchalamment,
Des papillons
Le fastueux jardin, la villa, Giverny,
Ont si bien évoqué Monet à sa peinture
Que je fus cette errante dont le passé murmure
Habillée de lin blanc et que la démesure
Emporta pour deux heures au pays du néant
Où les fantômes existent ou alors font semblant
LORRAINE
