15 octobre 2009
Qu'as-tu fait des mots ?
Tu les connaissais, tu les lançais en l'air comme une musique drôle, comme un vol d'hirondelles, comme une espérance. Ils étaient ta gaîté et ta force. Et mon amour.
Qu'as-tu fait des mots
Tu me disais : « Toi, la seule femme que j'ai jamais pu aimer » et j'enfermais ces mots dans l'éblouissement de mon cœur. Tu aimais aussi le silence. Le silence tissé de mots accourus comme des petits confidents muets, et qui te permettaient de penser, longtemps, la main arrêtée sur la feuille où tu allais écrire. Enfin, tu écrivais
Et les mots se pressaient, se bousculaient, s'essoufflaient. Car tu interrogeais le monde, tu te posais les questions douloureuses auxquelles il n'y a point de réponse. Tu citais les philosophes, tu t'abîmais dans leurs livres et tu me revenais différent, lointain, tourmenté.
Ah ! les mots ! Tu les as tous utilisés, les mots d'amour et les mots dont la pointe acérée blesse, car tu avais l'art de la riposte et celui de l'introspection. Et cet art aigu des questions perfides qui, au début font sourire mais finissent par écorcher. Je n'aimais pas les mots jaloux ni ton talent raffiné d'inquisiteur. Le mot à l'allure désinvolte, le mot tendancieux, le mot autoritaire, celui qui condamne et celui qui ne veut rien entendre, je les connais tous. Et aussi les mots de pardon.
Qu'as-tu fait des mots ?
Une longue histoire de souvenirs entrelacés, où se glissent les rires de bonheur et les amertumes.
Qu'as-tu fait des mots ?
L'histoire d'une vie. La mienne.
LORRAINE
30 juillet 2009
PUISQUE VOUS PARTEZ EN VOYAGE...
Il me revient cette petite merveille de chanson où la voix acidulée de Mireille alternait avec celle de Jean Sablon . J’imaginais, oh ! oui, comme j’imaginais ! ce quai de gare et ce visage pointu de jeune femme sous le chapeau cloche incliné sur le front et ce jeune homme en cravate élégante, les cheveux lustrés vers l’arrière.
Un couple, comme on l’imagine à 13 ans, un couple d’amoureux beaux, fervents et tendres, délicats et sincères, où rien n’égratigne, où rien ne blesse, où tout sera lumineux, toujours, toute la vie. Aussi loin que peut l’imaginer la petite fille de 13 ans, bercée depuis toujours par des chansons d’amour psalmodiées par les artistes de l’époque.
Puisque vous partez en voyage
Puisque nous nous quittons ce soir
Mon cœur fait son apprentissage
Je veux sourire avec courage...
Ce duo où se répondaient des accents de plus en plus déchirants, me chantait à l’oreille, le soir pour que je rêve. Sait-on comment les petites filles de ce temps-là croyaient à l’amour ? A un amour violent, imprévu, rencontré par hasard et qui se révèle à l‘instant ! Un amour non précédé d’amourette, un seul amour , LE seul amour !
Quel climat magique, quelle naïve crédulité ! La chanson à elle seule
imprégnait nos sensibilités ferventes...et celles qui se trompèrent d’inconnus souffrirent d’un mal difficilement consolable. Mais les autres furent heureuses, bercées par la certitude que les chansons ne se trompaient jamais. Et elles firent en sorte que ce soit vrai...
Le bruit s’est insinué jusque dans les chansons. Comment voulez-vous qu’aujourd’hui les jeunes filles qui partent en voyage entendent encore l’aveu soupiré dans le brouhaha les hauts-parleurs ?...Et, surtout, qu’elles y croient ?
PASSANTE
Cette très belle photo est empruntée au site cliketclak.skynetblogs.be (quai de gare Jonfosse - Liège)
10 juillet 2009
LA PRECIEUSE
Que m’importe, Monsieur, que vous m’aimiez ce soir ?
Demain vous verra sot et après demain même
Puisque l’esprit vous vient quand vous avez l’espoir
Que je vous aimerai, et non que je vous aime !
Si je vous aimerai ? Vraiment, qui peut le dire ?
Parfois comme un rayon fait chavirer mon cœur.
Votre air de tragédie, entre nous, me fait rire
Et je pense à part moi vous présenter ma sœur !
Dites-moi donc comment ce mal inexpliqué
Qu’on appelle l’amour vous brûla de sa flamme.
Vous m’avez aperçue dans le chemin boisé
Près de l’étang lunaire où parfois le cerf brame ?
Laissez ma main, voyons ! Contez-moi l’épopée
Qui vous précipita, sans autre conséquence
Que vous voir éperdu et la guimpe fripée
Quand j’exulte à cœur joie de vos extravagances !
Vous m’aimez ? Que c’est bien ! Vous m’aimez ? Que c’est beau !
Et la Carte du Tendre invite au doux langage.
Mais si je suis marquise, vous êtes hobereau,
Ce que vous éprouvez, dites-le sans ambages.
Vous ne pouvez parler ? Mon exigence est vaine ?
Vous balbutiez d’émoi, votre cœur déraisonne !
Mais je veux être aimée, Monsieur, comme une reine
Et non comme Margot dont le caquet claironne.
L’heure fraîchit. Bonsoir. Vous reviendrez demain.
Souffrez que je sois belle, apprenez à le dire :
Un rondeau, un sonnet, un poème divin,
Trouvez quelques beaux vers et prenez votre lyre.
Et je vous aimerai, Monsieur, je vous l’assure,
Conquise par l’amant érudit et lettré.
Car seuls les mots choisis donneront la mesure
De votre cœur épris à jamais consumé.
LORRAINE
Ecrit pour le plaisir d’une digression qui remonte les siècles.
(Tableau de François Bouchez:Madame Bergeret)

08 mai 2009
SE COMPRENDRE...OU S'ACCEPTER?
Lui, je l’ai certainement fait souffrir.Sans le vouloir. On ne passe pas une vie ensemble dans l’harmonie absolue, ni même dans une harmonie relative. La vague de passion des premiers mois, des premières années s’assagit peu à peu. Le rêve d’amour devient l’amour, tout simplement. Celui qui durera longtemps, toute la vie peut-être. Ou celui qui va s’effriter aux parois de l’habitude, des petits travers, des grandes incompréhensions.
Moi, il m’a certainement fait souffrir. Sans le vouloir. Pour d’autres raisons, en d’autres circonstances, par d’autres mots ou d’autres attitudes. En fin de parcours, nous étions probablement à égalité. Et nous sommes restés ensemble...et heureux !
Je vois des couples aujourd’hui partis dans l’euphorie
se défaire sans retour. Ils se sont déchirés. Ils en souffrent et pourtant ils se quittent. Pourquoi ? Ils croyaient « se comprendre ». Ils n’ont pas pu "s’accepter ».
IDEALISME OU REFUS DES REALITES ?
Nous n’évoluons pas nécessairement au même rythme. Les personnalités s’affirment, les contrastes se marquent. je prends un exemple:
Bruno et Françoise s’aiment depuis l’adolescence. Elle appréciait alors ses qualités et particulièrement :
- Sa faculté d’écoute. Aujourd’hui elle en déduit qu’il est tout bonnement taiseux.
- Son calme. Il la détendait. Maintenant elle y voit de l’indifférence.
- Son humour. Mais ne cache-t-il pas simplement la pirouette d’un homme désabusé, qui tourne les choses en dérision pour en souffrir moins ?
Les questions se posent. Lui aussi a évolué. Il ne la juge plus spontanée, mais irréfléchie. Aimant se confier à lui, mais bavarde. Débordante d’idées, mais fatigante. Ils n’ont pas cessé de s’aimer, mais la vie a influencé les visions de chacun et une certaine déception les trouble.
- On ne se comprend plus, disent-ils. Il (ou elle) a changé.
Pas vraiment. Il et elle étaient ce taiseux, cette irréfléchie, mais au début ils ne l’ont pas vu. Ces traits de caractère qu’on amène avec soi dans le couple, les corrigeront-ils ? Avec du bon sens, de la bonne volonté et sans acrimonie, dans une certaine mesure on peut adoucir ce qui inquiète ou énerve l’autre. Mais seulement quand il s’agit de « travers » et non de ces défauts brutaux qui tuent l’amour (violence, autoritarisme, tromperie sentimentale, et j’en passe).
On ne peut tout apprécier chez l’autre. Nous ne sommes pas faits de la même pâte et
l’on peut très bien ne pas « comprendre » l’engouement d’un mari pour la pêche à la ligne, l’aviron ou la collection de bricoles, mais l’accepter. Et, en fin de compte, ce « taiseux » peut se montrer un excellent amphitryon dans les réunions amicales qu’elle aime et cette irréfléchie fera silence quand il se plongera dans ses lectures philosophiques sans dire un mot de toute la soirée.
Certes, il faut à la base de l’amour et une dose d’intelligence. Se heurter pour avoir raison précipite les couples vers la rupture. S’accepter avec ses différences et ses affinités peut mener au bout du chemin.
Un mot encore. Le coup de foudre essentiellement physique jette dans les bras l’un de l’autre des êtres qu’une attirance extrème aveugle. Ils ne s’inquiètent des traits de caractère que plus tard, au moment où ceux-ci s’expriment quelquefois à la stupeur effarée de l’autre. Eux aussi croyaient se comprendre...Il leur faudra apprendre à s’accepter » !
PASSANTE
31 octobre 2008
L'AMOUR A UN FIL
Le premier baiser
Du premier amour
Doucement posé
Sur ta bouche close
Pur comme un pétale
Tombé d’une rose
Parle du passé
Parti sans retour
Le premier aveu
Sous le vent d’automne
Le parc embrumé
L’arbre qui frisonne
Souvenir d’un soir
Au bonheur pluvieux
En ton cœur résonne
Son écho frileux
Le premier chagrin
La première peine
Tes yeux étonnés
Le jeu des soupçons
La confiance feinte
Le jeu des questions
L’amour a un fil
Balance sa crainte
LORRAINE
