14 novembre 2009
BLUES
Deux angelots de
porcelaine
Jouent du flûteau
sur mon bahut
Ils composent à
perdre haleine
La complainte du
temps perdu.
Je les entends
dans le silence
Fredonner le
refrain ténu
Qui s’apparente à
une danse
Du pays d’où ils
sont issus.
Nul n’en sait
rien, mais moi je pense
Qu’ils
s’envolent, le soir venu,
Chanter, dans le ciel noir immense
De très vieux airs
que j’ai connus.
C’est surtout
quand j’ai de la peine
Que leur rondeau
est bienvenu.
Il me console et
il m’entraîne
Dans mes souvenirs
éperdus.
Puissions, quand le chagrin élance
Le cœur de ses
assauts pointus
Retrouver la douce
romance
Des angelots qui
se sont tus.
LORRAINE

Photo MVH (Palais de Versailles)
11 mai 2009
AU TEMPS DES PROCESSIONS
Ce souvenir, comme une photo un peu effacée, me revient en mémoire : petit bout de fille de 4 ans, habillée en page, je marche dans la rue. Un ange aux ailes déployées me donne la main, nous précédons une Vierge dont la traîne et soutenue par d’autres petits pages surveillés par d’autres anges. C’est ma première procession.
Un peu plus grande, je tiens un panier plein de pétales de roses. Toute la classe va au pas, en robe blanche, et nous lançons les pétales qui font un tapis sur le sol et sentent bon.
A 12 ans, j’appartiens à l’escadron des « Croisés » exhibant comme de juste, une croix sur ma tunique et dotée d’une épée en carton !.. Et l’année d’après (la dernière) je processionne parmi un essaim d’anges bouclés. La couronne dorée s’encastre bien dans nos cheveux coiffés...à l’ange, comme c’était la mode cette saison-là !
J’ai oublié les visages mais je me souviens des mains prestes des institutrices qu rajustaient un nœud par-ci, une dentelle par-là. On se bousculait un peu dans la fièvre des préparatifs. Nous avions répété le défilé dans la salle de gymnastique la semaine précédente, les plus petites devant, les plus grandes derrière.
On réclamait : « Je voudrais être à côté d’Andrée, Mademoiselle, s’il vous plaît ! ». « Elle est trop petite. Tant pis pour les amies ! Andrée, viens ici, au premier rang . C’est une procession, pas une récréation ! Lorraine, reste tranquille, ton aile est de travers. Je t’arrange ça ».
Puis Adrienne faisait son entrée en Vierge. C’était une grande perche mais dans sa robe d’azur, les mains jointes et les yeux au ciel, elle nous inspirait un curieux respect qui tenait du sacré !
C’étaient des processions de ville. Nous traversions des quartiers bourgeois, des quartiers populaires. A l’approche du St Sacrement, les hommes ôtaient leur chapeau ou leur casquette. Maman se tenait devant la maison, nous échangions un sourire furtif puis je reprenais le pas que j’avais perdu quelques secondes. A certaines fenêtres, des bougies étaient allumées.
Et nous allions, disciplinées et vaguement conscientes d’une mission dont l’importance nous échappait.
Une sorte de paix entre les hommes, peut-être...
LORRAINE
09 mai 2009
IL TOURNA CASAQUE...
Après quelques minutes de marche, il s’envola sur la pointe de ses ailes. Elles venaient de lui pousser. Il prit le tournant qui menait à la mer poursuivi par les cris affolés de sa femme et ne lui jeta pas un seul regard.
Il sentait le vent dans les membranes encore un peu froissées et il les déplia doucement car il voulait les déployer à fond et les montrer à la terre entière.
Il se déposa sur le rebord de la cathédrale Sts Michel et Gudule, à Bruxelles, près des gargouilles et admira le tissu duveteux mais néanmoins solide des ailes d’un blanc azuré.
Puis il reprit son envol, en essayant de freiner ou d’accélérer le rythme.
En réalité, il n’avait aucune envie encore d’aller au bord de mer. Il la connaissait trop, un autre itinéraire aurait le charme de la découverte et l’empêcherait de déprimer.
Il tourna donc casaque, n’eut aucune difficulté à trouver le chemin et se déposa enfin, doux et tranquille, à l’ombre d’un cocotier où deux sculpturales polynésiennes dansaient le tamuré.
LORRAINE
Photo:www.1voyage.com
20 mars 2009
LE MONDE INVISIBLE
Je suis un oiseau bleu, je vole, invisible. Et j’habite un monde
invisible lui aussi. Qui le peuple ? Deux anges jumeaux, l’un rose,
l’autre vert, leurs ailes duveteuses nous frôlent avec la douceur d’un
pétale de coquelicot ; ils jouent à être des skieurs et glissent sur
un nuage. Leur allure effrénée effarouche la libellule qui se réfugie
auprès de la rassurante Ophélie, une fée de conte échappée d’un livre
un jour qu’il était resté ouvert par inadvertance.
Une hirondelle vit avec nous. Un soir d’orage, comme le tonnerre crevait les nuages, elle est montée si haut qu’elle nous a rejoints dans sa trajectoire. Elle pépie parfois avec le fantôme qui depuis des siècles cherche qui il est . Peut-être fils de radjah ? Il a un diamant sur le front qui nous éclaire quand la nuit tombe.
Voici mon grand ami, l’accent circonflexe, toujours prêt
à chapeauter quiconque. Un voltigeur aux longues jambes nous est arrivé par hasard. Un bond gigantesque l’a assis auprès du Pierrot lunaire qui justement prenait le frais au bord du ciel.
Le voltigeur tenait contre son cœur la souris blanche, un peu effrayée mais si vite apprivoisée qu’elle est devenue notre mascotte.
Elle flirte parfois avec le papillon bleu étoilé de jaune safran. Ils se parlent un langage connu d’eux seuls.
Vous ne connaissiez pas le monde invisible ? Il suffit de fermer les yeux.
LORRAINE
