31 octobre 2009
BONJOUR, RITA (suite)
Le lendemain matin, au bruit de mes pas, elle dressa la tête, entrouvrit les paupière, montrant le fil doré d'un regard circonspect, bailla ingénument et s'assit. Mon gilet tourneboulé lui plaisait sans doute, car elle s'y prélassa encore un instant avant de sauter sur le sol d'un bond silencieux.
"Miaw", dit-elle, vite et bien. C'est un ordre. Mais comme je n'ai pas tout à fait compris, elle répète "Miaw", impérieuse et, me semble-t-il, impatiente. Oh! elle ne grommelle pas comme un chat des rues: "A la soupe!", non, c'est une petite chatte fringante et bien élevée, probablement habitué à être servie. Et je al sers sur-le-champ, avec promptitude et déférence comme tous ceux qui croient avoir adopté un chat et se retrouvent, en cinq sec, son esclave...
Rita allait, dès ce matin-là, régenter en douceur mes habitudes. Elle fit avec sagacité l'inspection de la cuisine, puis rassurée, se frotta à mes jambes, tournant sur la pointe de es pattes, et je la pris contre moi. Un coup de sonnette la fit tressaillir et son échine se tendit.
- C'est le laitier, petite sotte!
Il passait encore en ce temps-là, ses bidons de lait frais dans une charrette tirée par un cheval. Quand je remontai, Rita assise sur l'appui de fenêtre, contemplait la maison voisine. Nous étions côté cour et de mon entresol j'apercevais ces paysages hétéroclites des faubourgs qui entremêlent des jardins exigus et des chemins de terre, des courettes ouvrant sur un atelier et juste sous moi, protégeant le rez-de-chaussée, la véranda qui 'accolait au mur mitoyen, puis le toit grimpant d'une grange voisine.
C'est par là que Rita prit la clef des champs la première fois que j'oubliai de fermer la croisée. Je poussai un cri d'effroi: "Rita!..."
Là-bas, trottinante, elle arrivait sur le sommet d'un hangar et s'apprêtait à grimper dans les branches d'un pommier que l'hiver avait dépouillé. A mon appel, elle se retourne puis n'hésite guère et enjambe d'un bond l'espace qui la sépare de l'arbre. Je me fais enjôleuse, l'appelle à voix feutrée d'abord, à la fois inquiète et curieuse. Va-t-elle répondre? Tu parles!...Je viens de lancer pour la première fois ce nom auxquels les voisins s'accoutumeront, non sans en sourire...ou s'en moquer!
Le crépuscule nous la ramène par je ne sais quel chemin des écoliers, qu'elle emprunterait encore et encore pour nous revenir fidèlement le soir; sa fourrure sent les feuilles mortes, mais son regard de petite chatte nous dit l'affection la plus sereine. C'est notre chatte, la chatte du soir, qui nous tient dès lors compagnie malgré les appels félins qui montent sur les jardins. Sa grande jeunesse se contente de notre présence et quand, après souper, nous rejoignons l'étage où un salon exigu prolonge la chambre, sachant nos habitudes elle nous devance.
La vie d'un chat est faite de petites scènes répétitives qui tissent des liens, marquent des traces.
Tout comme elle a plusieurs intonations de voix, des langages pour exiger son repas, demander la sortie, proférer des mots de tendresse ou au contraire refuser une main offerte, elle sait mettre de la hauteur ou de la distance dans nos tête-à-tête, mais aussi, parfois, combien de câlinerie et de grâce!
PASSANTE (A suivre)
Photo: MVH
28 octobre 2009
BONJOUR, RITA!
Un matin de septembre 1945, Maurice et moi nous nous mariâmes. Il mit son costume bleu de 1939, un peu fatigué mais toujours élégant ; dans un complet de mon frère aîné, un ami couturier coupa un tailleur près du corps, parfait pour mes 50 kilos et nous eûmes l’incroyable chance de trouver, grâce à la mère d’une cousine éloignée, un appartement de trois pièces (deux au premier, une à l’entresol), au bout d’une rue modeste, surmontée par les talus du chemin de fer. En ouvrant nos fenêtres, nous voyions l’express Paris-Bruxelles (dont on entendait de loin le halètement monstrueux) et d’interminables trains de marchandises
Nous étions insolemment heureux, comme on l’est à vingt ans au sortir d’une guerre, sans un sou en poche et meublés au petit bonheur la chance ; nous avions farfouillé dans les remises poussiéreuses des magasins de bric-à-brac, d’où provenaient une petite armoire en contreplaqué à l’air oriental, un solide bahut, une table de salon, un poële brûle-tout appelé « diable », une bibliothèque murale et un coffre capitonné qui servait aussi de siège. Une cuisine héritée du Fonds d’Aide aux sinistrés et une chambre de même provenance complétaient notre mobilier. Maurice entra comme secrétaire au « Face-à-Main », hebdomadaire paru dès le départ des Allemands, moi je m’étais inscrite comme intérimaire chez « Dactylo-Secours ». Rien ne manquait à notre bonheur. Du moins le pensions-nous.
Un
ami d’enfance de mon mari arriva un soir, tenant contre son cœur dans la poche
intérieure de son pardessus, une petite chatte noire qui poussa la tête en
miaulant et s'enfuit dans la cuisine.
-Je n’ai pas eu le courage de la porter au refuge pour animaux, conclut-il. C’était la condamner à mort. Alors, j’ai pensé à vous.
- Tu es bien bon, dit Maurice .
Je m’aplatis devant la cuisinière en céramique. Tout au fond, contre le mur, deux yeux effrayés me scrutaient.
- Viens, Rita, viens ma belle…
- Ce n’est pas un nom de chat, voyons, protesta Maurice
- Mais si, c’est le sien, maintenant. Viens, ma jolie.
Réticente, la jolie resta tapie. Inaccessible, sourde à ma voix, toute reculée contre la cheminée, sur la défensive et gardant ses distances.
- Si tu lui donnais du lait, tu ne crois pas ?
Le bon sens du mari, bien sûr ! J’ai approché la soucoupe. Elle s’est détachée de l’ombre, rampant prudemment à mi-chemin, avançant une patte, puis l’autre, l’œil effaré mais néanmoins gourmand. Nous retenions notre souffle. Elle aussi. Le temps de nous jauger, elle pencha résolument son museau noir dans le lait tiède et but à petites éclaboussures. Une goutte lui resta sur le nez tandis que, d’un pas glissant, elle s’extrayait tout à fait de dessous le fourneau, mince, élégante, et le sachant.
Elle marcha comme si elle défilait, sauta sur la chaise où j’avais posé mon cardigan, nous toisa, le pétrit consciencieusement, tourna un peu en rond et, enfin satisfaite, se coucha. Ses yeux d’or se fermèrent comme se ferment des rideaux sur la nuit étoilée.
Nous ne le savions pas encore : nous n’étions plus maîtres chez nous, nous avions une chatte !
PASSANTE (A suivre)
photo: Mel 1St (Flickr - Creative Commons)
08 août 2009
PLUS DE 3.000 ANIMAUX PAR AN...
Ils sont abandonnés, maltraités, trouvés, errants dans la campagne ou dans la rue ; ils sont maigres, malheureux, certains sont à bout de forces, quelques-uns seulement arrivent parce que leur maître ou leur maîtresse est décédé et que personne, dans l’entourage, ne peut les accueillir.
Alors « Animaux en Péril » s’en charge – et d’autres associations similaires, sans aucun doute – et donne un toit, un abri, le boire et
le manger et les caresses qui rendront un peu d’espoir à ces chiens, ces chats, ces chèvres ou ces lapins, ces chevaux et animaux de ferme recueillis dans le refuge qui leur est ouvert.
J’ai visité ces refuges, je suis ressortie toute retournée d’émotion et d’admiration pour le travail accompli pour ces animaux sacrifiés par l’égoïsme humain ! Car trop de chatons, de chiots, sont achetés sur un coup de tête, par caprice, par fantaisie. Puis l’animal grandit, et il dérange. Il n’est pas une poupée immobile, il a son caractère, il a besoin d’un certain espace. Trop souvent, le maître, excédé, le met tout simplement à la rue...ou l’abandonne sur l’autoroute.
Je voulais
seulement le dire et inviter ceux qui habitent la Belgique à visiter « Animaux en Péril », leur magnifique chatterie, l’espace réservé aux chiens, le travail des bénévoles toujours présents , les soigneurs qui sortent les chiens dans les promenoirs extérieurs , etc. Vous pouvez aussi devenir membre adhérent (13 euros annuels). Si vous voulez être convaincus, voyez le site Web : www.animauxenpéril.be.
Et voici l’adresse : « Animaux en Péril », chemin de la Praye, 15 – 1420 BRAINE-L’ALLEUD (Belgique)
PASSANTE
