Cahier du Soir

Au soir de ma vie, j'écris mes souvenirs, des réflexions, des rêves, des poésies.

10 mars 2009

L'AVANCEE EN AGE (6)


                                                                                        3 octobre

    bonheur2Imagine-t-on devant les vieux couples les jeunes gens qu’ils furent ? On les connaît grands-parents, comme s’ils l’avaient toujours été.  Mais il reste de la sève dans ces arbres vieillis, celle qui nous relève chaque matin pour vivre un jour de plus. L’amour prend d’autres formes, il se calme, il devient comme une robe familière dont on connaît chaque pli, un profond attachement sans paroles, fait de présence, d’accords tacites, de connaissance venue depuis longtemps et de souvenirs.

    Ne nous serions-nous jamais disputés ? N’aurions-nous jamais opposé, aux arguments de l’un, la vivacité, l’irritation, voire la colère ? A me relire, on pourrait le croire !

    Quand je pense au passé, il me semble avoir vécu seulement le bonheur. C’et faux, évidemment ! Aucune existence ne se déroule sans moments d’amertume, sans reproches ni rancœur quelquefois. Pourtant, je dois faire effort pour me souvenir de nos querelles, mais elles ont bel et bien existé, aiguës et soudaines, comme une pluie d’été quand couve l’orage. Nous étions trop différents pour ne pas éprouver quelquefois une réaction qui égratignait comme un chardon ; je sortais mes griffes comme lui assénait ses griefs.  Nous étions de valeureux combattants ! Et pourtant, à première vue, je ne m’en souviens plus.

    C’est cela, l’amour. Un voile soudain qui descend sur les discordes, les gomme et enlève toute aspérité.


LES ORAGES, LES TEMPÊTES...                                        orage


    J’ai vraiment oublié que nous avons failli nous quitter. Tu te rappelles, j’étais excédée par tes soupçons, ta jalousie ; je m’insurgeais quand tu te relevais à 2 H. du matin, t’habillais fiévreusement et partait à grands pas pour calmer une colère qui t’empêchait de dormir et expliquée seulement quand tu revenais, une ou deux heures après, épuisé et repentant. Tu en avais assez, toi, de cette humeur souriante qui m’attirait des sympathies (trop, disais-tu, et toujours masculines !), des coups de téléphone de correspondants anonymes et muets quand tu prenais la communication.  Je n’en étais pas responsable mais tu prétendais le contraire, sans vouloir comprendre que ma profession mettait parfois sur ma route des hommes qui cherchaient l’aventure. Et me poursuivaient de leurs assiduités jusqu’à mon domicile. Agressif, tu refusais systématiquement de répondre au téléphone,  me disais avec insolence : « Décroche, c’est pour toi, tu le sais bien » et tu t’exaspérais quand je refusais.

    Nous nous sommes ainsi opposés longtemps ; je te trouvais injuste, je te soupçonnais de me suivre, je me révoltais de découvrir que j’avais raison. Si tu manquais de confiance en moi, je souffrais aussi de ton air taciturne, nous étions torturés tous les deux mais nous savions nous réconcilier et nous nous étions juré, dès avant le mariage, de ne jamais bouder. Ce qui a peut-être sauvé notre bonheur.

    L’amour véritable ne tient pas rancune. Les larmes versées, les nuits sans sommeil, les scènes, les explications, les justifications n’étaient finalement que la preuve d’un amour qui se débattait pour triompher, quoi qu’il arrive.

    Au fil du temps, nous avons oublié l’un et l’autre les jours gris, les discussions vaines, les petits coups de patte, les éclats de voix. Quand ils reviennent en mémoire on en sourit avec indulgence : comme nous étions jeunes, comme nous étions bêtes !  Tout reprend sa juste place, c’est aussi cela l’immense appoint de l’âge, un regard pacifié sur ce que fut une vie et une estimation plus vraie du bonheur et de ses ombres.

    Sans doute n’en est-il pas toujours ainsi. Les ménages sans affection, qui font cahin-caha le chemin ensemble, aggravent en cours de route les petits griefs et les grands reproches. L’agressivité engendre la riposte qui elle-même stimule l’agressivité. Nous connaissons tous ces longues disputailleries de vieux mariés qui échangent des griefs cent fois répétés. Rien ne changera plus, il est trop tard. Ils restent liés par l’habitude, si ce n’est par l’indifférence. Des êtres se perdent pour toujours sans s’être redit une parole d’espoir ou d’amitié. La mort les sépare brutalement et l’autre reste là, avec ses regrets de tout ce qui n’a pas été et le sentiment lancinant, quelquefois, d’en être responsable.

PASSANTE

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15 décembre 2008

ETRE OU DEVENIR SOI-MEME? (2)

    J'ai dit ce qu'il ne fallait pas, j'ai osé dire que leurs propos ne m'intéressent guère.

    Un murmure s’élève, Catherine se penche vers sa voisine, ses yeux fulminent ; Liliane, interloquée un instant, reprend ses esprits et me lance :

je_te_surveille

    « Qu’est-ce que tu dis ? Qu’est-ce que tu oses dire ?.. ; »

   DEUXIEME ROUND

    Le brouhaha approuve. Tout le monde me dévisage ; seul l’impassible psychologue réprime (oh ! très vite !) un sourire furtif. Il n’interviendra pas, il me laisse face aux mécontentes, aux furieuses, aux vexées qui attendent une explication. Quand Isabelle qu’on avait peu entendue, jette un regard circulaire puis dit nettement :

    - Moi, vous en pensez ce que vous voulez, mais  je trouve qu’elle a raison.

    C’est elle qu’on regarde maintenant, elle qui aurait pu se taire et parle ; elle qui endosse une opinion divergente et l’assume. Et enchaîne :

    - Parce qu’enfin on est ici pour apprendre à se connaître. Pas pour dire n’importe quoi...

     Chuchotements indignés.  Liliane repousse  brusquement sa chaise, le psy la foudroie du regard, elle se rassied, et sans acrimonie mais fermement, Catherine interrompt le branle-bas général:

    - Passons.. On reprend à l’interruption : « Lorraine, ce qu’on dit ne t’intéresse pas. Bon, possible. C’est ton droit.  Eh bien moi aussi je te donne mon avis : je trouve que tu joues un personnage ...

  masque_bleu_www  C’est parti comme une claque. Un défi. Les pions ont changé de mains. On me met sur la sellette. Bien fait pour moi. Isabelle jubile, je le vois à ses lèvres dont elle réprime le sourire, à son léger signe d’encouragement. On m’attend de pied ferme.  Bon, allons-y. D’autant qu’autour de la pièce où nous sommes rassemblées en cercle, la plupart approuvent.

    -Oui, tu es un personnage...On ne te « sens » pas...Il y a une vitre entre toi et nous. Tu es distante....C’est parce que tu es journaliste sans doute ? ...Tu nous éloignes...Tu te prends pour quelqu’un...

    Patatras ! Je suis un peu  assommée, mais surtout stupéfaite. Moi qui me croyais naturelle, simple, (et j’ajouterais : timide en certaines circonstances), je me découvre étrangère, supérieure, voire méprisante aux yeux des autres!...Je ne m’y attendais pas. C’est donc qu’il y a un problème. « Etre ou devenir soi-même » il va falloir que j’étudie cela de près...Mais pour l’instant, il faut surtout faire face. Et répondre !

 

Passante_rose

   
   

27 novembre 2008

JE SUIS (MOINS) EN COLERE (3)

    Est-ce à cause de mes appels explicatifs à la Poste ? A l’intervention de l’envoyeur du colis ? Aux efforts du personnel administratif ? Au facteur de Taxi-Post ? Je l’ignore. Mais mon paquet est arrivé comme si de rien n’était cette après-midi, nanti de deux étiquettes superposées. L’une, correcte, signalant sa présentation le 21 novembre en mon absence ; l’autre, erronée, indiquant : « A représenter le 27/11 » !...(Sur le formulaire, j’avais indiqué : le 25/11)

    Puisque cette « représentation » est normalement supprimée, il me reste à remercier les services postaux qui ont fait  une exception pour moi !

    Tout compte fait, je suis une veinarde !millemerci

PASSANTE

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