Cahier du Soir

Au soir de ma vie, j'écris mes souvenirs, des réflexions, des rêves, des poésies.

07 juin 2009

ROSINE ET L'ANGE

   

    blinkie20J’ai quatre ans, je suis une grande, maman l’a dit. C’est de nouveau Mademoiselle Raymonde l’institutrice, elle me demande :

    -Bonjour, Rosine, tu es contente de rentrer ?

Oui, je suis contente, je suis déjà venue quand j’étais petite. Là, j’avais peur, mais maintenant non. J’ai ma place juste devant le bureau, mon petit banc est ciré et sent bon. Armand s’assied à côté de moi, on se connaît, son papa me pince la joue quand il me voit, mais je n’ose pas dire que ça fait un peu mal. Il rit, il parle fort, mais il est gentil.

    Il y a plein de nouveaux, des qui pleurent, et des qui se collent à leur maman. Moi, j’ai pas pleuré. Je suis une grande.

    Melle Raymonde tape dans ses mains. « Un peu de silence ,on va chanter ». C’est difficile de chanter parce que Laurette crie tout haut « Maman, maman ! Où elle est, maman ? ».  On chante quand même. On entend moins Laurette quand on crie « « il faisait du vélo Pipo quand il était militaire, il faisait du vélo Pipo quand il était matelot »... J’aime bien cette chanson. Melle Raymonde claque encore une fois dans ses mains :

    « On va faire la prière ». Moi je sais. Je reconnais ma main droite. Mais Armand lève sa main gauche et d’autres aussi. Melle Raymonde tourne le dos à tout le monde et lève la main droite : « Faites tous comme moi » et tout le monde sait d’un coup comment faire. C’est drôle.

    Maintenant Melle Raymonde déroule une toile peinte pendue au tableau ; elle dit que c’est le ciel . Moi, je ne vois que des hommes et des dames à genoux, beaucoup, autour d’un homme qui a de la barbe et une couronne, comme le Prince de Blanche-Neige. Avec son bâton, Melle Raymonde montre ces gens et dit que ce sont des saints. Il y a aussi des anges avec des ailes.

    - Vous aussi, mes enfans, vous avez un ange gardien.ange_prie Il est près de vous tout le temps, mais vous ne le voyez pas.

    Je ne le vois pas ; mais puisqu’il est là, je lui fais une toute petite place sur le banc, entre Armand et moi. Armand s’assied dessus. Alors je le pousse très fort : « Recule, tu es sur l’ange ». Et maintenant Armand est par terre... Je ne sais pas comment ça se fait...

LORRAINE

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30 mars 2009

PRINTEMPS

    A_bient_t_grenouilleJ’ai vu le printemps. Il se prélassait dans les yeux du chat étendu au soleil, il sautait sur l’aile d’un oiseau bavard qui m’avait de bonne heure éveillée  et s’activait sous ma fenêtre en de mystérieux labeurs ; il s’étonnait dans le regard d’un petit enfant  et sur les branches gonflées de l’arbuste. Il était aussi dans le soir et dans le refrains lancinant d’un accordéon caché je ne sais où et qui étendait sur les prairies sa complainte nostalgique.

    J’ai vu le printemps dans les rues. Là il flânait en robe clairepromesse et allumait des cheveux fous.

    J’ai enfin trouvé le printemps en moi ; il me donnait envie de partir dans les bois et d’être neuve et d’avoir des chansons pour tous les jours. Et ce bout de printemps qui jouait à cache-cache avec le soleil, je vous le raconte pour le partager avec vous.

LORRAINE

03 décembre 2008

PERE NOEL, OU ES-TU?

   - Dis, maman, le Père Noël il est vieux. C’est sans doute son fils qu’on voit maintenant ?

    Ce petit garçon de six ans n’hésite pas une seconde.noel_P_re Il n’est pas dupe : le merveilleux s’effrite dans les mains des enfants d’aujourd’hui. Luc a donc tranché : Père Noël a un fils. La petite Laurence n’est pas plus crédule. Trop de sosies se pressent dans la rue, les vitrines ou les magasins. Elle n’imagine pas que Père Noël a le don d’apparaître ici ou là en même temps, en chair et en os, chaque fois différent  et toujours lui-même. Je me serais coupé la langue plutôt que douter et si le rubis au doigt devenait turquoise, qu’ici la barbe coupée en carré bouclait brusquement là en petits copeaux d’argent, c’étaient fantaisies célestes ! J’avais trop de respect pour poser les questions !

    Laurence, elle, s’inquiète :

    - Où est le vrai Père Noël, maman ? Qui sont les autres ?

    Et sa mère de répondre :

    - Ses frères et ses cousins. Il ne peut se montrer partout à la fois, donc ils mettent un de ses costumes et le remplacent.

    Moi, j’aurais été déçue. Je préférais croire l’impossible. Mais Laurence est ravie, nullement désemparée par cette famille nombreuse essentiellement masculine et, peut-être, misogyne !

    Et c’est le cœur en paix qu’elle attend la nuit de Noël où tous les bonheurs semblent possibles...

Passante_Noel

Posté par incarnat à 10:30 - DE MA FENÊTRE - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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