10 juin 2009
UN DIMANCHE A LA CAMPAGNE
Aller chez ma cousine Constance ? Le beau temps m’y invite, deux pies se poursuivent sur le toit, éclats noirs et blancs qui volètent en un ballet de plumes. Pourquoi hésiter ?
J’y vais donc, heureuse de revoir Constance, si belle, si douce
, qui m’enseigna le goût de la lecture quand, petite fille, je furetais dans le grenier où s’étageaient les livres délaissés. Ma cousine Constance, adolescente , lisait beaucoup et gardait pour moi les romans qu’elle jugeait de mon âge. Elle m’offrit d’abord « Le petit Lord Fontleroy » qui me charma , puis toute la Comtesse de Ségur ; enfin nous débouchâmes sur la collection « Stella » pour jeunes filles et je dévorai avec passion des histoires d’amour à l’eau de rose . Je me souviens de « Dactylo », « L’homme du Désert », « Vacances », les œuvres de Magali, Delly, Max du Veuzit, d’ autres.
Chaque fois que je vais chez Constance, me reviennent des bouffées des dimanches d’autrefois. Assises sur un vieux canapé de soie incarnat éraflé d’anciennes griffures, nous lisions côte à côte, éclairées par la clarté changeante des vitraux rouges, bleus, jaunes, qui ornaient toutes les fenêtres de la villa, y compris celles de la tourelle abritant le grenier. Le temps passe, les affections s’embrument un peu, on les ravive par une visite, un coup de fil. Chacune suit sa route, mais Constance n’a pas quitté la villa Marguerite cabossée de souvenirs.
Un dimanche à la campagne ? J’arrive !
PASSANTE
Tableau de Fragonard "Jeune fille lisant".
23 avril 2009
LA BIBLIOTHEQUE DU COEUR
J’ai des livres, comme tout le monde, bien rangés dans la bibliothèque et qu’aujourd’hui j’ai eu la nostalgie de considérer de plus près. Devant, bien entendu, tous mes « Colette ». Deux doubles planches, pas moins. Ils y sont, ils y restent, juste à portée de main, pour mes « retours de flamme », très fréquents, je dois le dire.
Derrière, voyons voir... »Autant en emporte le vent », oui, évidemment, je l’ai lu, relu, vu au cinéma, à la télévision, une fois, deux fois...Bien, c’est assez. Que dis-je ? C’est trop !
Ce bouquin, cette brique, je ne la relirai pas. Elle est le premier don que je destine à une œuvre pour enfants handicapés qui les revend dans une brocante. Tiens, j’ai lu « La Citadelle », moi ? Et aussi « Le Destin de Robert Shannon » ? C’était il y a longtemps et si j’ai aimé Cronin, aujourd’hui à le feuilleter je ne m’en souviens plus. Comme je suis ingrate ! Je sacrifie aussi « Le cri de la chouette » et Hervé Bazin par la même occasion, et « Les copains » de Jules Romains. C’est curieux, ce détachement, cette indifférence envers des auteurs que j’ai aimés, me semble-t-il. Nous avons voyagé ensemble, j’ai suivi leurs méandres, leurs jugements, leurs émotions. N’en reste-t-il rien ? Ai-je été prise par d’autres amours de passage, d’autres bouquins qui ont flambé en moi le temps d’une saison ? Sûrement. Je ne renie pas ceux qui m’ont laissé une cicatrice au cœur, ce « Sparkenbrooke » de Charles Morgan dans lequel j’ai trouvé je ne sais quelle résonance, et qui demeure, et auquel je retourne quelquefois, pour un dépaysement ou des retrouvailles !
Pourquoi aime-t-on tel auteur, ou telle œuvre de tel auteur ? On choisit selon un caprice, on s’attache par une reconnaissance de l’âme. J’aime sans savoir pourquoi « La Volupté d’être » de Maurice Druon, plus (oserais-je l’avouer ?) que ses « Rois maudits » qui pourtant me captivèrent au moment de leur publication. Je ne suis ni bibliophile ni bibliomane : j’aime les livres pour ce qu’ils m’apportent et quelle que soit leur reliure, si j’en ai fait le tour, je m’en détache avec indifférence. Ce n’est ni bien ni mal ; c’est ma façon d’appréhender un écrivain, d’y trouver ou non de quoi rassasier ma soif d’émotion, de compréhension, d’amitié et il est des auteurs immenses qui ne m’ont jamais touchée.
Tiens, je vais relire « Bonjour, Tristesse » qui vient d’échouer sur mon bureau. Et certainement ce livre de poche où Pierre Benoit (de l’Académie Française, j’avais oublié !) raconte à sa façon d’autrefois « La Dame de l’Ouest » qui date de 1936. On dirait que je n’ai que de vieux livres ! Ce n’est pas vrai. Mais je ne me rue pas sur les « Prix »
quels qu’ils soient, je n’ai pas besoin d’être « à la page », je lis à mon gré, et s’il me plaît de relire (pourquoi pas ce soir, après tout ?) « Les Hauts de Hurlevent » qui pourra me le reprocher ? Personne ! Nous avons tous notre goût de lecture, c’est une part de nous-mêmes, une des meilleures, peut-être ! Et je la respecte.
Bonne nuit...et qu’un beau livre vous emmène jusqu’au sommeil.
PASSANTE
15 mars 2009
UNE ANNEE SCOLAIRE DIFFERENTE...
(Ceci met un terme à mes années d’école primaire et surtout à l’histoire de Mademoiselle Angèle. Je reprendrai un peu plus tard le récit des années secondaires qui déterminèrent finalement ma vie)
X
Vint la distribution des prix. Je terminai avec « Succès » (soit 6/10), c’est-à-dire peu ; je ne m’attendais à rien d’autre, toute l’année m’avait pesé, écartelée entre le chagrin de maman qui se remettait très mal de la mort de mon père et l’hostilité d’autant plus ressentie de l’institutrice.
Sans que je m’en rende compte, l’atmosphère de l’année écoulée m’avait peu à peu recroquevillée sur moi-même. Je n’étais bonne à rien, j’étudiais machinalement, sans entrain, sauf les cours de français.
Un détail d’apparence insignifiante allait pourtant me réveiller de cette longue apathie.
Sœur Emmanuelle revenue d’Afrique en juillet, fut notre institutrice en 4ème année. C’était une religieuse au visage étroit encadré de la coiffe blanche et toute noyée dans son habit noir. Dés son arrivée, elle utilisa une porte condamnée pour la garnir de rayons sur lesquels elle rangea des volumes.
- Maintenant nous avons une bibliothèque, dit-elle. Et celles qui arrivent entre une heure dix et une heure et demie pourront lire pendant vingt minutes, avant que la cloche sonne. Et surtout, ajouta-t-elle, si vous hésitez devant le sens d’un mot, venez à mon bureau, je vous l’expliquerai.
J’exultais ! Lire ! Maman comprit mon impatience à partir plus tôt pour l’école. Nous n’étions que quelques assidues mais Sœur Emmanuelle, corrigeant les devoirs à l’encre rouge, levait parfois la tête et nous souriait avec bienveillance. Un jour, je me heurtai à un mot inconnu. Je n’hésitai pas, je me levai et allai au bureau de l’institutrice. « Ma Sœur, qu’est-ce que ça veut dire, « affable » ?
Elle me regarda pensivement et ses yeux bruns s’adoucirent encore. « Affable ? dit-elle. Cela veut dire gentille, aimable, comme vous, Lorraine ».
Je restai muette. J’étais bouleversée. Quelqu’un me trouvait aimable, quelqu’un me le disait ! J’avais tout à coup envie d’être bonne, travailleuse, d’étudier ma leçon de science qui m’endormait d’habitude, de comprendre les maths pour lesquelles je n’étais pas douée, d’être une élève dont on se félicite et non la morne avant-dernière qui recueille péniblement un « Succès » à la fin de l’année.
Une secrète joie de vive s’empara de moi. En même temps, je ne voulais pas déchoir aux yeux de Sœur Emmanuelle et de bulletin en bulletin, je vis monter mon niveau scolaire. J’eus aussi ma première ivresse d’orgueil ! Nous avions appris à composer une rédaction et si certaines penchaient laborieusement leur profil sur la page blanche, j’éprouvai quant à moi une facilité réjouissante à écrire. J’y découvrais une volupté inattendue, les mots suivaient les mots sans hésitation, le récit s’élaborait avec logique, un raisonnement clair m’amenait à la fin du texte, que je fus une des premières à rendre à l’institutrice.
La semaine suivante, elle m’appela aussitôt : « Lorraine, venez sur l’estrade ». Interloquée, j’obéis. « Vous allez lire votre rédaction à vos compagnes. C’est la meilleure, je vous félicite ». 
J’étais comme étourdie, j’avais eu si peu de satisfaction jusqu‘ici dans mes études et voilà que, d’un coup, on me projetait en pleine lumière ! Je bafouillai un peu, puis m’affermis. Je ne savais pas que c’était la première d’une longue série de rédactions que je lirais devant tout le monde, au cours de cette année-là et des suivantes. Mariette et Denise avaient la figure pincée, leur travail était bon cependant, mais, disait Sœur Emmanuelle « La rédaction de Lorraine est plus vivante, plus originale ».
Chez moi, on s’en réjouit, mais pas assez cependant pour changer d’avis : non, je ne serais pas romancière, j’apprendrais la couture. Et qu’on ne discute plus !
L’année scolaire s’acheva. J’eus une « Distinction » qui me combla. Les vacances revinrent et, devant chez nous, une fois encore la foire du Midi dressa ses tréteaux.
PASSANTE
13 février 2009
IMAGINAIRE

Viens, entre donc, c’est la boutique
De ma p’tite amie Véronique
Elle vend de beaux papiers de soie
De la poudre et des falbalas
Ses tissus sont un peu magiques
Voici du vert pour ta tunique
Ses crayons dessinent tes yeux
Comme il te plaît, dorés ou bleus
Dans sa boutique j’ai trouvé
Des perles pour mes longs colliers
Des coussins turcs pour ma paresse
Et des livres de poétesses
Je furète dans sa boutique
En mes heures mélancoliques
Et si j’en reviens apaisée
C’est parce que je l’ai inventée
LORRAINE
16 décembre 2008
LA RONDE DE DECEMBRE
« Offrez romantique » ! « Offrez exotique » ! »Offrez pratique » ! Peu importe mais offrez !
Voici des bonbonnières pour les gourmandes, des lunettes pour les myopes,
des GSM pour les bavards, des flacons pour les coquettes, des bottillons pour les douillettes, des tirelires pour les prodigues, des livres pour les passionnés, des montres pour les retardataires, des chevalets pour les artistes, des étoles pour les frileuses, des fourre-tout pour les encombrées, des conférenciers pour les hommes et femmes d'affaires, des jeux vidéo, des jeux de société, ouf! la liste est longue encore!
Chaque devanture affiche « Cadeaux ». Il fut un temps où seuls fleurs et chocolats, bonbons et parfums embellissaient les souhaits de Noël ou de l’An.
Mais le plaisir ne se mesure pas en monnaie. D’humbles cadeaux touchent parfois bien davantage que de somptueux présents. De petits objets fidèles vous rappelleront toute l’année l’amie qui vous offrit ce porte-clé, l’agenda de poche, ou encore ce vaporisateur pour le sac, un vase d’opaline, un thermomètre sur fond de velours, un humidificateur peint à la main, une coupelle dans laquelle s’épanouira une rose.
Décembre nous prend par la main. Que sa ronde ne nous tourne par la tête. Je ne peux m’empêcher de songer à ceux qui n’ont rien. Et, pour eux, je souhaite que Noël apporte le réconfort d’une porte ouverte et la douceur d’une veillée.
PASSANTE
