POURQUOI LE FEMINISME?
J’ai là un petit livre « Le féminisme en Belgique » (1892-1914) écrit par la Baronne Pol Boël et C.Duchène et publié par les Editions du Conseil National des Femmes Belges (1955). Un petit livre qui ferait sourire si on ne lisait des phrases qui font froid dans le dos, comme par exemple, celle où Napoléon montre le fond de sa pensée :
« Vous prétendriez à l’égalité ? Mais c’est folie : la femme est notre propriété, nous ne sommes pas la sienne ; car elle nous donne des enfants et l’homme ne lui en donne pas. Elle est donc sa propriété comme l’arbre à fruit est celle du jardinier. Il n’y a que le manque de jugement, des idées communes et à défaut d’éducation qui puissent porter une femme à se croire en tout l’égale de son mari. Il n’y a, du reste, rien de déshonorant dans la différence :
chacun a ses propriétés et ses obligations ; vos propriétés, mesdames, sont la beauté, les grâces, la séduction ; vos obligations, la dépendance et la soumission ».
Voilà qui me fait grincer des dents. Même si je n’ai pas toujours apprécié les outrances du féminisme dans les années 70-80, je les comprends : le ras-le-bol a jailli comme bondit le couvercle d’une casserole soumis à trop forte pression. Car dans la seconde moitié du XIXè siècle, la femme mariée ne pouvait ni gagner de l’argent ni économiser pour elle, ni acheter, ni vendre, ni donner, ni recevoir sans la permission du mari. Elle est juridiquement incapable, comme le sont les mineurs et les « interdits » (c’est-à-dire ceux qui « se trouvent dans un état habituel d’imbécillité de démence ou de fureur » -article 489 du Code civil, précise la Baronne Boêl.
Serait-ce tout ? Mais non, mais non. Le mari jouit véritablement d’un droit de vie et de mort sur sa femme, puisqu’il peut s’opposer à une intervention chirurgicale reconnue nécessaire par son état de santé. Elle doit le suivre partout où il plaît au seigneur de résider. Le quitter ? Voire ! Le mari peut faire saisir la fortune personnelle et la faire réintégrer, par la force armée, le domicile conjugal.
Bien, elle le trompera donc, car comment aimer un homme qui impose légalement sa loi ? Eh non ! car l’adultère de la femme est cause de divorce (ce qui serait un moindre mal dans certains cas), mais convaincue d’adultère, elle est condamnable à un emprisonnement de trois mois à deux ans. Et, s’il soupçonne une correspondance sentimentale, il a aussi le droit de lire les lettres destinées à l’épouse et même de les ouvrir avant elle sans autre forme de procès.
Une telle situation allait inévitablement entraîner un mouvement de révolte. C’est le 12 décembre 1888 que naquit le « Mouvement féministe » en Belgique, grâce à Marie Popelin, la première femme belge à avoir fait des études complètes de droit. Sa décision, son caractère fort et son intelligence allaient peu à peu entraîner l’adhésion.
PASSANTE