LE MAS
Cette vieille maison dans ce haut paysage
Isolée et meurtrie comme d’un abandon
Cache son désarroi quadrillé de branchages
Et se souvient des gens, des mois et des saisons
La mémoire des murs a gardé le silence
Les portes éventrées gémissent sous le vent
Qui dévale vainqueur et dans sa véhémence
S’engouffre dans l’ajour du toit resté béant
Le coteau la soutient comme on aide une vieille
A se tenir debout le temps que Dieu voudra
Harponnée au versant parfois elle sommeille
Puis s’éveille en sursaut croyant entendre un pas
Serait-ce la Julie qui tant riait parfois
Ou le berger rentré dans son bruit de sonnailles ?
Non c’est la nuit qui vient et dit dans son patois
Qu’un jour on l’abattra et qu’on fera ripaille…
Alors de ses yeux clos la maison qui s’endort
Fait signe que c’est bien en attendant la mort
LORRAINE