LES CHAPEAUX DE PAILLE (5)
Une armée de canards descendait le chemin d'un pas cadencé.
- Où vont-ils ? s'inquièta Juliette.
-Ils se sauvent, les gredins ! Tu as oublié de refermer la grille du jardin. Je vais encore en retrouver écrasés sur la route ou le voisin me ramènera celui que son chien aura attrapé...
Juliette n'hésita pas. Elle s'élança à son tour, rattrapa le bataillon juste avant la grille ouverte, se planta devant lui jambes écartées et, tendant le bras, lui intima d'une voix de stentor "Demi-tour !" Comme un seul homme, les canards se retournèrent et repartirent en sens inverse en cancanant, à la plus grande stupéfaction de Tante Henriette et de Juliette elle-même.
"Bravo, tu as de l'avenir dans le dressage des canards!
La jeune fille sourit, ôta son chapeau pour s'essuyer le front
du revers de la main et regarda la troupe qui s'éloignait vers la basse-cour. Il lui sembla qu'un léger sourire s'était esquissé sur la bouche boudeuse du Lillois.
- Allons", se dit-elle. "Il y a peut-être moyen de le dérider".
OBS
Le Lillois entra dans la cuisine. Quand il ressortit, il portait un béret basque, presque rond, un rien gonflé, qu'on devinait bordé de cuir à l'intérieur. Juliette en fut surprise. À la ville, les hommes ne portent pas de bérets. Ma foi, celui-ci seyait bien au visage étroit de Rémi, à ses yeux bleus plus clairs depuis que le bord du chapeau ne l'ombrageait plus. Quel âge avait-il?
Vingt-trois ou vingt-quatre ans? Un peu moins? Difficile à préciser. Et si elle le lui demandait?
- J'ai vingt ans, et vous?
Elle n'avait pas besoin de le dire, cela se voyait à sa silhouette élancée, à sa façon d'enlever soudain son chapeau de paille et de le lancer d'un grand geste dans l'herbe, où il tomba gracieusement.
- J'ai vingt-trois ans, dit-il. Vous restez longtemps?
- Quinze jours sans doute. Pourquoi?
Elle le regardait avec une ingénuité non feinte. Il fut touché. Il ne croyait plus que les filles puissent être naturelles, douces et sensibles.
- Je conduis le tracteur, dit-il. Mais demain je vais aux champignons. Vous voulez venir?
- À quelle heure? C'est tôt, je crois.
- 6 Heures, quand ils pointent le nez. L'herbe est pleine de rosée. Vous connaissez les vénéneux?
- Non. Mais vous m'apprendrez!
Ils se mirent à rire sans raison. Il ajouta, sérieux:
- Mettez un fichu. Les matins peuvent être frais. Allez, à tantôt.
Et il disparut.
PASSANTE
J'ai emprunté ce "béret basque" au site blog.rayon-basque.com où vous pourrez faire vos emplettes si le coeur vous en dit!...