LES MAISONS DE MON QUARTIER
De ma fenêtre, je vois les maisons d’en face et leurs rideaux clos comme des yeux fermés.
Qui vit de l’autre côté de la rue ? Sont-ils jeunes, sont-ils vieux ? Ou alors, sont-ils morts ? Quelle épidémie de solitude a condamné ces trois demeures à l’isolement complet ? Jamais une lumière, jamais un coin de voile soulevé, rien.
Ont-ils une porte dérobée ? Des jardins à l’arrière s’ouvrant sur une autre vie ? Mystère ! Les trois maisons qui me font face sont secrètes, mais la première, celle du coin, haute de deux étages seulement, libère un morceau de vue et m’offre un panorama d’arbres au loin, sur une colline, derrière des immeubles à terrasses et balcons. Ils s’illuminent quelquefois au crépuscule quand le soleil les enveloppe d’une couleur vermeille. Alors, j’ai un instant l’illusion de voir Rome. Et c’est bien.
A côté des trois maisons muettes, la quatrième abrite des « kots » (1) d’étudiants.
Je vois leur profil incliné sur des livres, des cahiers, car eux, ils n’ont
pas de rideaux, mais des lampes de bureau qui veillent tard, et quelquefois ils fêtent une réussite, un anniversaire et se réunissent pour chanter et rire. Leur musique m’arrive par la croisée ouverte, car l’été je laisse longtemps la lampe allumée près du divan et celle sur la TV et celle près de l’ordinateur.
J’aime leur jeunesse. Quand je les entends, j’oublie mon âge.
PASSANTE
(1) kots: terme bruxellois et généralisé en Belgique pour signifier "chambre"