DAVID ET C° (suite)
Hier, j'étais à l’étage quand des hululements de rage m’ont précipitée à la fenêtre : debout sur leurs pattes arrières, les adversaires s’empoignaient. De loin, on aurait pu croire à une embrassade affectueuse, ils se tenaient dans les bras l’un de l’autre, mais les poils qui volaient en touffes indiquaient une indicible colère. Je suis descendue en courant :
- David ! Tchang !
Celui-ci ne peut me comprendre, c’est moi qui l’ai baptisé ainsi et comme il ne me parle guère, il l’ignore ; Ma voix tente en vain de dominer le vacarme. De sa fenêtre, la grand’mère de Marc compte les coups. Alors, affolée, ne sachant comment séparer les combattants, j’ai pris tout bonnement un balai pour desserrer leurs pattes qui se tenaient fort. L’enlacement céda enfin mais ils continuaient à se narguer à un mètre l’un de l’autre, tandis que je piétinais. J’étais plus essoufflée qu’eux.
- Cela suffit, maintenant, cela suffit. David, à la maison.
Mais
David n’entend pas ce langage. Il
est resté sur le terrain jusqu’à
ce que son ennemi, fatigué, cède la place. Escaladant le lilas, Tchang a toisé
un instant le rival non vaincu puis s’est détourné, dédaigneux, pour d’autres
batailles. David a remis de l’ordre dans sa toilette. Elle en avait grand
besoin. Puis il m’a dit : « Ououf ? » ce qui
signifie : « Tu as vu ? ». J’ai dit « Oui, ce n’est
pas le plus beau. Toi, tu es un chat de maison, il faudrait te le rappeler de
temps en temps ». Mais il n’a pas eu l’air de m’entendre et a lavé
quelques petites plaies entre ses longs poils, ayant encore au fond des yeux le
reflet des ancestrales bagarres.
PASSANTE (A suivre)
