LE VOYAGE IMMOBILE
Si on me donnait carte blanche, j’irais peut-être au pays de la terre bleue, là où commence l’horizon. Mais la spectaculaire vision de l’océan ne m’attire pas autant qu’un voyage immobile. Ce voyage intérieur qui éveille le murmure du ruisseau, le papillon diapré, le muguet si doux à mon souvenir ; ce voyage intérieur qui n’est qu’une création éphémère, mais me permet toutes les inventions, tous les chemins qui mènent en Toscane, tous les carillons de Pâques et tous les lendemains heureux.
Par où commencer ? Qu’importe ! Quand le rêve s’installe, il
peut nous mener
au bal musette ou au Grand Bal de la Cour. Il peut déclencher
une rencontre avec un inconnu en tricorne ou élever pour nous le château de la
Belle au Bois Dormant. Oui, le voyage intérieur est le plus beau de tous. Il
s’improvise, il décore, il peint, il chante, il parle d’amour. C’est une
question de caractère.
Vivre sa vie, ne serait-ce pas d’abord la rêver ?
Illustration: vvv.ruedelafete.com