EPICERIE D'ART
Que trouve-t-on dans une "Epicerie d'Art"? C'était la consigne de "Samedidéfi." J'ai bien cherché et voici ce que j'ai trouvé...
XXX
La boutique s’alluma parcimonieusement quand je poussai la porte. Je fis un pas, mes yeux s’embuèrent, mon cœur battit plus vite, je me sentis comme happée par un sortilège : j’étais dans l’Epicerie d’Art.
Je venais pour acheter quelques dattes, du sucre candi en ficelle, une « tisane d’Orphée » dont on parlait à voix basse dans le village et la « liqueur sans nom » qui n’avait pas de goût non plus, mais rendait heureux ceux qui y trempaient les lèvres.
Un parfum de gingembre tournoyait autour de la Victoire de Samothrace
prête au sublime envol au tournant d’un couloir. La vitrine aux aromates vendait une once de perlimpinpin, mais aussi des partitions de Beethoven dont on entendait en sourdine « L’Hymne à la joie « .Un muscadin sortit d’une porte, laissant un sillage de muscade. Au passage, j’achetai de l’anis et de la cannelle, je tournai à droite, arrivai dans une pièce lumineuse et pleine d’un monde d’autrefois, rieur et chantonnant. Je m’asssis sans façon auprès de Renoir qui, entouré de ses personnages, festoyait au Moulin de la Galette. Il m’entraîna dans une polka endiablée et je me retrouvai devant le comptoir de l’Epicerie d’Art où un chat énigmatique aussi haut que moi faisait ses comptes. Il me jeta un regard filtré entre ses yeux verts et miaula :
- Heureuse ?
J’allais répondre par pure courtoisie. Mais je me retrouvai dans la rue, devant la crèmerie ordinaire « Chez Maria » où je vais d’habitude. Maria était sur le pas de la porte. Elle s’inquièta :
- Vous allez bien, Madame ?...
- Oui…Non…Ce sont ces sacrés Défis…Ils me mettent la tête à l’envers…
Je rentrai chez moi. J’avoue que j’ai pris un petit remontant…
LORRAINE