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LE CAHIER DU SOIR de LORRAINE
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1 octobre 2011

L'AVANT-GUERRE

     Tu aurais pu porter l'une de ces toilettes, maman, et peut-être l'as-tu fait? Je ne me souviens que de ta robe noire agrémentée d'un col en dentelle qui éclaircissait ton visage aux yeux bleus souriants. Et puis je crois que tu femme 1912-préférais les robes "faciles" dont tu retournais prestement les manches pour "faire le ménage", comme tu disais. Je te revois débarrassant la table d'un geste vif, alimentant le poële sur lequel la bouilloire restait en permanence et quelquefois, murmurait. Tu saisissais le bassin , y vidait l'eau pour la vaisselle dans laquelle tu mettais une poignée de sel de soude pour l'adoucir. Nous ignorions tout ce qui aujourd'hui, envahit la publicité, la télévision et nous abrutit: les détergents spécifiques. Etions-nous moins heureux? je ne crois pas. J'essuyais la vaisselle en bonne petite fille tout en pestant intérieurement. Tant d'autres plaisirs me sollicitaient: lire près de la fenêtre, aller jouer sur le boulevard avec "la bande" dont Armand était l'incontestable chef, le provoquer à la course à pied où je gagnais, à son grand déplaisir! Ou danser à la corde en chantonnant "Petit Prince ce n'est pas toi que j'aime..."

A cette époque, les dimanches étaient "jours de sortie" et les flâneurs s'en donnaient à coeur joie. Ils étaient partout,Bruxelles_Impasse_Saint-Jacques sur les boulevards, à la Grande Brasserie à côté de la Bourse, ou à l'autre, en face de la Bourse. On y allait à pied ou en bus; j'adorais les bus d'alors, plate-forme ouverte, où l'on montait et descendait vite, sans attendre que le portillon s'ouvre.  Et le Grand Magasin de la Bourse (qui n'existe plus) voyait s'engouffrer par ses portes tournantes, des badauds et des clients allèchés par des étages pleins d'offres en tous genres.

Un peu plus grande, j'ai eu l'autorisation de sortir le dimanche après-midi avec une amie. Nous n'allions pas encore seules au cinéma, mais nous promener dans les rues nous suffisait alors, et découvrir les "impasses" nous faisait battre le coeur. Peut-être parce que nos mères, très prudentes, nous interdisaient d'y aller! Alors qu'elles n'étaient que de petite ruelles sans issue habitées par des gens de condition modeste au coeur des Marolles.

Deux images pour revivre le passé. Il n'en faut pas beaucoup pour voyager en pensée!

 

LORRAINE

Photo 1:femmes-en-1900.overblog.com

Photo 2: Bruxelles- Impasse St Jacques

 

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Commentaires
L
Ta marraine te connaît et sait que ce n'est pas ta faute si tu ne viens pas. Ce qui compte c'est de se souvenir de nos défunts, qu'ils restent dans nos coeurs. C'est très juste ce que tu dis concernant les amitiés d'école; on se lie parce qu'on partage la même vie, les mêmes fatigues, les mêmes devoirs, les mêmes jeux. Mais plus tard, l'amitié est fondée sur la connaissance approfondie de quelqu'un et les racines sont souvent plus profondes.Et quand on rencontre les compagnes d'école primaire, on n'a plus rien à se dire! Même si certaines amitiés d'enfance durent très longtemps. C'est surtout une question de rencontre. Bon dimanche, Latil!
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L
Je constate que depuis ta retraite tu es fort occupé, et c'est très bien! Je suis sûre que ta tante ne t'en voudra pas; on ne peut tout faire à la fois, et si tu étais dans le Valais, tu ne pouvais pas être à Mons. D'ailleurs, ce qui compte c'est le souvenir de nos défunts que l'on garde dans le coeur et la mémoire. <br /> Tu résumes très bien l'évolution des amitiés d'école; on se lie parce qu'on se voit tous les jours, qu'on partage des petits secrets et de grands efforts, pas nécessairement parce qu'on a des traits de caractère communs. Et quand on quitte l'école pour une autre, les liens s'espacent. D'autres amitiés naissent parfois et qui, parce qu'on est plus âgés, sont davantage construites sur des affinités qui, elles, résistent au temps. Bon week-end, Latil
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L
En effet, nous ne connaissions pas les pièges qui surgissent aujourd'hui à chaque coin de rue! Nous avions une liberté d'action dont on ne se rendait même pas compte. Aujourd'hui, traverser une impasse, par exemple, est bien plus dangereux qu'au temps de ma jeunesse! Et j'ai pédalé combien de fois dans les rues de Bruxelles sans être autrement inquiète. Aujourd'hui, je tremble quand je vois des "courageux", portant un casque (obligatoire!) sinuer entre les rangées de voitures!
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L
Il y a quinze jours, mon oncle vétérinaire est mort à Mons.Je n ai méme pas pu aller à l enterrement car ,je m étais engagé pour aller faire la vendange dans le Valais chez des amis. C était encore un qui avait fait la guerre en Allemagne et sa Femme était ma Marraine. J espére qu elle ne m en voudra pas de trop.<br /> Il me semble que ma Mére vivait beaucoup dans sa famille, mais avait peu de contacts avec les gens du village;Cela ne veux pas dire qu elle n aimait pas "tailler une bavette" avec ses anciennes camarades de classe communale, mais vers dix ans comme ses soeurs elle est allée chez les Urselines à Mons, et là leur chemins s est séparé, elles n avaient probablement plus rien à se dire.<br /> Bonne soirée Lorraine<br /> Latil
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L
ce qui était bien alors, en dehors du fait que le temps de la jeunesse est auréolée de tendresse, de découvertes, c'est que la ville avait "figure humaine".<br /> les gens pouvaient tenir conversation dans la rue, les enfants courir dans les caniveaux, les amoureux pédaler de conserve en se donnant les mains.
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