L'AVANT-GUERRE
Tu aurais pu porter l'une de ces toilettes, maman, et peut-être l'as-tu fait? Je ne me souviens que de ta robe noire agrémentée d'un col en dentelle qui éclaircissait ton visage aux yeux bleus souriants. Et puis je crois que tu
préférais les robes "faciles" dont tu retournais prestement les manches pour "faire le ménage", comme tu disais. Je te revois débarrassant la table d'un geste vif, alimentant le poële sur lequel la bouilloire restait en permanence et quelquefois, murmurait. Tu saisissais le bassin , y vidait l'eau pour la vaisselle dans laquelle tu mettais une poignée de sel de soude pour l'adoucir. Nous ignorions tout ce qui aujourd'hui, envahit la publicité, la télévision et nous abrutit: les détergents spécifiques. Etions-nous moins heureux? je ne crois pas. J'essuyais la vaisselle en bonne petite fille tout en pestant intérieurement. Tant d'autres plaisirs me sollicitaient: lire près de la fenêtre, aller jouer sur le boulevard avec "la bande" dont Armand était l'incontestable chef, le provoquer à la course à pied où je gagnais, à son grand déplaisir! Ou danser à la corde en chantonnant "Petit Prince ce n'est pas toi que j'aime..."
A cette époque, les dimanches étaient "jours de sortie" et les flâneurs s'en donnaient à coeur joie. Ils étaient partout,
sur les boulevards, à la Grande Brasserie à côté de la Bourse, ou à l'autre, en face de la Bourse. On y allait à pied ou en bus; j'adorais les bus d'alors, plate-forme ouverte, où l'on montait et descendait vite, sans attendre que le portillon s'ouvre. Et le Grand Magasin de la Bourse (qui n'existe plus) voyait s'engouffrer par ses portes tournantes, des badauds et des clients allèchés par des étages pleins d'offres en tous genres.
Un peu plus grande, j'ai eu l'autorisation de sortir le dimanche après-midi avec une amie. Nous n'allions pas encore seules au cinéma, mais nous promener dans les rues nous suffisait alors, et découvrir les "impasses" nous faisait battre le coeur. Peut-être parce que nos mères, très prudentes, nous interdisaient d'y aller! Alors qu'elles n'étaient que de petite ruelles sans issue habitées par des gens de condition modeste au coeur des Marolles.
Deux images pour revivre le passé. Il n'en faut pas beaucoup pour voyager en pensée!
LORRAINE
Photo 1:femmes-en-1900.overblog.com
Photo 2: Bruxelles- Impasse St Jacques