BON LUNDI
Bon lundi? Et pourquoi non? Pourquoi ne pas souhaiter à ce lundi qui commence d'être doux, amical et actif? Pourquoi le bouder parce qu'il entame une semaine? Une sorte de maussaderie l'entoure depuis longtemps.
Comme si commencer une semaine est désagréable, pesant, lourd à porter. Je n'ignore pas que c'est le cas dans certaines entreprises où l'on pressure les forces du personnel au maximum; je n'ignore pas non plus que des travailleurs, techniciens, employés, cadres, vivent l'angoisse de l'avenir, se demandent si demain ils feront encore partie du personnel, si la firme ne va pas fermer, faire faillite ou passer dans des mains étrangères. Ceux-là voient le lundi avec méfiance, mais aussi le mardi, le mercredi, toute la semaine, tout le mois...
Ce n'est pas pour eux que je parle du lundi. Mais pour tous les autres, qui ont un boulot, ne sont ni menacés ni concernés par les difficultés actuelles. Rien de grave ne les accable. Mais le lundi ils soupirent en reprenant le chemin du labeur. Comme si deux jours de congé les avaient démotivés. Comme s'ils n'arrivent pas à surmonter la monotonie d'une vie qui compte sept jours en semaine dont cinq sont consacrés à la profession. Ils maudissent le lundi, supportent mal le mardi, acceptent mieux le mercredi, sont satisfaitq le jeudi et se dépêchent le vendredi pour terminer la tâche afin d'entamer une fin de semaine personnelle et choisie. C'est dommage. De nos jours, avoir un emploi est déjà sinon une réjouissance, du moins une satisfaction. Pourquoi la gâter par des soupirs ou des assombrissements qui ne changeront rien à la situation? Sans doute est-ce un travers de caractère. J'en ai connus, quasi incapables de mesurer le confort (même relatif) de leur situation comparée à celle des chômeurs, des malades, des immigrés, des sans papiers, de tous ceux qui n'ont ni argent ni espoir ni probablement avenir.
J'ai travaillé. Beaucoup. Longtemps. Je sais donc combien certains jours sont difficiles, épuisants, vous désarçonnent, vous anéantissent. Puis on se relève. Et on continue. Parce que c'est la vie, et que le lundi comme les autres jours demande la présence, l'attention, le courage, la volonté, la continuité et finalement la bonne humeur. Se comparer aux plus chanceux ne sert qu'à cultiver la rancoeur. Il serait peut-être utile de regarder ceux qui font la file au bureau du chômage: le lundi apparaîtrait alors comme un jour normal, ni meilleur ni plus mauvais, un jour de travail, tout simplement. Ce travail qu'on a la chance d'exercer, même s'il nous pèse quelquefois.
Alors, bon lundi?
LORRAINE