CHOSES NOUEES
(La consigne des "Impromptus" sollicitait notre imagination face au sujet: "Choses nouées". Je ne me sentis pas très inspirée. Mais, mue par le sens du devoir, j'écrivis quand même!)
XXX
Toute jeune déjà, elle avait des doigts de fée. Elle faisait des nœuds décoratifs pour ses poupées, nouant adroitement les rubans d’une torsion légère, qu’ils soient de lin ou de satin, et avec adresse les cousait sur un corsage de dentelle, à festons ou plissé dont ils rehaussaient l’élégance.

A quinze ans, elle s’enticha du scoubidou, à quatre fils ou à 8 fils, peu lui importait, elle nouait sans se lasser, faisait des noeuds papillon ou crocodile, roses ou verts, ou encore bigarrés . Toujours elle entrelaçait, formait une boucle lancée comme un lasso, créait un tutoriel, dérivait artistiquement, inventait des tresses, s’adonnait au nœud de pétale comme à la chainette anglaise. Sa passion pour les nœuds en fit la décoratrice réputée d’un chocolatier en renom où avec dextérité et amour, elle orna les œufs de Pâques et les ballotins de chocolats d’époustouflants nœuds portant sa signature.
Un jour, un homme jeune et élégant entra dans le magasin ; il portait un nœud de cravate Windsor qui l’impressionna. Volumineux et complexe, il ornait le devant de la chemise entre les deux parties du col et cachait le dernier bouton. Il l’invita sur son voilier, elle lui parla du nœud Pan Chang qui demande tant de délicatesse, il lui parla de ses nœuds de cravate et elle écouta avec respect ce connaisseur des nœuds de cravate italienne, Prince-Albert, Shelby, ou encore du nœud d’Ascot et du nœud papillon.
Faut-il vous dire qu’ils s’unirent par les nœuds du mariage ? Leur boutique au centre de Londres attire les foules. Elle vend ses nouages inédits, il vend ses cravates de noble tradition. Leur amour repose sur une passion commune pour les entrelacs de tous genres. Il n’en faut guère plus pour être heureux…

LORRAINE
(Illustration scoubidou:http://www.jedessine.com/)