A PARIS AUTREFOIS
(Sujet de la consigne: "A Paris autrefois". Nous avions vingt minutes. Le temps d'un voyage-éclair dans le passé!..)
XXX
Je suis belle. A damner un saint, prétendent plusieurs messieurs qui fréquentent mon salon. J’ai mon jour, le mardi, quel monde ! peu de femmes, c’est curieux. A part mon amie Olga, un peu collet monté, toujours en rose, la guipure jusque sous le menton, les mains sagement posées sur sa jupe de satin. Elle attend je ne sais quoi. Toujours dans le même coin, près de la plante grimpante et de la fenêtre.
Moi, je dénude mes épaules depuis que Claude Monet m’a dit qu’elles étaient pulpeuses comme un fruit. Il devait faire mon portrait, mais termine d’abord un paysage de neige qu’il appelle « La pie ». Voyez-vous ça ! Comme si c’était un nom de tableau ! On voit tout juste un petit point noir dans tout ce blanc ! Enfin, si ça lui fait plaisir.
Il neige sur Paris. Je mettrais bien un châle, il fait frisquet malgré l’âtre où

flambent les bûches. Le linon de ma robe ne réchauffe rien : ni mes cuisses, ni mes seins, ni mes bras…Mais non, ils vont arriver. Et ce sera à qui m’enveloppera dans la soie de mon foulard, à qui me rapprochera galamment du feu, à qui réchauffera mes mains dans les siennes. Ils vont encore parler de la Tour Effel. On dirait un tas de ferraille sous la neige. On gèle quand on passe devant. Non, je ne vais pas à pied, heureusement. J’ai mon cabriolet, Max est un agréable postillon.
Il m’a dit aussi que j’avais de belles épaules, cet été, j’étais sortie en robe, il est jeune, Max, il siffle volontiers quand il conduit, il m’appelle « Madame la Comtesse », mais il sait bien que le comte de Morteuil, mon ami, a une vraie épouse, qui habite Rennes. Mais ici, même si tout le monde est au courant, je suis « Madame la Comtesse »…
Ah ! on sonne…
Firmin !...
LORRAINE
(Tableau de Claude Monet "La pie")