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LE CAHIER DU SOIR de LORRAINE
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21 janvier 2010

DAVID, CE SEIGNEUR

 

 Rita, Broû, Milou et maintenant Pickwick! Tous, un jour ou l’autre, ont repris leur liberté. Pourquoi? Parce qu’au fond d’eux-mêmes résonne l’appel atavique des espaces boisés, que s’éveille le parfum des fleurs et le goût des oiseaux, l’instinct immémorial de chasses dans les futaies.

 

 Nous n'avions jamais eu de jardin. A part Rita, leurs promenades félines se limitaient aux cour circonscrites par de murs impitoyables. L’aventure était ailleurs.

 

 “J’aime dans le chat cette indifférence avec laquelle il passe des salons à ses gouttières natales” écrivait Chateaubriand. Car, les scientifiques l’affirment, il se réhabitue très vite à la jungle des terrains vagues, au charivari des félins entre eux et au territoire à conquérir et à défendre. Peut-être. Mais nous rêvions d’un chat qui vivrait sa vie avec nous, sans coups de cafard, sans blues, un chat pour qui nous serions la raison d’être et qui nous choisirait par amour, pour toujours. C’est alors qu’arriva David.

xXX

 Madame Chantrain avait une chatte, une Amandine aux yeux allongés vers les tempes et fardée de khôl. Quand vint pour la vieille dame le moment inéluctable d’entrer dans une maison de repos, elle s’inquiéta de sa chatte et des deux chatons qui restaient d’une récente portée.

 

 Personne dans son entourage restreint ne voulant les adopter, la mort dans l’âme elle s’adressa au blanchisseur qui passait chez elle chaque mois en camionnette et lui demanda, comme un service ultime, de les emmener au refuge pour animaux. Le brave homme accepta et chargea la famille en même temps que ses paniers à linge. Mais au refuge, quand il ouvrit précautionneusement la porte, Amandine à qui on ne la faisait pas, sauta dans la rue d’un bond sauvage et disparut au tournant. Les chatons miaulaient d’une petite voix déchirante.  Le blanchisseur les prit dans ses gros doigts malhabiles, les caressa doucement...et les ramena chez lui.

 

 “Je veux bien en garder un, s’exclama sa femme. Mais deux, non, tu les vois dans mon salon de coiffure!...”

 

 Car elle était coiffeuse et je les découvris le vendredi suivant, se pourchassant, grimpant sur les fauteuils, s’affrontant pour rire, ouvrant tout rond leurs mirettes dorées dans leur frimousse de bébés. Mon intuition me disait, que, cette fois encore, j’allais succomber à la séduction féline.

 

 La coiffeuse m’avait pressentie, sûre, disait-elle, que Marianne serait enchantée d’avoir un nouveau chat.Le destin en décida. L’un d’eux, roulé sur le sol, tenait une boule de papier contre laquelle, faussement féroce, il luttait des quatre pattes. L’autre, le nez en l’air, examinait la clientèle. Il se frotta à ma jupe, sauta sur mes genoux, tourna sur lui-même et s’endormit dans un ronronnement de plaisir. Je regardai la coiffeuse, vaincue:

 

 - C’est celui-ci, dis-je. Vous avez raison. Marianne sera enchantée...

 

 - Et vous aussi, non?..

 

 - Eh oui, moi aussi.

 

  Je ne sais plus qui a écrit: “Quelles que soient les circonstances, vous n’aurez pas à choisir un chat, c’est lui qui vous choisira”. Voilà qui était fait. Et je n’allais pas m’en plaindre. Il était beau, habillé comme un marquis, en gris-perle mais avec un jabot blanc, des gants blancs, des guêtres blanches, élégant et distingué, prometteur sans aucun doute.

 

 Le chaton qui débarqua chez nous et que Marianne appela aussitôt “David” ("parce qu’il a l’air d’un roi, maman”), ce chaton différait déjà de ses semblables. Un air posé, presque réfléchi, une dignité innée, coupée de brusques gambades, puis comme s’il se ressaisissait, un arrêt flegmatique suivi d’une toilette minutieuse,David_Philiberten faisaient un personnage tout en contraste, mais déjà fortement marqué par l’intelligence. Oui, oui, moquez-vous! J’ai bien dit: l’intelligence. Les autres avaient du piquant, de l’espièglerie, le sens de l’observation, mais celui-ci y joignait ce quelque chose de perspicace q, apprivoiserui ne le quitterait jamais et au contraire, s’amplifierait avec l’âge.

 

 Il savait très bien que nous étions des humains, des êtres d’une autre race, mais il ne nous en considérait pas moins comme des égaux. Rien en lui d’humble ni de servile; un regard franc, bien planté, traversé parfois par une douceur, un attendrissement, l’affection.

 

 Il arriva un beau matin, transporté par le blanchisseur et dès qu’il me vit me sauta dans les bras, échappant aux mains puissantes qui le retenaient. M’avait-il reconnu? La courte sieste sur mes genoux dans le salon de coiffure avait-elle suffi à me rappeler à lui? Je ne sais, mais je n’eus pas à l’apprivoiser, il l’était déjà. Il s’installa sans plus de manières. Et au bout de trois jours se mit en devoir d’inspecter les lieux...

 

PASSANTE (A suivre)

Photo: David de face

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Commentaires
L
Eh oui, il m'a apprivoisée! Entre nous, il n'a pas eu grand'chose à faire!...
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Q
Je souris, je l'avais dit.<br /> <br /> C'est le chat qui t'a choisie.<br /> Et tu ne demandais qu'à être apprivoisée, il l'avait pressenti.<br /> <br /> Merveilleuse rencontre !
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L
Pas mal de personnes pensent que tous les chats sont les mêmes. Comme ils se trompent! Chacun a une personnalité et vivre avec eux la révèle parfois de façon surprenante!
Répondre
L
Oh! oui, un compagnon de rêve!
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F
C4est toujours un régal que de suivre les aventures de tes félins chéris!
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