Cahier du Soir

Au soir de ma vie, j'écris mes souvenirs, des réflexions, des rêves, des poésies.

08 mai 2009

SE COMPRENDRE...OU S'ACCEPTER?

   Lui, je l’ai certainement fait souffrir.Sans le vouloir. On ne passe pas une vie ensemble dans l’harmonie absolue, ni même dans une harmonie relative. La vague de passion des premiers mois, des premières années s’assagit peu à peu. Le rêve d’amour devient l’amour, tout simplement. Celui qui durera longtemps, toute la vie peut-être. Ou celui qui va s’effriter aux parois de l’habitude, des petits travers, des grandes incompréhensions.

    Moi, il m’a certainement fait souffrir. Sans le vouloir. Pour d’autres raisons, en d’autres circonstances, par d’autres mots ou d’autres attitudes. En fin de parcours, nous étions probablement à égalité. Et nous sommes restés ensemble...et heureux !

    Je vois des couples aujourd’hui partis dans l’euphorie _pous_efse défaire sans retour. Ils se sont déchirés. Ils en souffrent et pourtant ils se quittent. Pourquoi ? Ils croyaient « se comprendre ». Ils n’ont pas pu "s’accepter ».

IDEALISME OU REFUS DES REALITES ?

    Nous n’évoluons pas nécessairement au même rythme. Les personnalités s’affirment, les contrastes se marquent. je prends un exemple:

    Bruno et Françoise s’aiment depuis l’adolescence. Elle appréciait alors ses qualités et particulièrement :

    - Sa faculté d’écoute. Aujourd’hui elle en déduit qu’il est tout bonnement taiseux.

    - Son calme. Il la détendait. Maintenant elle y voit de l’indifférence.

    - Son humour. Mais ne cache-t-il pas simplement la pirouette d’un homme désabusé, qui tourne les choses en dérision pour en souffrir moins ?

    Les questions se posent. Lui aussi a évolué. Il ne la juge plus spontanée, mais irréfléchie. Aimant se confier à lui, mais bavarde. Débordante d’idées, mais fatigante. Ils n’ont pas cessé de s’aimer, mais la vie a influencé les visions de chacun et une certaine déception les trouble.

    - On ne se comprend plus, disent-ils. Il (ou elle) a changé.

    Pas vraiment. Il et elle étaient ce taiseux, cette irréfléchie, mais au début ils ne l’ont pas vu. Ces traits de caractère qu’on amène avec soi dans le couple, les corrigeront-ils ? Avec du bon sens, de la bonne volonté et sans acrimonie, dans une certaine mesure on peut adoucir ce qui inquiète ou énerve l’autre. Mais seulement quand il s’agit de « travers » et non de ces défauts brutaux qui tuent l’amour (violence, autoritarisme, tromperie sentimentale, et j’en passe).

    On ne peut tout apprécier chez l’autre. Nous ne sommes pas faits de la même pâte et aladin_couplel’on peut très bien ne pas « comprendre » l’engouement d’un mari pour la pêche à la ligne, l’aviron ou la collection de bricoles, mais l’accepter.  Et, en fin de compte, ce « taiseux » peut se montrer un excellent amphitryon dans les réunions amicales qu’elle aime et cette irréfléchie fera silence quand il se plongera dans ses lectures philosophiques sans dire un mot de toute la soirée.

    Certes, il faut à la base de l’amour et une dose d’intelligence. Se heurter pour avoir raison précipite les couples vers la rupture. S’accepter avec ses différences et ses affinités peut mener au bout du chemin.

    Un mot encore. Le coup de foudre essentiellement physique jette dans les bras l’un de l’autre des êtres qu’une attirance extrème aveugle. Ils ne s’inquiètent des traits de caractère que plus tard, au moment où ceux-ci s’expriment quelquefois à la stupeur effarée de l’autre. Eux aussi croyaient se comprendre...Il leur faudra apprendre à s’accepter » !

PASSANTE

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17 mars 2009

L'AVANCEE EN AGE (7)

                                                                                                          25 octobre

                                                                                                            

   Une hémorragie nasale de plus en plus forte, l’hôpital en urgence, je suis là, à ambulancecôté du fauteuil où Maurice repose, la tête soutenue en arrière. La doctoresse, soucieuse et efficace, arrête le sang.  Nous sommes côte à côte, lui et moi. Je ne pose pas de questions, je ne dis rien, je ne tiens pas sa main. Je regarde de toute ma lucidité les soins qu’il reçoit. Il est courageux, la nuit enveloppe les vitres, l’hôpital dort, il est près de minuit, la lampe au front de la doctoresse dessine son auréole sur le mur quand elle bouge.

    Un cliquetis d’instruments, l’odeur acide  d’un  coagulant, une seringue, de longues mèches enfoncées dans la narine droite, la chambre qu’il rejoint pour la nuit, la surveillance régulière de l’infirmière, je le sais bien que tout peut arriver, et lui aussi, autant que moi. Il demande d’ailleurs, d’une voix à la fois ferme et neutre : « C’est un cancer, docteur ? ».

    Elle élude : « Dans les conditions présentes, je ne vois pas de polypes, je ne crois pas qu’il faille s’alarmer ». Nous ne nous alarmons pas. Nous savons tous les deux économiser nos sources vives, et à l’intérieur de moi-même, Hopital_Franceje repousse toute idée inquiète, comme si ma force influençait sa force.

    Je le laisse seul. Je ne peux rien dire, je l’embrasse avec ferveur et j’espère qu’il me comprend. Sa main serre mon bras. Demain, nous nous retrouverons. La mort n’est pas si proche, même si la nuit venue dans la chambre où brille une veilleuse, il y pensera en se demandant : « Est-ce l’heure ? ».

    Il ne peut pas me quitter sans qu’une fois encore nous nous soyons dit : « Je t’aime ». Il nous reste un peu de temps. Il devra guérir d’abord.

    Tantôt, je l’ai ramené à la maison. Il se sent bien. Et il se soumet sans geindre au scanner, aux analyses, à d’autres investigations. C’est aujourd’hui notre dernière visite. La doctoresse, rassurée après les examens d’usage, a dit en hochant la tête : « Nous avons fait une bonne équipe tous les trois, dès le début ». Manifestement, elle a senti « le couple », un bloc, sans paroles, sans plaintes, dans la clarté consciente du sang-froid. Un couple. Une force.

    Non, il n’y a pas de cancer. On en parle d’un air dégagé. En vieillissant, on a pris l’habitude de certains dépistages qui font partie de la vie, de l’agenda. On se soumet à la prise de sang annuelle, à l’électrocardiogramme ; lui surveille sa tension, j’endure la mamographie ; c’est devenu machinal, on n’y pense guère en dehors des consultations et surtout, on essaie de ne pas en parler. Il ne compare pas ses médicaments à ceux de son frère, hypertendu lui aussi ; je n’évalue pas en petit comité l’intensité de mes migraines, je les combats, c’est tout.

    Nous refusons de tomber dans le travers (qui est aussi de l’angoisse), de tant de personnes âgées qui détaillent maux et remèdes à tout un chacun, tiennent leur bulletin de santé, s’analysent, se tâtent, se répandent en détails physiologiques et n’ont plus guère d’autres préoccupations. La vie garde sa saveur tant qu’un vrai handicap n’entrave pas le déroulement des jours. Nous ne voulons pas perdre ce goût du temps qui passe et ne nous appesantissons pas sur nous-mêmes.

    Pour cette fois encore, l’inquiétude s’est éloignée de nous. Il nous reste à être heureux.

PASSANTE

 

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31 décembre 2008

JOUR DE L'AN

    (J'ai écrit ce billet il y a longtemps. Aujourd'hui, je suis seule. Mais je pense qu'il brûle encore de cette flamme que les couples qui s'aiment entretiennent au-delà des mesquineries de la vie. Je le leur dédie)

X


    bonjour_roseDonne-moi la main. Une année vient de commencer, dont nous ne savons rien, ni toi toujours sceptique, ni moi toujours confiante. Une année encore, te rends-tu compte ? Je m’arrête un instant, suspendue entre le passé si vivant et si proche et le futur qui déjà me happe. Et comme chaque année, je me promets que la vie sera ce que nous en ferons.

    Car je crois aux efforts qui suivent les efforts, aux humbles matins sans grandeur où l’on s’oblige à vivre sans béquilles, aux petites joies et aux grands espoirs.

    Donne-moi la main, surtout, donne-moi la main ! Même lorsque tu t’enfonces dans tes insondables silences et que ton visage devient pour moi la vitre fermée contre laquelle mon regard bute, ne nous éloignons pas.  J’ai besoin de ta force comme tu as besoin de mon rire et j’accepte que tu sois tour à tour secret ou détendu, comme tu m’acceptes imprévisible et pourtant présente.

    N’est-ce pas, nous laisserons là, cette année encore, les colères qui me font flamboyer et les flèches que tu décoches en artiste. Ou si d’aventure l’envie nous vient de nous opposer, dressés l’un contre l’autre comme des ennemis, qu’un peu d’esprit vienne au plus lucide afin qu’il prenne cette main qu’on ne lui refusera pas.

    Vivre est difficile, surtout pour ceux qui rejettent la fadeur, la monotonie, le laisser-faire et le laisser-dire.

    Chaque matin neuf a sa noblesse, son courage à défendre, sa lutte à mener, sa victoire. Si tu es là, tout est possible. Janvier commence demain. Moi, je suis prête.

    Donne-moi la main...colombolivier

PASSANTE

Posté par incarnat à 10:59 - LE TEMPS QUI VA - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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