12 octobre 2009
PAYSAGE D'AUTREFOIS
Ca
et là, des fermes cabossées se groupent et simulent un village. Elles ont
grand
âge, des rides replâtrées de ciment et repeintes, comme si, éclatées du dedans
par trop d’émotions, les fermes tenaient encore par leur volonté de petites
vieilles.
Le chemin va où il veut, tourne à la grange où s’adosse la niche blanche au toit vert, flâne et s’étale largement devant la chapelle où Saint Christophe promet sa protection. Puis il repart, caillouteux, raviné, offre une maison rose et toute droite, aux fenêtres rangées comme des petites filles sur des prie-Dieu. Ses géraniums d’un rouge presque offensant surmontent deux bancs vernis de chaque côté de la porte, pour le repos du soir, quand tout s’endort et que le couple méritant et laborieux s’assied et parle du temps qu’il fera demain.
PASSANTE

Ancienne ferme (www.diltoo.com)
25 septembre 2009
AUTOMNE D'AUTREFOIS
Lorsque le ciel descend derrière les toitures
Et qu’un oiseau tardif chante un solo mineur
Je sens venir l’automne qui déjà me torture
Des souvenirs volés à mon ancien bonheur
Je revois les sentiers de la forêt voisine
Le ruisseau clapotant, le kiosque déserté,
L’étang immense et nu dont la berge s’incline
Vers la barque endormie comme le bel été
Un parfum de bois sec me rappelle l’ivresse
De septembre mourant dans la douceur du soir
Le contour indécis d’un chemin de traverse
Me conduit au vieux banc où je reviens m’asseoir
L’automne somptueux me raconte à mi-voix
Notre histoire d’amour dont il a souvenance
Je me sens apaisée puisqu’il parle de toi
Puis je rentre chez nous écouter le silence.
LORRAINE
12 juillet 2009
TE SOUVIENS-TU DE CE JARDIN?..
Te souviens-tu de ce jardin, au fond d’un chemin étroit, entre deux maisons ? La grille a fait « clic », une vieille grille râpeuse. Nous sommes entrés en étrangers, étonnés, déconcertés, un peu perdus d’être là par hasard, de flâner à deux pas de la rue bruyante comme une ruche.
Le panneau « Jardin public », discret et délavé nous y invitait et nous avons trouvé l’allée rectiligne, la pelouse lustrée, ce banc, tu te rappelles, où siégeait un chat benoîtement couché mais si ostensiblement président des lieux que la vieille dame habituée nous dit : « C’est sa place ! » d’un air déférent et approbateur.
Ce jardin ! Il avait une tonnelle fleurie, des escaliers de marbre gris, une petite fontaine et des oiseaux mouillés qui s’ébrouaient sur le bord.
Un solitaire lisait son journal, une maman chantonnait, berçant
la voiturette où s’endormait un bébé chapeauté. Non, nous n’étions pas des intrus, plutôt des invités. Le jardin nous recevait avec bienveillance, caché aux yeux distraits, ouvert aux chanceux qui le devinaient, car il ne faisait pas de réclame.
Ce jardin, t’en souviens-tu ? Tu me tenais la main…
Là où tu es parti pour toujours, de l’autre côté du miroir, là où seule ma voix peut t’atteindre, ce jardin, dis, t’en souviens-tu ?
LORRAINE
