(Juste un petit mot laissé sur la table: il est parti. Comment va-t-elle réagir?..)

XXX

      Tu es parti! Si j’ai mal? Je ne sais pas, je suis là, mains ballantes... Et soudain je crie, je crie, un hurlement de fauve, non,  de femme trompée, c’est pire...Tu es parti! Les enfants – mes enfants, pas les tiens – dorment encore.  Le chien me regarde, attristé; ses yeux humides comprennent. Mais toi, tu n’as rien compris. Ce bout de papier que tu m’as laissé comme adieu, c’est pire que le silence: “Je t’aime, je t’aime bien..”.

     Mais oui, tu m’aimes bien. Tu m’as toujours bien aimée. Nous étions des amis, enfin c’est ce qu’on disait.On se retrouvait quelquefois, pour un petit resto, on parlait, on parlait beaucoup, tu voulais savoir qui j’étais vraiment, si j’avais eu beaucoup d’amants,  et je m’amusais, je répondais à côté, tu étais exaspéré, je le voyais, alors je disais “oui..”, très vite, et tu t’exclamais tout bas “Je m’en doutais”...

     J’étais attirée par ce sourire qui te plissait si joliment les yeux, par ta finesse, tes désenchantement de poète;  tes absences,  tes retours soudain exubérants, je ne m’en retournais pas, j’aimais notre amitié un peu tendre, c’est tout. Et puis, tout s’est précipité; tu m’as parlé d’amour, tu es devenu jaloux, tu tentait d’apprendre qui j’avais dans ma vie, mais je n’avais rien, ni personne. Alors, tu as pris toute la place  et tu t’es installé dans la place. Chez moi.

     Tu es parti! Oui, j’ai mal. Horriblement, terriblement mal. Que s’est-il passé? Je l’ignore, et si je savais, à quoi bon? J’étais aveugle sans doute, je n’ai rien vu venir, je t’aimais.

      Ne reviens pas. Ne reviens jamais.

     Je suis de celles qui ne pardonnent pas.  Je t’oublie déjà...

Femme triste (A

Tableau d'Alexandre Séon

Lorraine