09 novembre 2009
ALLONS VOIR SI LE VIN EST BON...
Quand je lis la plaisante affirmation de Reynard :
« Je sirote mon vin, quel qu’il soit, vieux, nouveau
« Je fais rubis sur l’ongle et n’y mets jamais d’eau »…
l’esprit de Bacchus me visite, gai, chaleureux, bon enfant et je me sens toute réjouie. Je pourrais exalter la dive bouteille et pour peu, pastichant les gourmets du XVIè siècle, m’écrier : « La peste soit des buveurs d’eau ! ». Je pourrais encore rappeler Musset : « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! » ou bien « Mon verre est petit mais je bois dans mon verre ! ».
Non,
je n’en dirai rien. Je tairai le Moselle qui rend joyeux,
le bourgogne bavard,
le champagne étourdi. Ce prince de la table, le bordeaux, qui anime les plus
ennuyeux dîners de famille, nous n’en parlerons ni de son page le vin d’Alsace
dont les souvenirs nous tournent la tête.
Un doigt de muscat nous rendrait nostalgique ; dans ce flacon-ci dort un peu de rêve ; une danse s’agite au fond de celui-là. Son reflet diapré ressemble à de l’or clair et le glou-glou a bien de l’esprit pour qui sait juste à temps arrêter son épanchement.
Non, nous ne chanterons pas le vin, ni le Beaune, ni l’Anjou et si Baudelaire a proclamé :
« Le vin roule de l’or, éblouissant Pactole », ce n’est pas notre faute…
PASSANTE
01 novembre 2009
ENCORE UN BEL AUTOMNE...
L’automne
grimpe aux arbres. Il jette d’habiles touches d’or sur les feuilles, gonfle les
joues et souffle. Je le soupçonne de travailler la nuit, car au matin on
découvre sur l’herbe des branches et des feuillages.
Quelquefois
majestueux et lent, il se sertit de soleil et adoucit les chemins de traînées lumineuses.
Las du lierre émeraude, il le vermillonne tout à coup ; il pend les
raisins aux vignes et encombre d’une odeur de pommes le grenier par où les
enfants regardent venir le crépuscule.
Ses
derniers beaux jours ont la poignante violence d’un amour condamné à l 'adieu.
Un air de musique me vient par les jardins, le chat nonchalant sur la crête du
mur feint un sommeil perfide, le marronnier s’est doré cette nuit pour ma joie,
le ciel a des promesses et je sais qu’elles mentent.
Car
demain il pleuvra sur les branches transies, le chat hibernera auprès du feu,
l’arbre
nu menacera mes vitres, et c’est un horizon grisaillé de brume que je
découvrirai en levant mon rideau.
LORRAINE
30 octobre 2009
ON POSE DES CHASSIS...
Ce vacarme ? On pose des châssis . Donc
on tape, on scie, on grince, on
ouvre tout grand la fenêtre, l’ élévateur gronde en hissant les vitres, des outils, l’encadrement de PVC. Une porte s’ouvre, une autre claque, le
vent souffle, le technicien , jovial,
se penche à la fenêtre du salon et
du haut de mon 3ème, hèle son acolyte ; ils échangent des indications professionnelles
d’une voix timbrée, exercée à parler fort pour bien se faire comprendre. Et ça repart. On cloue, on visse, on
range ses outils, on balaie la terrasse, on passe l’aspirateur…
Mon pauvre Milord ! Tapi sous le lit,
terrorisé, il ne bouge pas d’un poil. Je m’aplatis sur la carpette, je l’appelle d’une voix douce. Rien à
faire. Il attend que la tempête se calme. Trois hommes dans ma chambre, il n’a
pas l’habitude…
Il attendra deux heures avant de se risquer.
Un Milord prudent, figé, inquiet, qui miaule à bas bruit mais longuement,
inlassablement, comme un bébé qui pleure, approche lentement. Je le caresse, il
ronronne, puis l’œil et l’oreille à l’écoute, fait deux pas et recommence à
miauler. Nous passerons la nuit, lui à gémir, moi à tenter de le rassurer. Il
veut sortir, j’ouvre la fenêtre sur la terrasse et là, il miaule à la lune pour
tout le voisinage !...Je me lève, je l’appelle, il vient… et il ressort
chanter une nouvelle complainte. Quand à bout de fatigue, il s’endort enfin,
c’est sous mon lit, là où tantôt il s’est réfugié contre les envahisseurs.
Deux
jours ont passé. Il ne se plaint plus mais reste sur le qui-vive, , tressaillant
au moindre bruit familier. Et ce matin, sur le conseil d’une amie, j’ai acheté
un diffuseur de phéromones, substances naturelles du chat qui l’apaisent en cas
de stress, de perturbations, d’inquiétude. Je n’en reviens pas ; tantôt,
il ‘est couché près de moi sur le divan, détendu le museau dans ses pattes et
ronronnant comme un tambour. Et
maintenant, couché devant l’ordinateur, il lit ce que j’écris…sans
commentaire !
PASSANTE
21 septembre 2009
LES MAISONS DE MON QUARTIER
De ma fenêtre, je vois les maisons d’en face et leurs rideaux clos comme des yeux fermés.
Qui vit de l’autre côté de la rue ? Sont-ils jeunes, sont-ils vieux ? Ou alors, sont-ils morts ? Quelle épidémie de solitude a condamné ces trois demeures à l’isolement complet ? Jamais une lumière, jamais un coin de voile soulevé, rien.
Ont-ils une porte dérobée ? Des jardins à l’arrière s’ouvrant sur une autre vie ? Mystère ! Les trois maisons qui me font face sont secrètes, mais la première, celle du coin, haute de deux étages seulement, libère un morceau de vue et m’offre un panorama d’arbres au loin, sur une colline, derrière des immeubles à terrasses et balcons. Ils s’illuminent quelquefois au crépuscule quand le soleil les enveloppe d’une couleur vermeille. Alors, j’ai un instant l’illusion de voir Rome. Et c’est bien.
A côté des trois maisons muettes, la quatrième abrite des « kots » (1) d’étudiants.
Je vois leur profil incliné sur des livres, des cahiers, car eux, ils n’ont
pas de rideaux, mais des lampes de bureau qui veillent tard, et quelquefois ils fêtent une réussite, un anniversaire et se réunissent pour chanter et rire. Leur musique m’arrive par la croisée ouverte, car l’été je laisse longtemps la lampe allumée près du divan et celle sur la TV et celle près de l’ordinateur.
J’aime leur jeunesse. Quand je les entends, j’oublie mon âge.
PASSANTE
(1) kots: terme bruxellois et généralisé en Belgique pour signifier "chambre"
04 août 2009
LES PETITES OMBRES DU SOIR...
Elles se pressent devant ma fenêtre. Je les regarde comme si je voyais une main qui disait : « A bientôt ! Dors bien ! » Comme ce long trait d’argent qui danse sur ma portion de ciel, juste devant le lit. Je laisse les rideaux ouverts pour recevoir ces visites papillonnantes, poudrées, inattendues, guettées, étoilées.
Inventées, peut-être ?...
Je ne sais pas si les petites ombres du soir existent. Mais moi, je les vois...
PASSANTE
20 avril 2009
LES VACANCES SONT FINIES
Je l'entends. Ils sont rentrés. Les vacanciers du soleil, revenus en masse, emplissent soudain le matin de leur présence: bruits de voiture, fenêtres qui s'ouvrent, rang d'écoliers bien rangé sous ma fenêtre, et les avions de 6 H. ce matin qui ramènent les retardataires.
Oui, la ville a repris d'un coup son allure de ville. Je n'irai pas
au super-marché ce matin; il sera assailli de clients démunis venus se rapprovisionner. Tiens, les étudiants des "kots" (1) en face de chez moi, ont aussi réintégré leur flat et derrière les rideaux largement tirés, j'aperçois le profil studieux de la brunette toujours appliquée, et à l'étage du dessous, un garçon torse nu (apparemment sorti de la douche) s'essuie avec vigueur.
Mon voisin a ouvert la radio; une musique m'arrive, scandée par les "bang" d'un rythme qui me déconcerte toujours. Je ne m'y ferai jamais, tant pis! Moi, j'aime la musique douce, la musique dansante, la musique qui murmure, la musique qui chante. A chaque époque sa petite folie, n'est-ce pas?
Les vacanciers ont ramené le soleil. Alors, pour lui faire honneur, je m'en vais de ce pas enfiler une robe à fleurs.
LORRAINE
(1) chambre d'étudiant
30 mars 2009
PRINTEMPS
J’ai vu le printemps. Il se prélassait dans les yeux du chat étendu au soleil, il sautait sur l’aile d’un oiseau bavard qui m’avait de bonne heure éveillée et s’activait sous ma fenêtre en de mystérieux labeurs ; il s’étonnait dans le regard d’un petit enfant et sur les branches gonflées de l’arbuste. Il était aussi dans le soir et dans le refrains lancinant d’un accordéon caché je ne sais où et qui étendait sur les prairies sa complainte nostalgique.
J’ai vu le printemps dans les rues. Là il flânait en robe claire
et allumait des cheveux fous.
J’ai enfin trouvé le printemps en moi ; il me donnait envie de partir dans les bois et d’être neuve et d’avoir des chansons pour tous les jours. Et ce bout de printemps qui jouait à cache-cache avec le soleil, je vous le raconte pour le partager avec vous.
LORRAINE
12 février 2009
MARISA
Je ne l’ai jamais vue. Et pourtant, tous les lundis vers 10 H., elle sonne chez moi à la porte de rue et je lui ouvre. Quelquefois, je ne pense pas à elle, je décroche le parlophone, je dis « Allo », croyant que c’est le facteur. Mais une voix douce, à l’accent étranger, me répond « C’est Marisa, Madame ». Alors je dis : « Oui, Marisa, je vous ouvre...Voilà ». J’écoute attentivement depuis mon 3ème étage, le bruit de la grosse porte qui se referme sur elle, celui dégringolant de l’ascenseur, et je relâche le bouton d’ouverture : Marisa est entrée.
Où va-t-elle ? Comment, je n’en ai rien dit ? Elle vient faire le ménage d’une voisine handicapée, qui s’en va tous les matins, courageusement, travailler en Atelier Protégé. Je ne la connais pas non plus ; depuis dix ans que j’habite ici, nous nous sommes croisées quatre ou cinq fois. C’est ainsi, dans les immeubles. Au début, elle tirait courageusement une voiturette sur les escaliers du perron, et il m’est arrivé de l’aider. Il faut bien écouter pour la comprendre, mais elle articule le mieux possible et quand elle est venue sonner à ma porte pour demander « Si vous vouiez bien ouvrir le lundi à Marisa, Madame », j’ai dit oui, tout de suite, de tout mon cœur.
C’est un tout petit geste de rien du tout. Mais il permet à ma voisine de rentrer chez elle, détendue, sachant que le lundi, Marisa est entrée pour faire le ménage.
PASSANTE
08 février 2009
C'EST DIMANCHE
Personne ne passe, il est encore tôt. Si je sortais, il me suffirait de prendre l’avenue des Floralies, carrossable jusqu’à l’école gardienne et primaire, pour arriver sous les banches emmêlées qui font un dôme par-dessus les têtes entre des talus de lierre. Sur la droite, deux ou trois belles maisons orgueilleusement isolées, et qu’une clôture verrouillée protège mieux encore, possèdent un garage .Une barrière communale deux ou trois mètres plus bas, ferme toute circulation et l’avenue étrécie devient voie sans issue.
L’été, j’aime cette brève route aux allures de campagne, qui dévale vers le Shopping, Centre Commercial à la fois varié et confortable. Mais l’hiver la remontée est pénible, la pente si facile à descendre , en sens inverse m’essouffle un peu. J’attends le printemps pour reprendre cette escalade à pas lents et réguliers, surveillant ma respiration et mettant un point d’honneur à parcourir tout le chemin sans m’arrêter sur les bancs, pourtant prévus pour une halte.
On met sa fierté où on peut. La mienne est modeste puisqu’il lui suffit de gravir une côte pour être comblée. J’y croise de vieux messieurs pondérés, des ménagères que le Shopping attire, des jeunes qui montent en bavardant et me dépassent. Parfois on se salue, parfois on s’ignore. Mais c’est un chemln au parfum d’herbe où chantent les oiseaux nicheurs dès les premiers jours du printemps, que j’entrevois de ma fenêtre et qui suffit quelquefois à mon bonheur du jour.
PASSANTE
02 février 2009
CONVALESCENCE
Je déjeune ou je m’abstiens, je marche ou je m’assied (ou plutôt je m’écroule) dans le fauteuil sans rien faire ?...Cet état floconneux, on l’appelle la convalescence. Elle m’ennuie. Ce n’est plus l‘épuisante inertie, mais cette ridicule crainte de sortir parce qu’il fait frod, parce qu’il neige, la peur d’une deuxièle rechute, même si je mettais ma casquette un peu tirée sur l’œil ou ma toque avec un drôle de pompon, et ma grosse écharpe si légère et chaude qui me cache jusqu’au nez. Je dois aller à la banque, chez le pharmacien, à la poste et je regarde, de ma fe,être le passants prudents qi vont à leurs affaires.
J’ai avalé au réveil ma fiole de remontant et mon complexe vitaminé, je suis vaguement nauséeuse, j’arive aux derniers antibiotiques, j’ai des cernes sous es yeux, mes cheveux en font à eur ête etmi je subis.
Je pense à maman, elle a soigné ma grippe anglaise il y a longtemps. J’hallucinais avec bonheur, entrée toute fiévreuse dans le roman d’André Dhôtel « Le pays où l’on n’arrive jamais », je suis devenue un de ses personnages, j’y ai vécu des cavalcades plusieurs heures, plusieurs jours peut-être, dans un dédoublement heureux. Mon mari allait à ses affaires, ma fille à ses cours, maman était à mon chevet. Revenue au monde réel, j’ai le souvenir d’une convalescence entourée et aimante, leurs inquiétudes, leurs espoirs, leur soulagement.
Maman à mon chevet. Je garde cette image d’elle douce parmi les douces.
Je suis seule. Mon chat Milord me regarde de ses grands yeux tendres. Il a faim. Oui, Milord, je viens...
PASSANTE
