09 novembre 2009
THEO

Entendez-vous mon arrière-petit-fils? Il fredonne :"Au bois, Joliette, au bois je m'en vais. Cueillir des violettes, et puis je reviendrai"...
Vous dites que ce sont des refrains d'arrière-grand'mère?..Eh bien, vous avez raison!
PASSANTE
07 août 2009
LA POUPEE DOLLY
J’étais vraiment très petite quand j’ai reçu une poupée de chiffons qui s’appelait Dolly. C’était l’époque du jazz-band et mes frères aînés se déchainaient en chantant :
« Miss Dolly, oh ma jolie Dolly
De vous je suis épris
A la folie
Je ne sais pas un seul mot d’anglais
Mais pour vous, je le sais
Je l’apprendrai »...
Dites-moi pourquoi, je n’aimais pas beaucoup Dolly, ni son tablier à fleurs, ni ses chaussettes. Mais comme je ne voulais pas lui faire de peine, je la couchais dans sa voiture, la couvrait jusqu’au menton, puis mon devoir maternel accompli, j’ouvrais le grand album des fées et j’entrais en contemplation, longtemps, longtemps...
PASSANTE
06 janvier 2009
QUAND J'INTERROGEAIS L'ETERNITE...
A 3 ans, un peu timide, je suis entrée à l’école gardienne et me suis assise sur un petit banc à côté d’un garçon. Il avait l’air perdu, il ne voulait pas pleurer et s’appelait Robert.
- C’est bien, a dit Mademoiselle Raymonde.
Serge poussait Virginie qui cherchait sa maman. Melle Raymonde a conduit Virginie dans le bac de sable sur lequel je louchais avec envie. Mais Virginie seule a pu distraire son chagrin en faisant des patés, tandis que Francine en hurlant refusait de franchir la porte. Sa mère tentait de la raisonner mais sans force, alors Melle Raymonde s’est agenouillée devant Francine tout en faisant signe de la main à la maman pour qu’elle s’en aille. Melle Raymonde avait deux grands yeux bruns souriants comme des miroirs et moi, je la regardais, le dos tourné, déroulant un tableau sacré attaché au mur. Elle claqua dans ses mains :
- On va tous faire la prière.
Beaucoup connaissaient le signe de la croix, moi qui n’avais pas eu d’exemple religieux à la maison je m’appliquais et me signai de la main gauche. Melle Raymonde vint à côté de moi et me montra sa main droite. Côte à côte, je fis donc comme elle. Je pus désormais faire avec les autres ma prière du matin.
La classe était spacieuse, nous faisions quelquefois une ronde devant l’estrade en chantant :
Madame la Neige, Madame la <Neige
Révei-ei-llez-vous
Les vitres regardent avec des yeux ronds
Elles attendent jolis flocons...
Je chantais haut et juste. Par contre, j’étais déjà très maladroite de mes doigts. Je triturais la plasticine avec volupté mais il n’en sortait qu’une
boule informe. Robert, lui, travaillait avec sérieux et savait modeler un chien.
Et un jour, Melle Raymonde nous expliqua Dieu. Elle déroula sur le mur une autre toile peinte. Au-dessus, Dieu sur un trône, une multitude d’anges et de saints agenouillés ; en dessous, des êtres se tordaient d’une douleur visible. Melle Raymonde nous expliqua l’Eternité : une grande horloge dont les aiguilles montraient, opposés, ces seuls mots : TOUJOURS – JAMAIS. Toujours au ciel ou en enfer, jamais revivre ce que nous sommes, des enfants. Elle ajouta :
- Tous les bienheureux contempleront Dieu face à face, pendant toute l’Eternité.
J’examinais le tableau. Toute l’Eternité ? Toujours ? Sans fin ? Sans rien faire d’autre ?...Ce qu’on allait s’ennuyer !...
Il faut dire que les planches de l’époque nous montraient un Dieu pétrifié sous une couronne d’or et que les saints agenouillés avaient tous le même visage extasié. Il devait y avoir un décalage entre ce « cours » du jardin d’enfants et notre aptitude à comprendre. Après, j’ai beaucoup pensé à l’horloge « Toujours- Jamais ».
A ma façon, j’interrogeais l’Eternité.
PASSANTE
16 octobre 2008
LE TEMPS D'AUTREFOIS...
Quand on a un long passé derrière soi, il est rafraîchissant de prendre le train en sens inverse, regardant le paysage, et de descendre à la gare appelée Enfance »... J’y suis retournée aujourd’hui...
X
Les parents de ma petite amie préférée, Marie, étaient fripiers et vendaient des vêtements d’occasion sur la Place du Jeu de Balle, plus communément appelée « Vieux Marché », pas très loin de chez nous. La dimanche, la foule s’y pressait. Je me perdais parmi les grandes personnes, serrant fort la main de maman qui passait par là en allant « Chez Maria », la légumière, au coin de la rue de la Plume et de la rue des Ménages.
Ce quartier des Marolles déboulait sur le Vieux Marché flanqué d’un côté par l’Eglise des Capucins et de l’autre par la Caserne des Pompiers. J’aimais cette animation un peu délirante ; des musiciens jouaient de la trompette, les estaminets étalaient leurs terrasses l’été pour les buveurs de bière, et vendaient du bouillon l’hiver ; les fripiers hissaient des tentes carrées qui abritaient du vent et de la pluie les vestons démodés ou les robes défraîchies ; à côté, un marchand de clous et de lourds trousseaux de clefs (dépareillées, grandes, tordues, rouillées, où certains trouvaient leur bonheur), lisait en attendant le chaland ; un camelot faisait le boniment debout sur une chaise renversée, élevait des rouleaux de papier peint au-dessus de sa tête, les exhibait, les mettait aux enchères,en diminuait brusquement, le prix, en vendait trois, en remontait six, chaque fois différents et convainquait un public un peu miteux qui venait là pour payer moins.
Le marchand de disques liquidait les succès d’hier et le vieux photographe éreinté repassait inlassablement les plaques surannées qui égrenaient « Le temps des cerises » ou « Les lilas blancs ».
Les badauds fredonnaient parfois et si je connais tant de refrains, c’est sans doute d’avoir hanté ce quartier populaire où la gaîté facile jaillissait à fleur de lèvres.
Le pays d'Enfance, quel qu'il soit, tapisse les souvenirs de sa douceur enfuie...

