Cahier du Soir

Au soir de ma vie, j'écris mes souvenirs, des réflexions, des rêves, des poésies.

09 septembre 2009

LES CHAPEAUX DE PAILLE (18)

    Ils trouvèrent une place non loin de l'estrade, en bordure de l'espace laissé libre pour le bal populaire qui suivrait le défilé et précéderait le traditionnel feu d'artifices.


    - Allons, lança le capitaine, c'est moi qui régale. Que prends-tu, fillette ? Et vous, les garçons ?".

   

    Chacun passa sa commande à une Jeannette que Paul fit rougir en lui demandant "Dites-moi, jolie cantinière, m'accorderez-vous votre première danse".

    Mais la réponse était sans riposte:

   - Paul, voyons, tu sais bien que mon père ne veut pas que j'abandonne le service quand je travaille

    - Même le 14 juillet ? C'est fête pour tout le monde.

    -Justement, gronda une voix derrière le cousin. Un jour de fête plus encore que d'habitude, j'ai besoin de bras pour servir.

     Le bonhomme n'avait pas l'air commode, mais l'oncle Jean ne se laissa pas impressionner :

   - Alphonse, voyons, laisse un peu Jeannette s'amuser. C'est de son âge! Il n'y a rien de mal pour une jeune fille à danser un soir de 14 juillet. Tiens, pendant qu'ils dansent, je prendrai la place de ta fille

    - Toi ?

     Le cabaretier n'en revenait pas.

    - Ben oui, moi ! Pourquoi pas ? J'ai deux mains tout comme elle, je sais faire des additions et rendre la monnaie, figure-toi.

    Le père de Jeannette rit enfin de bon cœur.

    -"Ok, Jean. Je libère ma fille. Mais pas trop longtemps, hein, je n'ai pas vraiment confiance dans tes comptes...

    "Un peu de silence, s'il vous plaît".

     Le maire venait de monter sur l'estrade et d'empoigner le micro pour un bref discours qui se contentait essentiellement de souhaiter une bonne soirée et d'annoncer le début du concours de chapeaux. Celui-ci débutait par les enfants.

OBS

      On poussa sur l’estrade une petite fille de quatre ans, toute gênée, coiffée d'un hennin doré et tenant une baguette magique.

    "Je suis la fée", dit-elle dans le micro. Puis, confuse, elle courut se réfugier dans la jupe de sa maman. La suivante avait un béret alpin rouge, des grands yeux pas timides pour un sou, elle esquissa une sorte de révérence en tenant les deux côtés de sa robe bleue, fit quelques pas et annonça clairement "Je suis Poulbot. C'est papa qui l'a dit". Tout le monde riait. Un petit garçon s'avança, un haut-de-forme sur la tête, une cape sur les épaules; il esquissa quelques gestes maladroits et chacun comprit qu'il se prenait pour un magicien. Ils furent applaudis bien fort .

    - Nous appelons les demoiselles, annonça le porte-voix. 67_2_1Allons, allons, jeunes filles, tout le monde en file. Annoncez clairement votre prénom, montrez au public la pancarte qui affiche qui vous représentez...N'ayez pas peur, personne ne vous mangera...

    Émue tout de même, Juliette se trouva parmi des demoiselles de son âge, chacune s'étant ingéniée à assortir autant que possible le costume au bibi. Juliette n'avait pour tout accessoire que son long collier de perles de verre, tourné deux fois autour du cou et qui descendait jusqu'à la taille. Elle le faisait tourner machinalement, tenant de l'autre main son fume-cigarette. Sans aucun doute, elle avait de la classe. Mais d'autres aussi se soubrettedistinguaient. Jeannette, la fille du patron , portait sur ses courts cheveux bouclés un bonnet de soubrette, complété par un tablier assorti. Chacun la connaissait et des voix entonnèrent : f_e_b_b_"Jeanet-te, Jeanet-te...".

    -Pas de chahut! intima le maire bon enfant. À chacune son tour, vous voterez à la fin de la séance
.
    Il y eut encore Suzon, son cruchon de lait et son bonnet de laitière, Margot court vêtue mais chapeautée pour une noce, d'une capeline à ruban rose qu'on appelle un suivez-moi-jeune-homme; Léonie portait une paille à voilette cachant mal ses jolis yeux; Mireille en béret de page moyenâgeux eut beaucoup de succès, ses jambes gainées de noir y étaient pour quelque chose. Et d'autres suivirent. Ce charmant tableau s'installa sur la scène à peu près convenablement. Seule Juliette semblait intimidée; toutes les autres se connaissaient, elle ne connaissait personne.

       

    - Quand on vous appellera, venez sur le devant de la scène et mimez votre personnage.

    Un mouvement de satisfaction courut dans l'assemblée. Les choses sérieuses allaient commencer.

PASSANTE

Illustration: "Gitane" http://netbootic.com

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25 juin 2009

JE M'ENVOLE...




bonjourcolombe Je m'élance, je vole, je plane.  Le vent caresse mes plumes colorées d'aurore, mon corps léger traversant les nuages, comme aussi les ondées ou l'éclatante journée d'aoüt.

     Sansonnet ou ménure, tourterelle ou mésange, quelle apparence m'a-t-on donné? Je fus une personne, naguère; un voeu quelque peu décalé en un momentailes_bleues d'égarement, eut l'heur d'amuser une fée.

     - Tu seras exaucée, murmura-t-elle.

     Et sa baguette toucha mes cheveux.  Dès lors, j'eus le chant au bord des lèvres - pardon, du bec - et une apesanteur tourneboulante, mouvante, plongeante et véloce.  Je glougloute ou je fredonne, je clabaude ou je jacasse, je roucoule et je jabote, étant tout ensemble passereau ou rapace selon l'humeur de la fée. J'adore!

     Je hante Rossignol__wwwles forêts ou le sommet des monts, je guette d'un regard perçant le promeneur dont le pas me dérange, je hèle le coucou d'un "coucou" provocant, j'ameute le merle haut perché et je croasse avec le corbeau.

     Je volete par-dessus votre tête.  Bonjour!

LORRAINE


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17 avril 2009

PETER PAN



    150px_PeterPan_Statue_LondresDepuis combien de lustres souffles-tu dans ta flûte en roseau, joli Peter Pan du parc ? Je t’ai rencontré au détour de l’allée, si blond, si bouclé que mon regard séduit s’attarda à quémander ton sourire plein de mystère.

    Que sais-tu de la nuit, petit ami des fées, toi qui connais tous les frissons de l’herbe où trottent les musaraignes, le jeu de l’écureuil et la promenade étirée du lézard aux heures de soleil ? Tu règnes sur la pelouse qu’argente le clair de lune ; les amoureux ont vu ta silhouette se dresser vers le ciel et plus d’un poète jurerait que, certains soirs, on surprendrait l’essor de ton corps souple vers ces nuages bleus où tu danses avec les elfes.

    Je ne veux pas savoir si les poètes mentent. Mais s’il est vrai que ta puissance est grande, petit garçon de pierre qui souris aux saisons, arrête un instant ton regard sur ceux qui déambulent autour de ton socle et donne-leur, pour toute la vie, ce bonheur si précieux : le souvenir des heures folles où ils croyaient à Peter Pan.jeune_fee

LORRAINE

Photo: Kensington Gardens. (A y regarder de près, c'est le même qui a été reproduit, je suppose, et se trouve dans le parc du Palais d'Egmont, à Bruxelles)

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25 mars 2009

J'ECRIS EN ROSE

J’écris en rose
Surtout n’en doutez pas
C’est la moindre des choses
Que dessiner son cœur

Le mien a des couleurs
Du bleu, du blanc, du rose
Il glisse sur le noir                                             F_e_et_apil
Un bruissement de fleur

Il soulève la couche
De brume et de souffrance
Il instille en silence
Un gramme de gaîté
Vingt-cinq grammes d’espoir
Une pincée d’amour
Et de beaux souvenirs

Le rose sait y faire
C’est un baume divin
Le planter dans son cœur
C’est choisir pour toujours
La joie d’un arc-en-ciel

J’ai enfoui dans ma poche
Du bleu, ça va sans dire
Et du rose à foison
J’en mets à mon corsage
J’en mets à mon jupon
J’en mets dans un sourire
Pour tous ceux qui m’approchent

J’écris en rose à mes amis
A mes amours, à moi aussi
Quand je dépose mes soucis
Et le soir  venu
Je m’endors en cueillant des roses
Dans mon cœur un peu biscornu

LORRAINE

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26 février 2009

INCANTATION

Silhouette voilée
Esquisse d’un momentF_e_et_apil
Femme-fée ou fumée
Eclair de diamant
Je te dessine au fond
Du puits de ma mémoire

T’ai-je connue vivante
Ou n’est-ce qu’illusoire ?
Je ne sais,  tu es là,
Comme un roseau de miel
De très longs bracelets
T’entourent d’arc-en-ciel

Mouvance arachnéenne
Transparence subtile
Tu glisses sur le fil
De la lune argentée

Et ton ombre effilée
Dans le halo du soir
S’envole en emportant
Un peu de mon espoir

LORRAINE

                                                                                                      

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16 novembre 2008

RECIFS D'ARMOR

Chemins creux démunis, villas cadenassées,                        
Fin de saison mugie au bord de la mer ivre
Vent enroulé lissant la falaise embrumée
Vous emportez l’été dans votre fureur grise

Vous passez comme une ombre qui ulule sa peine
Etes-vous un amant qui cesse d’espérer
Un fantôme rebelle, un roi, un capitaine,
Ou bien tout simplement le dernier jour d’été ?

La forêt vous entend l’appeler Brocéliande
Sa clairière où dansait un boléro de fées
Effraie celui qui va au hasard de la lande
Et se signe au calvaire en pensant aux noyés

Bretagne des beaux jours, ciel bleui d’espérance
Ton horizon gémit tel un bateau cassé
Septembre revenu lui donne la cadence
De la chanson d’adieu qui pleure à ton clocher

LORRAINE



Morgane_lunamoon


   Fée Morgane (lunamoon.free.fr)

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